La mainmise sur l'électricité russe révèle une intense bataille de clans

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Allié du Premier ministre Dmitri Medvedev, le vice Premier ministre Arkady Dvorkovitch, en charge de l'énergie, a publié une lettre au président Vladimir Poutine concernant son désaccord avec Igor Setchine, le très influent patron du pétrolier d'Etat Rosneft et proche de Poutine /Copyright Reuters
Allié du Premier ministre Dmitri Medvedev, le vice Premier ministre Arkady Dvorkovitch, en charge de l'énergie, a publié une lettre au président Vladimir Poutine concernant son désaccord avec Igor Setchine, le très influent patron du pétrolier d'Etat Rosneft et proche de Poutine /Copyright Reuters
Un conflit public a éclaté au plus haut niveau de l'Etat entre le clan Medvedev et un proche de Vladimir Poutine sur le projet de réforme du secteur de l'électricité. Simultanément, une étude retentissante révèle l'opaque structure clanique du pouvoir russe.

Après une courte pose estivale, la foire d'empoigne autour des actifs de l'électricité russe reprend de plus belle. Le vice Premier ministre Arkady Dvorkovitch (en charge de l'énergie) a publié une lettre au président concernant son désaccord avec Igor Setchine, le très influent patron du pétrolier d'Etat Rosneft et grand partisan de la consolidation de tous les actifs énergie d'Etat au sein d'une structure unique. Cette structure unique, à 100% étatique, dont Igor Setchine convoite la direction, s'appelle Rosneftegaz. Elle contrôle déjà 75,16% de Rosneft et 10,74% de Gazprom.

Une "privatisation de facto"

Allié du Premier ministre Dmitri Medvedev, Arkady Dvorkovitch estime que le « schéma Setchine » va nécessiter la dépense de « centaines de milliards de roubles », des modifications de lois et au final la perte du contrôle de l'Etat sur le réseau électrique fédéral. Réputé pourtant d'obédience libérale, le vice Premier ministre critique une « privatisation de facto » avec à la clé une facture de 10 milliards d'euros. En réalité, il veut aussi à tous prix empêcher la montée en puissance de Rosneftegaz et de son éminence grise Igor Setchine. Ce dernier, proche ami de Vladimir Poutine, est depuis longtemps connu comme un rival direct de Dmitri Medvedev.

Le patron de Rosneft a proposé en juin d'utiliser les fonds de Rosneftegaz (qui disposera à la fin de l'année d'environ 2,5 milliards d'euros de liquidités) pour recapitaliser deux sociétés propriétaires de réseaux électriques (FSK et MRSK) et de les fusionner au sein du holding d'Etat. Igor Setchine propose en outre d'acheter des actions émises pour recapitaliser Inter RAO (génération d'électricité) et Rushydro (centrales hydroélectriques).

EDF et GDF concernés

Les groupes français EDF et GDF Suez sont concernés par ces luttes d'influences alors qu'ils tentent d'exporter leur savoir-faire en Russie. Le pays doit impérativement moderniser ses infrastructures et améliorer son efficacité énergétique, l'une des plus faibles du monde. En avril 2010, le patron d'Inter RAO avait annoncé qu'EDF négociait une participation de 10% dans son groupe. Initiative qui n'a pas donné suite, en partie à cause des luttes intestines entre Igor Setchine et Dmitri Medvedev.

Politburo 2.0

Pas facile de s'aventurer sur les terres russes, surtout dans le domaine de l'énergie, sévèrement arbitré par Vladimir Poutine. D'autant que la structure de prise de décision ne correspond pas du tout à l'organigramme officiel. Une étude intitulée Politburo 2.0, réalisée par le groupe d'experts Minchenko Consulting, révèle que les grandes orientations sont définies par un petit groupe d'individus, tous proches de Vladimir Poutine et disposant d'un accès direct à celui qui reste l'arbitre suprême.

L'étude identifie huit chefs de clans, dont Dmitri Medvedev et Igor Setchine, mais aussi deux milliardaires, un gouverneur et des dirigeants d'entreprises d'Etat. Cette poignée d'hommes forme un comité informel rappelant le fonctionnement du Politburo soviétique. La diversité de leurs profils souligne que le pouvoir réel en Russie n'est pas conféré par un poste officiel, mais par le niveau des relations interpersonnelles avec le chef de l'Etat.

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Commentaires
a écrit le 29/08/2012 à 18:39 :
Quand ça va mal à la maison, il faut toujours dire que c'est pire chez le voisin. La Russie et surtout le Président Poutine ont l' habitude de servir de défouloir aux "experts français". JCM
a écrit le 28/08/2012 à 10:56 :
Le capitaine Haddock aurait traité ces clans de "bandes de bakchichs-bouzouks"!
Réponse de le 28/08/2012 à 15:45 :
@stone1: quand il s'agit de fric à gagner, y a pas besoin d'aller en Russie pour trouver des clans :-)
a écrit le 28/08/2012 à 4:23 :
On transcrirait facilement cela en France, avec un rôle clé joué par le Président et ses conseillés par rapport aux Ministre de tutelle..
Qui a-t-il de plus opaque en Russie, l'article ne le démontre pas.
Comment ne pas se souvenir de sujets assez proches sur AREVA-EDF-ALSTOM, il ya quelques mois, où la encore il y eu des guerres de pouvoir mêlant décideurs politiques et chets d'entreprise.
Les russes, clients potentiels des Français, ne manqueront pas de le rappeler aux donneurs de leçon arrogants que nous sommes malheureusement si souvent à l'étranger..

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