Le Parti communiste chinois impose une ligne rouge à la libéralisation de l'économie

 |   |  946  mots
Xi Jinping, le président de la Chine, réaffirme sa position idéologique très à gauche sur le plan politique, malgré son train de réforme de l'économie chinoise.
Xi Jinping, le président de la Chine, réaffirme sa position idéologique très à gauche sur le plan politique, malgré son train de réforme de l'économie chinoise. (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2013. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
Le parti communiste chinois a communiqué à ses membres un document pointant les principes de la démocratie à l'occidentale comme responsables potentiels de l'effondrement du pays. Xi Jinping, le président chinois, affirme ainsi son positionnement idéologique à gauche. Et montre ainsi que les réformes économiques qu'il est en train d'entreprendre dans la république populaire ne vont pas s'accompagner d'une libéralisation d'un système politique dirigé par le parti communiste.

La Chine doit rester ce qu'elle est, c'est-à-dire un pays communiste. C'est en somme le sens d'une note secrète appelée "Document numéro 9", rédigée par le parti communiste chinois à destination de ses membres, dont le New York Times a eu connaissance et en fournit la teneur dans son édition de mardi dernier. Selon cette note, il est possible que le parti unique en Chine finisse par perdre le pouvoir. A moins que le pays ne parvienne à éradiquer sept idées qui vont à l'encontre de sa pureté idéologique. En tête : l'idée d'une constitution démocratique à l'occidentale. Suivent notamment la défense des droits de l'Homme, une justice indépendante, la liberté de la presse, le néo-libéralisme et l'émergence d'une société civile.

En somme, le parti communiste chinois a décidé de taper du point sur la table pour réaffirmer son leadership dans une période compliquée pour Pékin, qui se méfie du mécontentement grandissant de la population face à la corruption, alors que le pays semble entrer dans une phase de ralentissement durable de sa croissance économique.

Les réformistes se voient adresser une fin de non-recevoir

Selon des sources internes au parti citées par la presse américaine, ce rappel à l'ordre porte indéniablement la marque du président chinois, Xi Jinping, fraîchement arrivé au pouvoir, et qui cherche désormais à imposer son leadership. Car le parti semble de plus en plus divisé entre ceux qui sont favorables à une libéralisation du système politique et les garants de l'idéologie maoïste, partisans d'un pouvoir central fort. Par ce document, il adresse une fin de non-recevoir à ceux qui voyaient en lui l'homme des réformes politiques en Chine. 

Le mois dernier, le président chinois avait déjà lancé une campagne censée durer un an et qui vise à purifier le parti unique en écartant ses rivaux et en renforçant sa discipline idéologique. Campagne qui se serait déjà accompagnée de nombreuses arrestations d'activistes ces dernières semaines, dont le juriste constitutionnel qui avait appelé les officiels du régime à déclarer leurs patrimoines, Xu Zhiyong, selon des organisations de défense des droits de l'Homme citées par le Wall Street Journal dans son édition de mardi. Et les médias détenus par, ou proches du pouvoir, ne cessent, depuis, de s'attaquer avec véhémence aux valeurs occidentales dénoncées par le "Document numéro 9".

Xi Jinping veut rappeler son ancrage idéologique maoïste

Ce mouvement de purification idéologique intervient alors que Pékin avait fait montre de volonté en faveur de réformes visant à développer la consommation intérieure pour compenser la baisse des investissements et des exportations qui étaient les moteurs de la croissance économique chinoise ces trente dernières années. Ces annonces de réformes avaient donné de l'espoir aux défenseurs de la classe moyenne chinoise, qui y voyaient comme corolaire une libéralisation du système politique et la création d'une véritable société civile.

Cette radicalisation des positions de Xi Jinping intervient aussi quelques jours avant le procès de Bo Xilai, l'ancienne étoile montante néo-maoïste du parti unique, fauché en plein vol par un scandale de corruption et qui connaîtra son sort, vraisemblablement moins sévère qu'attendu, jeudi. En se rangeant à l'idéologie de l'aile gauche du parti, qui soutenait Bo Xilai, Xi Jinping s'arrogerait en habile politique le soutien des anciens supporteurs du néo-maoïste sans trop se forcer. Car selon de nombreuses sources internes au parti, dont l'un de ses amis d'enfance cité par le Wall Street Journal, le président chinois, qui défend les entrepreneurs comme étant des créateurs de richesse, serait  tout de même très proche idéologiquement de Bo Xilaï et tiendrait dans la pensée du Grand Timonier et celle de Karl Marx ses principaux repères.

Libéralisation de l'économie ne veut pas dire démocratie à l'occidentale

En décembre dernier, Xi Jinping avait d'ailleurs alarmé les défenseurs d'une libéralisation politique de la Chine une première fois en affirmant lors d'un discours, portant une critique à peine voilée de Michaël Gorbatchev, que l'Union soviétique s'était effondrée à cause d'un déficit idéologique parmi ses dirigeants et parce qu'elle ne disposait pas à sa tête d'un "véritable homme" fort. C'est ce rempart contre l'effondrement du système communiste chinois qu'entendrait incarner Xi Jinping. Selon Jiang Zemin, l'ancien président de la Chine, le nouveau chef du pays en aurait toutes les qualités.

En tout cas, en mêlant réformes économiques et réaffirmation du pouvoir du parti communiste, Pékin rappelle que libéralisation de l'économie et mise en place de réformes démocratiques sur le modèle occidental ne vont pas forcément de paire. Et dans le cas présent, les réformes économiques pourraient essentiellement servir à calmer la population et maintenir le pouvoir communiste à la tête du pays sans nécessairement vouloir dire plus. "Peu importe que le chat soit noir ou gris, pourvu qu'il attrape les souris," avait déclaré Deng Xiaoping en 1972, alors qu'il incitait les Chinois à ne pas avoir peur de s'enrichir. Père de l'ouverture de l'économie chinoise à partir de 1978 et artisan des réformes qui ont propulsé l'économie du pays ces trente dernières années, c'est pourtant lui qui avait donné le feu vert à la répression par l'armée des manifestants de la place Tian'anmen en 1989.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 25/08/2013 à 20:46 :
contrer l'émergence d'une société civile dans un pays qui s'enrichit en adoptant le libéralisme économique...et il se dit Marxiste, alors que Marx eût souligné que l'un ne va pas sans l'autre, ce que démontre amplement l'histoire. Il va en falloir des prisons ou des camps, et l'on sait ce que l'autoritarisme entraîne: la révolte organisée. Si il est sérieux il terminera comme n'importe quel tsar, si il est politicien, il suivra le mouvement de la société ou son parti périra. Faire croire qu'on dirige des forces économiques et sociales qui se meuvent indépendamment de votre volonté c'est le principe d'autorité de tout homme au pouvoir et pas seulement qu'en Chine, seulement de cette prétention non déterminante l'histoire ne retient rien.
a écrit le 23/08/2013 à 11:34 :
ah j'ai bien rit , finalement les chinois nous regardent bien et ils voient quoi ? , chez nous tous les 5 ans on change de cap et en plus on se ruine de taxes et d'impôts successifs vu que ce zig zag fiscal est devenu permanent ( meme aux US ) pas de quoi encourager a fonder une démocratie , finalement les chinois sont pragmatiques , ils ne veulent pas de changements qui risque de nuire au parti ou a leurs émoluments porteurs , quel zele , ils retournent la situation , quel spectacle lamentable donnent les démocraties EU et US depuis quelques années .. pendant ce temps là le printemps arabe devient un automne ..pas surprenant mais j'ai bien aimé l'humour de ce dirigeant chinois
a écrit le 22/08/2013 à 15:17 :
Le PCC perçoit justement que sa fin est programmée, il n'aurait pas besoin d'exprimer ce genre de point de vue sinon. C'est toujours la phase d'après la fin de la dictature qui est la plus sensible, puisque l'opposition n'est pas structurée pour prendre le relais du pouvoir qui s'effondre. En cas de retournement économique et de mouvements sociaux, je ne donne pas cher du PCC, son élite milliardaire sera dans une position intenable et ses branches locales seront débordées par la population.
a écrit le 22/08/2013 à 11:01 :
LA CHINE A UNE ETIQUETTE COMMUNISTE?. MAIS EVOLUE VERS UN CAPITALISME CALOPANT?. LE GROS PROBLEME C EST QUE VA DONNE CETTE CONTRADICTION ETONNANTE ???
a écrit le 22/08/2013 à 9:43 :
Quelle insulte que ce régime se dise proche de Karl Marx.

La Chine est aussi proche de la doctrine de Marx que La France l'est de la démocratie, en tête les passages en force par le PS comme l'UMP de lois dont le peuple ne veut pas.
a écrit le 21/08/2013 à 21:50 :
...je sens comme un frétillement de la classe "politique" française... Après tout, vous n'êtes pas si loin d'eux... pour l'instant ?
a écrit le 21/08/2013 à 18:02 :
et c est ce pays que nous laissons devenir tranquillement le leader economique du monde ( et donc leader politique à terme ) par notre ouverture inconditionnelle des frontières et de fous transferts de technologie ....Nous nous préparons de biens mauvais jours .
Réponse de le 22/08/2013 à 10:48 :
Il est normal que la Chine soit le leader économique du monde parce que c'est de loin le pays le plus peuplé.
a écrit le 21/08/2013 à 18:00 :
Et c est ce pays que nous laissons tranquillement devenir le numéro 1 mondial économiquement et doc à terme politiquement ... Nous nous préparons de bien mauvais lendemains
a écrit le 21/08/2013 à 16:37 :
Comment ça la Chine est communiste ben vla autre chose,on nous aurez menti à l'insu de notre plein gré :),le message est clair faites du buziness autant que vous voulez,laissez la politique aux gens qui savent à savoir nous ou sinon on s'occuperas de vous comme de Nanar en France (en chinois dans le texte original),là effectivement ça fout les jetons .
a écrit le 21/08/2013 à 16:32 :
est ce que cette folie, se traduira par une accentuation de la militarisation de la chine, pour maintenir cette idéologie au pouvoir et l'étendre....
a écrit le 21/08/2013 à 16:09 :
La Chine, le pays économiquement libéral, idéologiquement communiste. La Chine, le pays où les dirigeants ont plus peur de leur propre peuple que des autres.

"Le peuple ne devrait jamais avoir peur de ses dirigeants, ce sont ces dirigeants, qui devraient avoir peur de leur propre peuple".
Réponse de le 22/08/2013 à 11:09 :
Idéologie ? non pouvoir comment à notre époque pouvons nous croire encore à ces grandes
idées ? Le parti Chinois dit communiste a le pouvoir sur tout et il est à ce titre dangereux pour nos économies et nos démocraties faibles et de plus dirigées par des gens qui eux aussi ne rêvent que de pouvoir et profits souvent personnels. Les Chinois disposent de moyens énormes en tout domaines finances, population, et d'un parti unique avec plein pouvoir. Qui doit avoir peur ?
a écrit le 21/08/2013 à 15:26 :
"communiste"... qui peut encore y croire..?? Néanmoins, c'est la mesure de leur affolement qui est une excellent indication. 1 milliard d'humains avec des fourches font plus peur que 300 millions équipés d'armes...

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :