"En matière économique, presque rien n'est imputable au président Obama" (Destais)

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Christophe Destais, directeur adjoint du CEPII, Centre d'études prospectives et d'informations internationales
Christophe Destais, directeur adjoint du CEPII, Centre d'études prospectives et d'informations internationales (Crédits : DR)
Les élections de mi-mandat ("midterm") s'annoncent à très haut risque pour Obama. Ce 4 novembre, les électeurs américains doivent renouveler la totalité de la chambre des Représentants (435 sièges), et le tiers du Sénat (36 sur 100 sièges). Christophe Destais, directeur général adjoint du Centre d'études prospectives et d'informations internationales (CEPII), livre pour La Tribune son analyse et son bilan des "années Obama".

La Tribune. L'économie américaine, à en croire de nombreux spécialistes et des indicateurs plutôt encourageants, a retrouvé une santé plutôt florissante. Toutefois, Barack Obama souffre d'une forte impopularité et les élections attendues aujourd'hui s'annoncent très difficiles pour lui. Comment expliquez-vous ce paradoxe?

Christophe Destais. Le système politique américain est dysfonctionnel. En-dehors des campagnes inouïes focalisées sur la personnalité même du président Obama, les Américains rencontrent des difficultés à identifier le rôle des uns et des autres dans la sortie de crise. Aux yeux de ceux-ci, Barack Obama n'a aucun crédit dans les mesures budgétaires qui ont pourtant joué un rôle important dans la sortie de crise. Mais, la situation actuelle n'a rien d'original dans l'histoire politique américaine. Cela a un nom d'ailleurs aux États-Unis, cela s'appelle le "lame duck" (canard boiteux, Ndlr). C'est un classique de la moitié du deuxième mandat d'un président américain. Celui-ci ne pouvant pas se représenter, ses soutiens sont donc davantage intéressés par sa succession. La fin de mandat ne lui permet pas non plus d'engager de nouvelles initiatives ce qui peut tendre à démobiliser ses soutiens. Enfin, il y a le principe de l'usure du pouvoir.

La politique internationale a-t-elle joué un rôle dans l'impopularité de Barack Obama ?

Le président n'est pas à l'aise avec l'idée d'intervenir militairement. C'est sur la promesse d'un retrait des conflits au Moyen-Orient qu'il avait été élu en 2008. Aujourd'hui, il y a un regain de menaces, que ce soit au Moyen-Orient, en Russie, ou encore avec la Chine que les Américains perçoivent de plus en plus comme une menace. Cette augmentation de la menace tranche donc avec son attitude de très grande prudence. Les Américains font de plus en plus le constat d'un déclin relatif de la puissance américaine qui était arrivée à son apogée du début des années 1990 à la moitié des années 2000. Fondamentalement, Barack Obama est le président qui a entériné le changement de statut de la puissance américaine. Cela conduit beaucoup d'Américains à s'interroger sur le rôle des États-Unis aujourd'hui dans le monde.

Le bilan économique des années Obama est-il aussi positif qu'on le dit ?

Il y a eu une succession de statistiques récentes qui laissent penser que la croissance s'accélère aux États-Unis. Depuis 2009, la croissance du PIB américain a augmenté de 2,2% en moyenne par an. Un certain nombre d'experts estiment que ce chiffre est très proche de la croissance potentielle et qu'il serait donc difficile d'aller au-delà sans créer des déséquilibres. Il y a toutefois trois sujets qui posent un certain nombre de questions. En premier lieu, la question troublante du marché du travail. Le taux de chômage américain est passé de 10% de la population active à moins de 6% aujourd'hui. Il faut cependant noter que dans le même temps le taux d'activité a beaucoup baissé. En 2000, il était de 67,3% de la population en âge d'être actif, en 2014 il était de 62,7%. Ce mouvement de sortie du marché du travail s'est accéléré sous l'effet de la crise.

     | Lire aussi : Marché du travail aux Etats-Unis, une situation problématique

Le deuxième sujet qui se pose est le risque d'une bulle sur le prix des actifs financiers. La politique accommodante de la Réserve fédérale américaine (Fed) a favorisé la hausse du prix des obligations et des actions. Même si la croissance est soutenue, on peut se demander si une part de cette augmentation des prix des actifs financiers n'est pas la conséquence des taux d'intérêts extrêmement bas qui résultent de l'action de la Fed. Auquel cas, une hausse des taux d'intérêts pourrait remettre en cause ces prix élevés.

Enfin, le creusement considérable des inégalités de revenus conduit à s'interroger sur la soutenabilité de l'économie américaine. 5% des Américains les plus aisés perçoivent 37% des revenus et détiennent 63% du patrimoine net. 50% des Américains les moins aisés représentent 14% des revenus, et détiennent un patrimoine net quasiment-nul. Souvenons-nous que la croissance américaine de la première moitié des années 2000 était soutenue par l'endettement des ménages les plus pauvres entrainant la crise des subprimes qui avait déclenché la crise économique et financière.

C'est donc un bilan économique très mitigé que vous faites, l'imputez-vous à Barack Obama ?

Il faut bien comprendre qu'en matière économique, presque rien n'est imputable au président américain. C'est avant-tout le Congrès qui décide. Or, le président Obama a déjà perdu la chambre des Représentants en 2010 et, affaibli, il n'est plus en mesure d'imposer quoi que ce soit au Congrès.

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Commentaires
a écrit le 04/11/2014 à 13:48 :
"très haut rique" de quoi ? il termine son 2e mandat et après lui le déluge :-)
a écrit le 04/11/2014 à 13:05 :
Il me semble qu'un gars vient de sortir un bouquin décrivant la capture des politiques par les plus riches. Faudrait que je retrouve la source.
Réponse de le 05/11/2014 à 3:46 :
Thomas Piketty notamment
a écrit le 04/11/2014 à 9:55 :
On entend dire que le Congrès repasse à droite, mais quelle conséquence pour la politique conduite? L'impopularité conduit à la désapprobation de la société, il n'y aurait pas de résultats? L'avantage des mid terms pour les citoyens c'est de pouvoir recadrer les autorités si elles ne vont pas dans le sens souhaité...
Réponse de le 04/11/2014 à 11:32 :
Regardez moi bien dans mes yeux: Soros déclare : "La Russie est une pseudo-démocratie, c'est un État de Mafia. La Russie représente l'utilisation de force à tout ce qui lui dit non. La Russie est l'expansionniste à l'étranger et répressive à la maison." Comment se peut-il que quelqu'un de tellement intelligent pour se faire autant d'argent que George Soros peut être tellement stupide pour faire une telle déclaration ? Or ce que dit Soros décrit mieux la politique des USA envers le reste du monde que celle de la Russie. Quelle bêtise monumentale.
On voit bien que Soros, pour protéger son énorme fortune, doit faire désormais de la propagande pour le compte du système qui le soutient. Ou alors, sénilité oblige, il revient aux vieux démons de haine qu'il porte dans ses bagages et qui datent encore de l'époque de l'URSS. Ou probablement ce sont ces deux raisons qui le motivent à faire sa petite tournée internationale. Pathétique.
Réponse de le 04/11/2014 à 14:46 :
Un commentaire hors sujet mais qu'il ne suffit de citer le sacrossaint nom de Georges Soros pour passer sans problèmes par les mailles de la censure dudit journal. D'autres, bien pertinents mais qui critiquent par ex, les néo-Conservateurs américains (dont Soros fait partie) sont exclus de façon expéditive. Cherchez l'erreur.
Réponse de le 05/11/2014 à 3:49 :
A C du Pas C. Sorgos a parfaitement raison. Et c'est ainsi.
a écrit le 04/11/2014 à 9:18 :
Imaginons un scénario assez probable pour ce soir : Obama "amputé" du Congrès. Va-t-il continuer à faire le boute-en-feu du monde encore ?
Réponse de le 04/11/2014 à 19:00 :
Non, ce sera le va-t-en guerre de McCain qui va faire à sa place !

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