Pourquoi l'accord monétaire entre la BCE et la Chine est important

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Le cours de la monnaie chinoise, quoique nettement libéralisée depuis 2010, reste toujours sous contrôle
Le cours de la monnaie chinoise, quoique nettement libéralisée depuis 2010, reste toujours sous contrôle (Crédits : © 2010 Thomson Reuters)
La BCE a convenu d'un accord de swap monétaire avec la Banque populaire de Chine pour un montant de 45 milliards d'euros. Une pierre dans le jardin de Washington ?

Un nouveau coup de canif dans la domination mondiale du dollar ? La BCE et la Banque Populaire de Chine (BPC), la banque centrale de l'Empire du Milieu, ont annoncé jeudi avoir passé un accord d'échange de lignes monétaires (currency swap lines) pour un montant de 350 milliards de yuans et 45 milliards d'euros sur une période de 3 ans.

Disposer de yuans et d'euros

De quoi s'agit-il ? Ces accords passés entre banques centrales permettent aux institutions respectives de fournir à leurs banques des devises émises par l'autre partie contractante. Autrement dit, il s'agit de s'assurer que les banques chinoises puissent disposer facilement de liquidités en euros, tandis que les banques de la zone euro pourront disposer aisément de yuans auprès de la BCE.

Libéralisation en cours…

Cet accord permet de faciliter le commerce et les investissements entre les deux régions économiques. Ceci est particulièrement vrai en ce qui concerne les entreprises européennes, car, malgré une libéralisation croissante, l'accès aux yuans est souvent complexe et coûteux.

Le cours de la monnaie chinoise, quoique nettement libéralisée depuis 2010, reste toujours sous contrôle. La BPC fixe chaque jour un cours-pivot de la « monnaie du peuple » (renminbi) et le cours réel peut évoluer légèrement par rapport à ce cours (par rapport au dollar, l'évolution quotidienne tolérée est de 1 %).

Un yuan encore en retard

Mais les flux de capitaux entre la Chine et le reste du monde restent sous contrôle. Pour les entreprises européennes, faire du commerce avec la Chine demeure difficile et passe souvent par des implantations à Hong Kong ou Singapour afin de pouvoir disposer d'un accès aux yuans.

Le rapatriement des bénéfices réalisés en yuans est également souvent complexe. Du coup, l'usage du yuan dans les transactions internationales demeure encore loin de la place que pourrait lui donner l'importance de la Chine dans le commerce international. Selon la société Swift, le yuan n'est que la douzième monnaie de facturation au monde, derrière des monnaies comme le baht thaïlandais ou les couronnes norvégienne et suédoise.

Internationalisation du yuan

Pékin entend cependant modifier la donne et devenir de moins en moins dépendant du dollar. Le gouvernement chinois a donc entamé en 2008 un mouvement d'internationalisation du yuan parallèlement à l'avancée vers une plus grande libéralisation du taux de change. Des accords de swaps comparables avec celui passé entre la BCE et la PBC ont ainsi été conclus depuis 5 ans.

Outre les pays proches (Taïwan, Japon, Russie, Indonésie) ou un peu plus lointains (Argentine, Biélorussie), la Chine a passé en juin un accord de swap avec le Royaume-Uni. D'autres mesures visant à faciliter l'accès au yuan ont été prises, et, le 1er janvier, la nouvelle zone économique de Shanghai devrait bénéficier d'une libéralisation accrue des taux de change.

Une remise en question de la suprématie du dollar ?

Ceci remettra-t-il en cause la suprématie du dollar ? Certes, l'euro est déjà la principale monnaie de facturation du commerce mondial, selon Swift. Mais le dollar conserve largement son avance en tant que monnaie de réserve, celle préférée par les Etats et les banques centrales. La raison en est simple : la puissance politique des Etats-Unis apporte une garantie qui n'existe pas pour l'euro. Pour le yuan, en revanche, cette garantie existe.

Mais le régime de Pékin inspire-t-il suffisamment confiance pour que les investisseurs internationaux investissent sur les marchés en renminbi et conservent leurs liquidités dans cette monnaie ? Rien n'est moins sûr. En 2009, le président de la Banque Mondiale, Robert Zoellick, avait cependant prévenu que le yuan pouvait menacer la suprématie du dollar d'ici « 10-15 ans. »

La guerre des places financières européennes

Dans ce contexte, la BCE défend aussi avec cet accord les places financières de la zone euro et la première d'entre elles, Francfort. Il s'agit de savoir quelle sera la place européenne qui servira de « hub » pour les transactions entre la Chine et l'Europe une fois que le yuan deviendra une des principales monnaies du commerce mondial. Londres avait pris les devant avec l'accord de swap de juin dernier.

Francfort rattrape son retard aujourd'hui et peut se prévaloir des relations commerciales intenses entre la Chine et l'Allemagne. L'association de la place allemande, Frankfurt Main Finance, s'est du reste jeudi ouvertement félicitée de cet accord et a fait valoir son ambition de devenir la place de référence pour les transactions en yuans en Europe.

Mais la Suisse est en embuscade et a passé en juillet un accord de libre-échange avec la Chine qui fait de la place de Zurich le point de chute idéal pour les échanges monétaires entre le vieux continent. Bref, avec cet accord, la BCE entend entrer dans le futur jeu complexe de la réorganisation du paysage monétaire mondial.

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Commentaires
a écrit le 12/10/2013 à 19:09 :
CA VA DANS LE BON SENS DE L ISTOIRE. LA CHINE S EST REVEILLE A L OUVERTURE DU COMMERCE MONDIALE. MAIS LA VALEUR DE SA MONNAIE RESTE UN GRAND PROBLEME ? MAIS IL EST POSSIBLE QUE DISIE 10 OU 20 ANS? ELLES PUISSENT EGALES LES GRAND PAYS CAPITALITES DE CE MONDE ? EST ESPERONS FAIRE CHANGEES LEURS MENTALITES EGOISTES ???
a écrit le 12/10/2013 à 12:17 :
la BCE fait des accords pour Francfort... intéressant
a écrit le 11/10/2013 à 13:18 :
le yuan devient convertible ???
a écrit le 11/10/2013 à 11:14 :
De simples échanges entre Banques Centrales ,pas de quoi s'émouvoir outre mesure.Concurrencer le dollar n'y pensez pas même pas en rêve.
Réponse de le 11/10/2013 à 12:00 :
C'est là, Kirk, que je vous pose simplement la question : Pourquoi, alors, pouvons-nous constater que les US s'affolent à vouloir à tout prix développer une zone économique concurrente à celle de la Chine dans le Pacifique..?? 2) ils s'affolent tout autant à faire une "zone de libre-échanges" avec l'Europe..?? Raison : ils sentent bien que leur dollar bat de l'aile. Ils sont allés trop loin.
Réponse de le 11/10/2013 à 12:55 :
aucune monnaie ne domine éternellement le commerce mondial, l'Histoire vous le témoigne
Réponse de le 11/10/2013 à 13:00 :
yvan Remarques pertinentes s'y il en est,mais les États Unis ont une trajectoire qui vise le long terme ce qui nous échappe toujours un peu.Comme vous le précisez le Trans-Pacific Partnership dont le premier traité à été signé en 2005 et le Traité Euro Atlantique en cours de négociation n'incitent pas à y voir une quelconque baisse de régime moteur coté Us,mais bien une détermination à maitrisé son destin économique (et accessoirement à tailler des croupières à quelques velléitaires qui se sentiraient des ailes). En clair ils mettent en ?uvre ce qu'ils ont définis depuis bien longtemps dans le PNAC( Project for the New American Century ).
Réponse de le 11/10/2013 à 13:37 :
Les zones de libre échange sont là pour favoriser le commerce entre deux zones.
Je vois pas trop le rapport avec le dollars.

Et puis y'a pas que les États-Unis qui négocient des accords avec l'Europe. Il y'a aussi le Japon, le Canada etc..
a écrit le 11/10/2013 à 11:05 :
Début 2005, 1 ? valait plus de 11 yuans (RMB), maintenant à peine 8,30.
Petit à petit, le yuan va devenir une monnaie de référence, au détriment des $ et ? qui vont perdre en crédibilité, leurs pays émetteurs creusant un peu plus chaque jour le gouffre financier dans lequel il ne manqueront pas de tomber.
Venez placer vos liquidités en Chine: 3.95% / an pour un minimum de 24 mois..
Réponse de le 11/10/2013 à 13:40 :
Et qui a acheté de la dette américaine ?? La chine et le Japon.
a écrit le 11/10/2013 à 10:59 :
Sincerement, vous voulez encore acheter des T-Bills US ?!! Les chinois ont arrete le compteur a 1200 milliards US ... apres la FED a pris le relais. Sur d'autres aspects, la BCE a pris conscience du poids de la Chine (il en etait temps !).
a écrit le 11/10/2013 à 9:06 :
La puissance économique de la Chine en fera le numéro un mondial rapidement, aujourd'hui un pays comme la France reste accrochée au vieux principe que la politique est le facteur de puissance et non l'économie, erreur que nos payons au prix fort. Cette accord ne doit pas être comme cela été pour le dollar une future domination monétaire de la Chine, il est donc important que la BCE continue ce type d'action sans aucune intervention politico-politicienne même si la BCE est indépendante il y a toujours les vieux grincheux plus particulièrement français qui ont trouvé l'ennemi de l'économie française l'Euro, alors que l'ennemi est le vieux politicien français c'est à dire l'arc en ciel bien pâle de nos partis archaïques avec une vision du monde qui s'arrête à nos frontières .
Réponse de le 12/10/2013 à 0:18 :
Y a pas à dire vous connaissez bien votre pays. Et pour la Chine, l'Histoire se venge... (un peu tard) en lui rendant la place qu'elle avait avant que les Britiches lui fassent le coup de l'opium... Content pour elle.
a écrit le 11/10/2013 à 8:58 :
la chine prépare le terrain pour accéder à la première place économique détrônant ainsi les états unis et le japon. La Chine : puissance financière, économique, politique, et militaire.

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