"Même avec 3 milliards de barils la République démocratique du Congo ne deviendra pas le Qatar ou le Koweït"

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La présence de pétrole au niveau du lac Albert, en République Démocratique du Congo, pourrait accroître le développement économique du pays, tout comme faire monter les tensions avec l'Ouganda, pays voisin.
La présence de pétrole au niveau du lac Albert, en République Démocratique du Congo, pourrait accroître le développement économique du pays, tout comme faire monter les tensions avec l'Ouganda, pays voisin. (Crédits : Reuters)
La compagnie pétrolière Oil of DRCongo, filiale du groupe minier Fleurette, affirme que trois milliards de barils de pétrole sont présents sur le lac Albert, à l'est de l'ex-Zaïre, pouvant augmenter de 25% le PIB de ce pays. On peut douter de ce chiffre, selon l'économiste Thomas Porcher, et encore plus douter des bénéfices locaux qu'apporterait ce nouveau gisement.

La République Démocratique du Congo semble ne plus être une belle endormie. Après une année 2013 faramineuse en matière de résultats économiques -8,5% de croissance et 1,6% d'inflation selon la Banque mondiale-, l'ex-Zaïre pourrait bien se présenter en futur pays pétrolier.

La compagnie pétrolière Oil of DRCongo affirme avoir découvert 3 milliards de barils de pétrole sur le lac Albert, frontalier avec l'Ouganda. Elle estime que cette présence de pétrole ferait grimper le Produit intérieur brut congolais de 25%. Pour Thomas Porcher, professeur à l'ESG-MS, économiste spécialisé dans le pétrole, cette découverte ne pourra pas changer grand-chose au niveau local, ni amener un grand développement de l'économie congolaise.

Est-ce que la découverte, par la compagnie Oil of DRCongo, de 3 milliards de barils de pétrole au lac Albert ferait de la RDC un futur grand producteur de pétrole?

Thomas Porcher: Clairement non. C'est vrai que le chiffre de 3 milliards de barils est important, et qu'avec une telle réserve, le gisement est qualifié de « géant ». Mais cela ne reste que des estimations et il existe souvent une différence entre les premières estimations des réserves et les réserves prouvées. Ensuite, il faut prendre en compte la capacité de production c'est-à-dire la quantité de pétrole qui peut être extraite par jour. Tous ces éléments ne seront connus qu'après des forages exploratoires.

Mais, il faut être lucide, la République Démocratique du Congo ne deviendra pas le Qatar ou le Koweït. Juste a titre de comparaison, le Congo-Brazzaville, pays voisin, produit 300.000 barils par jour. Cela reste faible par rapport aux pays du Golfe.

Avec cette découverte, quelle place prendra le pétrole dans l'ex-Zaïre, par rapport aux autres ressources naturelles présentes dans ce pays?

Actuellement, la RDC produit 30.000 barils/jour. Ce n'est pas grand-chose comparé aux diamants, cobalt ou au cuivre. Avec cette découverte, il est estimé que la production passerait à 80.000 b/j. Cela reste faible en comparaison des autres ressources pour faire de la République Démocratique du Congo un pays mono-exportateur de pétrole comme d'autres pays africains tels le Congo-Brazzaville, le Gabon, ou le Nigéria où le pétrole représente plus de 90% des exportations.

Puis l'importance de la ressource dans le budget de l'État dépend également des contrats de partage de production négociés avec les compagnies pétrolières étrangères. Dans le cas de l'Afrique, les contrats de partage de production sont souvent assez désavantageux pour les pays. Par exemple, pendant les années 90, le Congo-Brazzaville ne récupérait que 33% de sa production pétrolière, le reste allait dans les caisses des compagnies privées telles Total ou Eni. Au final, l'importance d'une ressource dans l'économie d'un pays dépend de sa production, de son cours sur les marchés internationaux mais également de la négociation du partage de la production avec la compagnie exploitante.

Quelles conséquences cette découverte de gisements de pétrole aurait sur les relations diplomatiques avec les voisins, notamment l'Ouganda?

Cela peut aggraver les relations car à la base, l'ex-Zaïre et l'Ouganda ne s'entendent pas bien. On se souvient des tensions sur les gisements dans les eaux territoriales entre Israël et le Liban. Après, il peut y avoir tout de même des arrangements entre les compagnies et les pays, ça été le cas par exemple entre le Nigéria et São Tomé-et-Príncipe pour des gisements offshore mais il est vrai que dans des zones sensibles, la présence de pétrole peut raviver des tensions.

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Commentaires
a écrit le 12/05/2015 à 14:12 :
Est-ce-que alors le 3milliards de barils de pétrole peut diminuer le taux de chômage au congo?
a écrit le 17/08/2014 à 18:06 :
Encore le pétrole ! Mais on est mort. !!!
a écrit le 12/08/2014 à 16:51 :
Doit-ont s'inquièter par rapport à cette découverte??

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