Depuis le début de la crise, les grandes entreprises européennes ont accru leur présence dans les paradis fiscaux

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Avec 768 filiales dans les paradis fiscaux, Deutsche Bank détient le record européen Copyright Reuters
Avec 768 filiales dans les paradis fiscaux, Deutsche Bank détient le record européen Copyright Reuters (Crédits : Reuters)
En moyenne, les 50 premiers groupes européens possèdent chacun 117 filiales offshore. Certaines entreprises du CAC 40 font preuve d'une faible transparence sur leurs implantations dans les paradis fiscaux

« Les paradis fiscaux, c'est fini » avait déclaré Nicolas Sarkozy en 2009. Ce n'est pas ce que semblent penser les dirigeants des grandes entreprises européennes. Depuis que la «guerre » a été déclarée aux territoires dits non coopératifs en avril 2009, par le G20, ces entreprises ont... accru leur présence offshore. Une enquête de l'ONG CCFD Terre solidaire, publiée ce mercredi, établit ce constat, après analyse des 50 premiers groupes européens. En fait, le nombre de filiales offshore a augmenté de 16% entre 2009 et 2012. Certes, ce chiffre doit être relativisé : d'une part, le nombre total de filiales s'est accru de 33%, d'autre part, la hausse concernant les paradis fiscaux peut n'être qu'apparente, étant due à une transparence accrue des entreprises multinationales.
Si l'on considère le nombre d'entités offshore, rapporté à la totalité des filiales, ce rapport a un peu diminué, depuis 2009, passant de 21% à 18,3%. Mais de là à dire que « c'est fini »...
En moyenne, les grands groupes européens possèdent chacun 117 filiales dans les paradis fiscaux. Ces implantations représentent 29% de leurs entités à l'étranger. Les 50 groupes sous revue ont davantage de filiales aux îles Caiman qu'au Brésil, et deux fois plus qu'en Inde...

En tête, la Deutsche Bank
L'entreprise championne en Europe des paradis fiscaux, c'est la Deustsche Bank, qui en possède... 768. La banque allemande connaît particulièrement l'Etat américain du Delaware et le Luxembourg. 57% de ses filiales sont localisées dans ces territoires non coopératifs, au nombre de 60 dans le monde (l'ONG a retenu la liste établie par Tax Justice Network). En France, CNP Assurance possède 22 filiales dans des paradis fiscaux sur un total de 41 filiales, soit un taux également très élevé de 54%. Mais il est vrai que le nombre est faible en valeur absolue, et qu'aucune présence de l'assureur n'est décelée dans les 14 paradis fiscaux au sens de l'OCDE, les moins coopératifs des Etats. Le véritable record français, il est détenu par BNP Paribas, qui possède 214 filiales offshore. Au Royaume Uni, Tesco (distribution) en possède pas moins de 109  localisées dans des territoires à faible fiscalité, avec une forte implantation à Hong Kong. La banque HSBC n'est pas mal située, avec 136 filiales. Elle détient le record de la présence aux îles Vierges britanniques (BVI).

Les banques "friandes d'opacité"

Du reste, l'ensemble du secteur bancaire est particulièrement représenté dans les paradis fiscaux, relève l'étude. La banque Lloyds et la Deustche Bank détiennent le taux record de filiales implantées offshore (respectivement 59% et 57% de leurs filiales). Surtout, "les banques sont particulièrement friandes d'opacité" souligne le CCFD : "les douze banques de notre étude détiennent à elles seules la moitié des filiales que nous avons recensées dans les trous noirs de la finance mondiale" peut-on lire dans le document. Par "trou noir", les experts entendent les teritoires les plus opaques.

 Les îles Caïman, Jersey et la Suisse parmi les plus opaques et les plus prisés

Ainsi, les banques affectionnent notamment les territoires comme les îles Caïman, Jersey, la Suisse, qui affichent un "indice d'opacité", estimé par l'ONG,  supérieur à 75%. Mais ce sont les Pays Bas, l'Etat américain du Delaware, et le Luxembourg, un peu moins opaques, qui accueillent le plus grand nombre de filiales de groupes européens.

Des Français pas très transparents
Les 50 groupes européens diffusent plus ou moins d'informations sur ce sujet sensible. Douze d'entre eux ne rendent publique qu'une liste, bien incomplète, des « filiales principales ». Sur ces douze peu transparents, on compte six entreprises françaises, et pas les plus petites (elles figurent au CAC 40) : Axa, Total, France Télécom, EADS, GDF Suez, Arcelor Mittal. Ainsi, l'opérateur téléphonique annonce 400 filiales, mais n'en liste que 32. Total lâche le chiffre de 883 entités, mais n'en liste que de 179. Et, sur ces dernières, il ne diffuse pas nécessairement le pays d'implantation.


 

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a écrit le 14/10/2013 à 17:11 :
Ne serait il pas aise de demander à ces entreprises de publier leurs résultats dans chacune de ces implantations offshore? Et ensuite fiscaliser chacune de ces entités identifiables manière inversement proportionnelle à leurs effectifs par pays?
Autre idée réintégrer aux bénéfices imposables toutes les factures d'achat (fournisseur) venant d'un paradis fiscal....si on voulait on pourrait réduire nos déficits publics sans augmenter nos impôts ni être contraints de réformer c.-à-d. de casser l'Etat providence.
a écrit le 13/06/2013 à 10:33 :
je suppose que mollande, en tant que co-prince d'andorre et qui nomme le "premier ministre" à Monaco va sévir avec fermeté.
a écrit le 13/06/2013 à 3:39 :
Que va-t-il se passer après la réunion du G8? Que va-t-il se passer après la réunion du G8? Les groupes multinationaux vont se séparer (publiquement) de leurs filiales établies dans des paradis fiscaux en cédant le contrôle de leur capital à des sociétés ad-hoc, elles-mêmes contrôlées par des actionnaires indépendants soigneusement choisis ("nominees"). Il suffira alors aux nouveaux actionnaires des sociétés qui contrôlent le capital de ces ex-filiales de remettre aux multinationales des certificats de cession de parts signées en blanc (signés par la société sans date ni mention du nom du bénéficiaire) et les multinationales, contrôlant "de fait" le capital de ces ex-filiales, pourront continuer à les gérer tranquillement dans les mêmes (ou d'autres) paradis fiscaux sans le moindre probleme. Les filiales offshore auront disparu des pages des rapports aux actionnaires et du périmètre de consolidation des groupes, mais la chaîne financière restera pratiquement inchangée, leurs profits retournant se garer tranquillement dans des paradis fiscaux.

a écrit le 12/06/2013 à 23:34 :
pas belle la vie
a écrit le 12/06/2013 à 20:53 :
et c'est encore le peuple qui est n..qué sur toute la ligne ! LOL !
a écrit le 12/06/2013 à 19:10 :
MDR !!! MDR !!!!
Evidemment, avec les pays d europe en faillite qui cherche deseperemt des recettes fiscales !!!
Evidemment, avec la zone euro dont on ne peut dire si elle verra l an 2015 !!!!
Les entreprises qui le peuvent cherche des lieux ou placer des liquidites !
Les entreprisees cherche la moindre imposition, donc font jouer la concurrence fiscale !!!!
MDR !! MDR !!
C est nailf de croire que les discours des politiques sur les paradis fiscaux !!
Eux meme les utilisent !!!!
Réponse de le 12/06/2013 à 19:38 :
@ satan : Les entreprises font des affaires, je ne crois pas qu'elles se contentent de "placer des liquidités".
a écrit le 12/06/2013 à 17:59 :
c'est evidemment plus facile de taper sur les pekins de base que sur les multinationales

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