Pascal Canfin (Europe écologie) : "il faut un Greenpeace de la finance"

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Dans un entretien accordé à EurActiv.fr, le député européen (Europe écologie-Verts/ALE) explique les raisons de l'appel lancé par les parlementaires des commissions Affaires économiques et Crise du parlement européen pour créer un contre-pouvoir aux lobbies de l'industrie bancaire.

Pourquoi avoir lancé cet appel ?

L?ensemble des députés européens qui ont lancé cet appel constatent tous les jours l?asymétrie entre le lobbying de l?industrie financière d?un côté, et de l?autre, la faible organisation de la société civile. Les messages que nous recevons de la part de la société civile sont généraux, mais aucune ONG en Europe n?est capable de produire de l?expertise précise comme Greenpeace peut le faire sur le nucléaire ou Amnesty International sur les droits de l?homme. Il nous faut un Greenpeace de la finance.

Concrètement, comment voyez-vous la mise en place de ce "Greenpeace de la finance" ?

Il y a trois éléments-clés: la légitimité par les adhésions, la capacité de communication et la capacité d?expertise. Aujourd?hui, dans le champ dont nous parlons, aucune ONG ne possède les trois éléments.

Cette structure de la société civile serait indépendante par rapport au milieu bancaire, et ne pourrait donc pas bénéficier de ses financements. Elle posséderait une capacité à communiquer au grand public, même si le sujet est très technique. Elle doit aussi posséder une capacité d?expertise sur un certain nombre de dossiers d?actualité et pour lesquels seules les banques produisent, jusqu?à présent, de l?information. Pour avoir accès à cette information, il faut souvent passer par des économistes bancaires, liés à leur employeur, et donc à l?industrie bancaire.

Nous n?allons pas nous substituer à la société civile en montant une ONG. Non seulement ce n?est pas notre rôle, mais ce serait contraire à l?indépendance de cette structure. Nous nous engageons seulement à y travailler de manière informelle.

La très grande technicité de ces sujets n?est-elle pas un frein au développement de ce type de structure ?

Bien sûr. Mais la technicité de la question nucléaire, par exemple, n?empêche pas Greenpeace de savoir communiquer sur un certain nombre d?enjeux.

Le domaine bancaire n?est pas un champ historique traditionnel des ONG. En raison de la nouveauté de ce sujet, elles mettent très peu de moyens financiers pour développer cette expertise-là. Tous les contacts que nous avons eu auprès d?organisations nous disent que notre initative leur permettra, dans leur logique interne, de peser pour mettre davantage de moyens humains et financiers sur ce sujet.

Il faut éclairer le débat pour éviter deux écueils: l?absence de réponse politique à la hauteur des enjeux et la réponse populiste, qui consisterait à dire : "les banquiers, tous des salauds". Il y a un potentiel émotionnel sur ce sujet qui n?est pas médiatisé. L?enjeu est de le faire de manière intelligente et indépendante.

 

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Euractiv

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