"Le système des brevets est un ingrédient indispensable à la croissance verte"

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Le système de propriété intellectuelle, surtout celui des brevets, encourage l'investissement dans la Recherche et le développement, notamment dans le domaine de la croissance verte.
Le système de propriété intellectuelle, surtout celui des brevets, encourage l'investissement dans la Recherche et le développement, notamment dans le domaine de la croissance verte". (Crédits : Tiphaine Honoré)
Loi de transition énergétique, Conférence Paris Climat 2015… la lutte contre le changement climatique est sur le devant de la scène. Mais pour réellement prendre le virage de la croissance verte, qui nécessite d’importants investissements, les moyens doivent suivre les déclarations. Pour encadrer et soutenir les initiatives dans les technologies durables, la question de la propriété intellectuelle est décisive. Sans elle, peu d’inventions « vertes » verraient le jour. Interview avec Anatole Krattiger, de l'OMPI.

Directeur de la division des défis mondiaux à l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI),  Anatole Krattiger, explique comment le marché des brevets peut avoir un impact sur le développement des « écotechnologies ».

La Tribune : Quelle est l'importance de la propriété intellectuelle pour soutenir une croissance verte ?

Anatole Krattiger : Le système de propriété intellectuelle, surtout celui des brevets, encourage l'investissement dans la recherche et le développement, notamment dans le domaine de la croissance verte. Car, si vous avez la possibilité de protéger vos inventions, cela vous incite à prendre le risque de mettre de l'argent dans les nouvelles technologies, puisque vous avez une certaine garantie de récupérer votre mise sur le marché.

Egalement, le système encourage le transfert de technologies depuis les universités ou les instituts publics vers le secteur privé et les entreprises, qui pourront les transformer en produit concret. En payant une licence auprès de ces instituts de recherche, les entreprises encouragent les travaux en matière de "green technologies". C'est un cercle de financement vertueux. Enfin, la propriété intellectuelle renforce le transfert de technologies vers les pays en voie de développement où il y a d'importants besoins des marchés dans ce secteur. En l'absence de brevets, l'intérêt de "faire du business" est donc moindre.

L'obtention de brevets est-elle une condition sine qua non pour se développer économiquement de manière durable?

C'est un ingrédient important mais qui, seul, ne suffit pas pour assurer la progression des technologies vertes. Une étude récente du Bureau européen des brevets a montré que seulement 1% des brevets dans le secteur vert sont déposés en Afrique. Donc, théoriquement, le continent entier pourrait aujourd'hui pratiquer toutes les inventions vertes de la planète sans devoir un euro de redevance. Mais la réalité, c'est que l'Afrique n'a pas les capacités techniques et scientifiques pour absorber ces technologies, qui ne lui profitent donc pas. En plus de ces capacités scientifiques, il faut également avoir des moyens de production en gros volume, des réglementations pour définir les critères de qualité, et des marchés structurés.

 Quelle place occupe votre organisation dans le soutien à la croissance verte?

D'abord, nous facilitons le brevetage dans 148 pays à travers le monde. Plus spécifiquement, nous avons lancé une initiative appelée Wipo Green, qui est une plateforme facilitant l'innovation et la diffusion des technologies vertes. En développant la connexion entre les inventeurs du secteur "vert" et des partenaires dans tous les coins du monde, les inventions peuvent passer du stade de l'idée à celui de produit. Wipo Green peut aussi permettre de lancer la commercialisation d'un produit sur des marchés étrangers. Nous travaillons avec la Banque mondiale, des ONG, des fondations, etc., pour établir un écosystème de collaboration plus "humanisé". Car, pour qu'il y ait business et transfert de technologies, il faut également de la confiance entre les personnes.

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Commentaires
a écrit le 15/10/2014 à 10:05 :
Très bonne réflexion. Il est clair que le marché du green peut être largement juteux. Ca donnerait presque envie de détruire encore plus la nature afin de faire encore plus de green...
a écrit le 14/10/2014 à 22:59 :
Le monsieur ne va pas proposer de se mettre au chomage... Et perdre ainsi son statu privilégié de haut fonctionnaire (belles réduction fiscales et accès aux meilleures écoles pour sa progéniture en Suisse...). Interview sans guère de valeur ajoutée.

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