Le fret ferroviaire européen en quête de financements

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Le financement du fret ferroviaire en Europe et le problème du manque d'intégration des réseaux ont été au cœur des débats lors du premier Forum du rail européen "Fret sans frontières», organisé à Paris le 29 octobre.

«Il faut développer les transports durables, moins polluants et moins gourmands en énergie.» Lors du discours d'ouverture du premier Forum du Rail européen «Fret sans frontières» le 29 octobre, le Secrétaire d'Etat aux transports, Dominique Bussereau, a rappelé l'importance du fret ferroviaire par rapport aux exigences de réduction des émissions carbones. «Le fret ferroviaire a des atouts majeurs devant lui et les pouvoirs publics français ne souhaitent pas mettre la pédale douce sur les investissements en la matière», a-t-il ajouté. Une précision utile. Les coûts élevés de la modernisation des réseaux font qu'il est difficile pour les opérateurs de se passer d'un fort soutien public.

Le matin du Forum du rail européen, le quotidien Libération a révélé que le prochain contrat de performance 2008 - 2012 signé entre l'Etat et RFF prévoyait d'allouer plus de 13 milliards d'euros à la rénovation et à la modernisation du réseau ferroviaire français.

L'engagement de l'Etat français à moderniser un réseau en mauvais état répond donc aux attentes de RFF. Et c'est compréhensible, car cette entreprise publique supporte une dette de près de 28 milliards d'euros, liée pour partie de sa scission avec la SNCF en 1997. Or, comme l'a rappelé Hubert du Mesnil, le président de RFF, « le fret doit augmenter sa part de marché de 25% d'ici 2012», notamment pour faire face à la crise écologique.

A terme, les acteurs du fret ferroviaire doivent affronter un marché européen intégré et concurrentiel. Actuellement, à l'exception de l'Allemagne, les marchés nationaux du fret restent pour l'instant fortement dominés par les opérateurs historiques - en France, la SNCF détient 93% du marché. Si les opérateurs des pays qui ont anticipé la libéralisation sont les plus armés pour faire face à un marché européen, celui-ci reste encore largement virtuel et de nombreux blocages perdurent.

Faute d'un réseau véritablement intégré, les gestionnaires de réseau s'en remettent pour l'instant à un système de «corridors» transfrontaliers, qui constituent une réponse opérationnelle sur certaines lignes. Au sein de l'UE, six corridors sont actuellement en exploitation. Et la Commission européenne propose la création d'au moins un corridor international orienté fret dans chaque Etat membre d'ici 2012.

Selon Laurens Jan Brinkhorst, coordonnateur à la Commission européenne, «la priorité pour améliorer la performance des corridors est d'améliorer la coopération entre les Etats membres sur l'infrastructure. Cela passe par une meilleure culture d'opération, des autorités nationales moins exclusives et une plus grande écoute des acteurs économiques.»

Au final, la plupart des participants au Forum «Fret sans frontières» a estimé que l'émergence d'un marché européen du fret passait par de fortes améliorations en terme d'interopérabilité (signalisation, reconnaissance mutuelle...), une meilleure concertation entre les acteurs nationaux et l'harmonisation de la réglementation. A ce titre, la France établira d'ici la fin de l'année un régulateur pour son secteur ferroviaire, conformément à la directive européenne de 2007.

POSITIONS :

Johannes Ludewig, le directeur exécutif de la Communauté européenne du rail (CER), groupement européen d'entreprises ferroviaires et de gestionnaires de réseaux, a quant à lui insisté sur les besoins de financement du secteur. Estimant à plus de 150 milliards d'euros les besoins européens d'investissements d'ici à 2020, M. Ludewig a martelé que «les gouvernements devaient assumer la charge des développements du secteur ferroviaire» et dénoncé par la même occasion «les problèmes de financement et les distorsions des prix : le grand public pense que les coûts du transport ferroviaire sont faibles mais ils sont élevés.»

Michael Cramer, député européen (Verts/ALE), a souligné pour sa part que le fret ferroviaire européen souffrait de concurrence déloyale face aux autres moyens de transports, en particulier le transport routier. Selon l'eurodéputé, «le fret ferroviaire est favorable à l'environnement mais il reste cher par rapport à la route. Il faut réviser la directive européenne sur l'eurovignette pour que le cadre réglementaire des transports soit plus équitable»

Gilles Savary, député européen français (PSE), regrette de son côté «une adaptation timide à la libéralisation du fret ferroviaire» en Europe et plaide pour «le développement d'une culture européenne du rail afin de favoriser les modes de transports alternatifs à la route.»



 

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a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Il est urgent de mettre en oeuvre une véritable politique intermodale pour répondre à la nécessaire complémentarité des modes et en particulier les moins polluants d'entre eux afin de répondre aux exigences de développement durable.
Le rapport du sénateur Haenel est accablant, il fait la démonstration de l'échec de la réforme Pons/Idrac de 1997 concernant la gestion comptable du système ferroviaire (SNCF/RFF). Sans moyens d'auto-investissement, la SNCF n'a pas eu les moyens financiers nécessaires au développement du fret ferroviaire à l'identique du transport de voyageurs, TGV et régional. Sans remettre en cause les conclusions du "Grenelle" de l'environnement il faut désormais une impulsion politique européenne pour le développement du rail.

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