Le couple franco-allemand perd en crédibilité

 |  | 784 mots
Lecture 4 min.
Copyright Reuters
Copyright Reuters (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2011. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
Même si Berlin se montre rassurant, la dégradation de la notation française risque de renforcer l'intransigeance de l'Allemagne dans les négociations en vue d'une future «Union pour la stabilité». Une analyse de notre partenaire suisse Le Temps.

François Fillon a devancé l'appel. Réagissant à la décision de Standard and Poor's d'abaisser la note de l'Hexagone de AAA à AA+ avec perspective négative, le premier ministre français s'est d'emblée adressé vendredi soir à Berlin. «Je ne pense pas que cette décision changera la relation entre la France et l'Allemagne, d'abord parce que celle-ci est structurelle, ensuite parce que les destins de nos deux pays sont liés», a-t-il déclaré, tandis que Nicolas Sarkozy appelait dimanche ses concitoyens «à faire preuve de courage et de sang-froid».

Problème: l'impact de cette dégradation, au niveau européen et surtout en Allemagne, est assuré de se faire très vite sentir. «Les experts allemands répètent depuis des mois à Angela Merkel que la France est le problème, reconnaissait au cours du week-end un diplomate communautaire. La perte du triple A français, en affaiblissant Nicolas Sarkozy à la veille de la présidentielle, ne peut donc qu'inciter la chancelière à camper sur sa ligne de défense.» A preuve: celle-ci a exhorté samedi ses partenaires européens à ne pas chercher «à atténuer çà et là» le projet de traité d'Union pour la stabilité dont une nouvelle version est attendue en fin de semaine, avant un nouveau sommet crucial des chefs d'Etat ou de gouvernement le 30 janvier à Bruxelles. «Sans la caution du triple A, Nicolas Sarkozy se retrouve en position beaucoup plus délicate pour négocier avec l'Allemagne, installée dans le fauteuil de pilotage européen», commentait samedi le Financial Times.

Dans les coulisses de la Commission européenne, trois inquiétudes pointent. La première porte sur la Banque centrale européenne (BCE), sur laquelle Nicolas Sarkozy s'efforce depuis des semaines - tout en martelant «l'indépendance de l'institution» - d'obtenir des concessions d'Angela Merkel, résolument hostile à voir l'institut d'émission se transformer en prêteur de dernier ressort aux Etats de la zone euro. Le fait que la perte du triple A français, en vigueur depuis 1975, soit intervenue un jour après les remarques plutôt encourageantes du président de la BCE, Mario Draghi, sur la «normalisation» des marchés financiers européens enrage les conseillers du président français. Les émissions de dette sur les marchés réalisées depuis le début de l'année par la France, l'Italie et l'Espagne plaidaient au contraire, selon eux, pour laisser telles quelles les notations souveraines: «L'accent mis par Standard and Poor's sur l'insuffisance des réformes hexagonales est un argument en or pour tous les opposants à une intervention de la BCE», s'inquiète-t-on à Bruxelles.

Seconde inquiétude: l'approfondissement attendu de la fracture, au sein de la zone euro, entre les partisans de la rigueur envers et contre tout, emmenés par l'Allemagne, et les défenseurs d'une relance. «En clair, le destin des 17?pays de la zone euro n'a plus grand-chose en commun», explique l'économiste portugais Sandro Mendonca, dont le pays, noté BB, a désormais une dette souveraine «spéculative». «Que va apporter au Portugal le traité sur l'Union pour la stabilité? Pourquoi les Portugais l'accepteraient-ils alors que leurs efforts budgétaires ne leur rapportent rien?» Or cette interrogation, à quelques semaines de la présidentielle, vaut aussi pour la France, deuxième économie de la zone euro: au Parlement européen, les eurodéputés socialistes s'apprêtent cette semaine à plaider pour le rejet du texte actuellement négocié, comme l'a demandé François Hollande. Nicolas Sarkozy peut-il, dans ces conditions, continuer d'apparaître pieds et poings liés à Angela Merkel? «Sitôt le AAA perdu, la promesse d'une rigueur «à l'allemande» ne vaudra plus rien», prédisait en décembre l'économiste et eurodéputé PS Liem Hoang Ngoc.

Dernier écueil pour l'actuel couple franco-allemand: la perte du triple A français signe l'échec personnel du tandem Merkozy. L'encouragement, samedi, du ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, pour qui «la France reste sur la bonne voie», pèse peu. La réalité est que la locomotive Merkel, à la tête d'une Europe austère sur le plan budgétaire, mais sans perspective de reprise, est en panne. L'image de patronne incontestée de la zone euro de la chancelière promet donc d'en souffrir avant le sommet du 30 janvier. D'autant que ses partenaires restés AAA (Finlande, Pays-Bas, Luxembourg) l'agacent. Les gouvernements finlandais et néerlandais sont fragilisés par le poids des populistes eurosceptiques dans leurs parlements. Tandis que le premier ministre du Grand-Duché, Jean-Claude Juncker, reproche à la dame de fer de Berlin de refuser l'émission d'euro-obligations destinée, justement, à redonner des perspectives économiques au continent.
 

A lire sur le site du Temps en cliquant ici

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 16/01/2012 à 16:29 :
Les règles de l'UE ont été dictées aux autres membres par l'axe franco-allemand, quoi d'étonnant donc à ce que ces règles les favorisent. Le transfert de capitaux permanent des pays du sud vers les pays d'Europe centrale, par le biais des excédents et déficits commerciaux nous conduit vers un néo-colonialisme insidieux. Nous nous dirigeons vers une Union Européenne avec des républiques bananières autour d'une zone hautement industrialisée. Si nous voulons éviter les troubles et révoltes que cela devra forcement provoquer il nous faudra changer ces règles de sorte à ce que les économies faibles des pays périphériques soient protégées face aux économies plus performantes avantagées par les règles actuelles par le biais du libre échange et par des facteurs naturels et immuables. Surtout l'économie allemande mais aussi en moindre mesure française sont les profiteurs de ces règles. L'entente franco-allemande, qui au départ devait aboutir à une Europe plus pacifique que dans le passé est sur le point de devenir un instrument d'oppression et d'exploitation des pays plus faibles.
Réponse de le 16/01/2012 à 16:56 :
Bien vuu aussi. Surtout "les républiques bananières autour d'une zone hautement industrialisée". Tirez en les conséquences quant à l'appartenance de la France et d'autres pays à la zone euro.
a écrit le 16/01/2012 à 16:14 :
L'excédent commercial permanent et impressionnant de l'Allemagne, réalisé aux dépens des économies de la Zone Euro moins compétitives et réinvesti en dehors de celle-ci, représente une fuite de capitaux légale, il saigne ainsi à blanc la Zone Euro. Après la Grèce, l'Espagne, le Portugal et l'Italie ce sera la France. Il faut à tout prix stopper l'hémorragie que représente l'excédent commercial allemand puisque réalisé dans la Zone Euro et réinvesti en dehors de celle-ci. Le chômage des jeunes dans certains pays a dépassé les 40%. A quand la révolution?
Ces bénéfices ont souvent été réalisés aux dépens d'un surendettement des autres pays de l'Union Monétaire et de l'UE, en fait ce sont pour l'ensemble de l'UE des faux bénéfices, la fuite de capitaux elle est bien réelle. Les usines ont bien été construite partout dans le monde et sont aussi productives sinon plus productives que les nôtres. Volkswagen ouvre sa septième usine en Chine.
Merci l'Allemagne.
Réponse de le 16/01/2012 à 16:52 :
bien vu
a écrit le 16/01/2012 à 16:08 :
Je ne comprends pas cet'engoument des Français pour l'Allemagne.
Il y a 17 pays dans l'Union Monétaire et l'Allemagne n'est que l'un de ces 17 pays.
Quant à la crédibilité du couple franco-allemand, je suppose qu'il n'y avait que le couple même qui y croyait.
Maintenant même le couple n'y croit plus.
Cela ira peut-être mieux maintenant.
a écrit le 16/01/2012 à 14:58 :
Le couple franco-allemend n'a jamais véritablement existé.C'est un mariage forcé depuis Helmut Khol (que je respecte)
a écrit le 16/01/2012 à 14:15 :
l'Allemagne n'a pas perdu la guerre ; la France est ridicule maintenant AA +
a écrit le 16/01/2012 à 13:59 :
C'est pas le couple franco allemand, c'est le couple franco allemand et tous leurs conseillers à la noix, surtout du côté français. Mais au delà c'est la crédibilité de l'euro, une monnaie mirage fondée sur rien de sérieux, du travail de technocrate et d'irresponsable, comme on l'affectionne le concevoir et le fourguer en France (dans les soi disant hautes sphères ou les résaux de zozos et de zéros), et après nous bien entendu, le déluge. C'est une remake de la campagne de Russie, la Bérézina version 2011-2012.
Réponse de le 16/01/2012 à 14:42 :
Les 200 ans de la Bérézina c'est le 26 novembre (du 26 au 29 nov précisément). Et puis en matière de commémoration on a aussi les 100 ans du naufrage du Titanic,qui a coulé le 15 avril 1912. Avec les naufrages récents sur les côtes françaises et italiennes, c'est pas un bon présage ça.
a écrit le 16/01/2012 à 13:58 :
UIl faut arrêter de finacer les déficits des autres pays européens et nous occuper uniquement de notre problème !
L'assistanat pour les autres a atteint sa limite !
a écrit le 16/01/2012 à 10:55 :
croire qu'il existait un couple "Merkosy" est un leurre, il n'a jamais existé. Bien entendu Sarkosy voulait le faire croire et se donnait à l'occasion une importance qu'il n'a pas en réalité. Si je me permettais une image concernant ce couple improbable, l'un occupait l'appartement, l'autre vivait sur le palier !!! Difficile d'imaginer un consensus dans la gestion du couple...Bref on voulait épater la galerie comme d'habitude, et au final un seul pays tient la route : l'Allemagne.
a écrit le 16/01/2012 à 9:00 :
Le couple Franco-Allemand est mort avec l'arrivée de Sarkosy. Aujourd'hui la France est le vassal de l'Allemagne qui prend les décisions. Sarkosy les avalise en essayant de faire croire qu'il en est le co-auteur.
Réponse de le 16/01/2012 à 18:23 :
OK, c'est aussi mon opinion. Salut
a écrit le 16/01/2012 à 8:20 :
La "relation structurelle entre le France et l'Allemagne" en matière d'économie et industrielle est du même ordre que celle qui unit la carpe et le lapin. Les scritères invoqués par S&P pour expliquer sa dégradation, à savoir l'évolution de la compétitivité et celle de la balance des paiements, sont pertinents. On s'étonne même de la date tardive à laquelle cette prise de conscience et ce constat surviennent. C'était prévisible depuis 1995, voire 1993.Rappelons la raison originaire de cette divergence: l'imbrication de l'industrie allemande dans les économies d'Europe centrale et orientale dont les coûts de production sont bien inférieurs à ceux deu coeur de la zone euro et qui ont conféré à l'industrie allemande une compétitivité inimitable. La solution pour la France? Tailler dans son modèle social (baisse des charges, des salaires et des reraites) ce qui est impossible; acquérir une supériorité dans l'innovation, la recherche appliquée et l'industrialisation (difficile à imaginer même si on ne peut que le souhaiter); enfin, sortir de l'euro d'une manière ordonnée pour refonder une zone euro bis avec des pay à compétitivité comparable, c'est à dire les pays européens dits latins. Comme il est peu probable que quiconque ait le courage d'une telle décision, il faut s'attendre à un lent pourrissement et une lente dégradation de l'économie et de la situation sociale en France et dans quelques autres pays européens. Cela ne signifie pas pour utant une dégradation de la situation des grades entreprises françaises, bien au contarire.
a écrit le 16/01/2012 à 8:19 :
Cela fait dix ans que ce couple n'est plus crédible lorsqu'ils ont pris des chemins différents. Il y a 10 ans l'Allemagne de Schroder se serrait la ceinture pour faire face à la concurrence féroce de la mondialisation. Au même moment, la France de Jospin fesait les 35H, augmentant le coût du travail au nom de l'oisiveté et de la paresse. Pas la peine de chercher plus loin les raisons d'un tel écart entre les deux pays. Si les français veulent s'en sortir, ils devront faire des efforts, comme tout le monde et ce n'est pas en braillant dans la rue pour un oui ou non qu'ils y arriveront.
Réponse de le 16/01/2012 à 9:25 :
Faire des efforts c'est facile à dire, comment voulez-vous que la Grèce ou le Portugal fassent encore plus d'efforts?
Les salaires y sont déjà moitié des salaires allemands ou français. L'Italie de même, les salaires sont d'environs 30% inferieurs aux salaires Allemands ou français. Il y a une limite aux efforts que l'on peut faire. Déjà des jeunes hautement qualifiés quittent le vieux continent pour aller chercher fortune ailleurs.
En plus de la tragedie humaine que représente ces expatriations, nous avons avons besoin de ces jeunes pour payer nos retraites.
a écrit le 16/01/2012 à 7:51 :
A quel moment et auprès de qui le couple franco-allemand a-t-il donc été jamais crédible?
a écrit le 16/01/2012 à 7:33 :
La « règle d'or » ou, puisqu'il faut parler allemand maintenant en Europe, comme exigé par M Kauder (chef du parti CDU de Mme Merkel), "die Schuldenbremse" est un peu ce qu'est la fausse planque aux criminels qui, interrogés par la police et prouver leur innocence, mènent celle-ci à une planque dans laquelle bien évidemment le butin ne se trouve pas.
Ainsi vouloir limiter la dette budgétaire d'un pays, sans en limiter le déficit de la balance commerciale, conduit ce pays inexorablement à la pauvreté. La fuite de capital due au déficit de la balance commerciale n'étant ni contrôlée ni interdite, ces pays à la balance commerciale déficitaire vont vivre pendant quelques temps de leur substance avant de sombrer dans la misère totale.
C'est en améliorant la productivité de ces pays que nous pourront sortir de la crise.
Pour arriver à augmenter la productivité il faut protéger l'économie de ces pays de la concurrence des économies plus fortes par des moyens autres que par le dumping des salaires.
Au sein de l'Union Monétaire il est nécessaire d'arriver à une convergence des économies mais aussi des salaires.
a écrit le 16/01/2012 à 7:33 :
Si l?Allemagne semble pour l?instant encore disposée à ?uvrer pour la survie de la zone euro dans sa forme actuelle, c?est parce que la faiblesse des autres pays lui permet d?imposer ses vues. La participation accrue des banques dans le défaut de la Grèce, le refus de transformer le FESF en banque, la surveillance budgétaire accrue des Etats en difficulté et le refus d?accepter un rôle plus important de la Banque centrale européenne dans le financement des Etats sont des points sur lesquels les désirs de l?Allemagne l?ont emporté sur ceux des autres, et notamment de la France. A noter aussi que depuis le début 2010, le taux à 10 ans de l?Allemagne est passé de 3,4 % à 1,8 %. La crise a dès lors permis à l?Allemagne (et à l?Europe du Nord en général) de réduire de manière importante son coût de financement alors que celui de l?Europe du Sud a explosé. Ceci ne fait qu?accroître l?écart de compétitivité entre Nord et Sud.
a écrit le 16/01/2012 à 7:22 :
"Le couple perd en crédibilité", mais quand a-t-il était crédible? Pensez-vous que la confiance avait été placée en un président qui a utilisé dès le début de son mandat, la familiarité grossière synonyme de vulgarité à ce niveau de fonction, pour essayer de passer pour crédible? Ses embrassades machistes, imposées à Angela Merkel, ne servaient pas sa crédibilité, bien au contraire!
Réponse de le 16/01/2012 à 9:36 :
Un commentaire qui ne sert à rien !
tu dois à l'état 28000 ? ...alors commence par les rembourser et après tu pourras t'étalller..
Réponse de le 16/01/2012 à 10:30 :
vous dépasssez les limites il n'y a rien de" grossière familiarité" comme vous lprétendez!
Réponse de le 16/01/2012 à 11:03 :
D accord avec vous @severine cependant la vraie grossièrté a été leur attitude avec leurs sourires au sujet de Berlusconi : les italiens doivent rire !!
Réponse de le 16/01/2012 à 18:29 :
Lou a raison pour moi, souvenez-vous de cette fausse entente dès qu'il voyait Mme MERKEL, elle est plus maline que lui, la preuve. Il s'est fait bouffé en beauté, je crois que tous les pays seraient contents de ne plus avoir a subir SARKOSY et je trouve cela normal, moi j'ai honte d'un tel comportement.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :