Dangereux poker menteur sur la Grèce

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L'option d'une sortie de la Grèce de la zone euro s'est imposée comme une solution pour la crise européenne non seulement pour nombre de commentateurs mais aussi de responsables politiques dans une sorte de dangereuse prophétie auto-réalisatrice. Un compromis réaliste avec les Grecs serait toutefois moins dommageable pour l'ensemble de l'UE. Ce sera l'enjeu du conseil européen informel de mercredi.

Difficile de se faire une opinion ces derniers jours sur la Grèce et la zone euro. Même si à l'issue du sommet du G8, le communiqué souligne que la Grèce ne doit pas quitter la zone euro, l'option de sa sortie est clairement actée pour certains « gourous », comme Nouriel Roubini, envisagée comme une possibilité par le ministre des Finances allemand Wolfgang Schaüble ou la directrice du FMI Christine Lagarde. Même dans les couloirs de la BCE, on évoque une telle idée, qui paraissait pourtant taboue voici encore quelques semaines. Par ailleurs, le monde des affaires prend les devants, certaines entreprises opérant en Grèce pressant leurs juristes d'inclure des clauses en cas d'un hypothétique retour de la drachme. Ne serait-on pas en train d'assister à une prophétie autoréalisatrice ?

La responsabilité du Pasok et de la Nouvelle Démocratie

C'est peut-être Laurent Fabius, nouveau locataire du Quai d'Orsay, qui a le mieux résumé la situation. Celui qui fut l'un des fers de lance du « non » à la constitution européenne en 2005 « ne veut pas donner de leçons aux Grecs » mais leur conseille toutefois que « s'ils veulent rester dans l'euro, ce qui est je crois une majorité d'entre eux, ils (les Grecs) ne peuvent pas se prononcer pour des formations qui de fait les feraient sortir de l'euro ».

Cette litote du nouveau ministre français des Affaires étrangères élude le véritable problème. En effet, les deux formations qui ont souscrit au mémorandum européen en échange d'une aide du FMI et de Bruxelles, le Pasok et la Nouvelle Démocratie, sont celles là même qui dominent la vie politique du pays depuis la chute de la dictature des colonels en 1974. Ce sont même deux familles, les Papandreou et les Caramanlis, qui ont institué le clientélisme comme forme administrative et la corruption généralisée comme morale de l'Etat. Rappelons-nous la gabegie financière que fut l'organisation des Jeux Olympiques d'Athènes. La fraude fiscale n'a cessé d'exister comme sport national durant toutes ces années. La mise en place d'une administration efficace dans un milieu qui n'y a aucun intérêt ne peut se faire en quelques mois, ou même en deux ans. On peut donc s'interroger sur le réalisme des bailleurs de fonds internationaux et leur connaissance des réalités locales.

Les erreurs d'appréciation de Bruxelles

Ensuite l'électeur grec s'interroge : comment se fait-il qu'un tel régime corrompu et clientéliste n'ai pas été à un moment ou un autre sanctionné par Bruxelles ? Pourquoi une telle complaisance ? Irresponsabilité bureaucratique ou complicité active, difficile de répondre, puisque aucune enquête n'a été diligentée pour déterminer les responsabilités dans la falsification des données des finances publiques de la Grèce, après la révélation en octobre 2009. Et son acceptation sans problèmes des services de Bruxelles.

Pour ce même électeur grec, ce sont aussi les socialistes et les conservateurs qui sont responsables de la situation actuelle par une gestion calamiteuse avant 2009 et... après, car non seulement elle ne s'est pas améliorée depuis l'application des mesures de rigueur mais a même empiré. Sans compter aussi la gestion de la crise de « Merkozy », qui ont piloté cette lente dégradation de la situation en ne parvenant jamais à clairement prendre la mesure de la gravité du problème mais cherchant à gagner du temps en s'inscrivant dans des solutions de court terme. Il est vrai que jusqu'à 2009, la Grèce qui consacrait une partie de ses dépenses à la Défense avait pour principaux fournisseurs l'Allemagne et la France.

Fiction volontariste

Pire, les marchés financiers, autrement dit les prêteurs internationaux, se sont aperçus que le projet de zone de monnaie commune qui leur avait été « vendu » initialement - à quelques différences près, les dettes des différents pays étaient garanties - relevait davantage de la fiction volontariste que de la solidarité attendue dans la crise.

S'il s'agit à quelques semaines de la tenue de nouvelles élections en république hellénique de dramatiser la situation afin d'en mesurer l'enjeu essentiel, pourquoi pas ? Mais ce jeu est dangereux. D'abord dans leur majorité, les Grecs veulent rester dans l'euro. Quel que soit le résultat du vote, il faudra donc que Bruxelles signifie la sortie d'un membre. Comme l'indique bien Maurice de Boisséson chez Octofinances : « Expulser un pays de l'euro est à la fois très facile à faire et très difficile à décider. Pour le faire, il suffit que la BCE ne finance plus les banques du pays. Mais c'est difficile à décider, car c'est contraire aux règles de la BCE, qui doit traiter toutes les banques européennes de la même façon ; c'est donc faire craindre la même chose ailleurs, une contagion qui peut emporter la moitié des banques européennes. »

Un sens plus profond

Outre ce risque de contagion qui reste pendante, pousser la Grèce hors de l'euro aurait un sens beaucoup plus profond qu'une simple décision technique qui aurait pour vertu de résoudre la crise de la dette. D'abord, parce que les opinions publiques des autres pays en difficulté - Espagne, Italie, Portugal - pourraient à leur tour penser que ce qui est arrivé aux uns pourrait arriver aux autres. Ensuite pour l'ensemble des pays européens, ce projet politique d'Union tant vanté pour assurer la paix sur le continent serait de facto mort dans sa philosophie. Ne pas avoir été capable de trouver une solution à un pays qui ne représente rappelons-le qu'à peine 3% du PIB de la zone euro s'avèrerait un cuisant échec.

Enfin, à moins d'une semaine d'un référendum en Irlande, ce serait envoyer un signal dangereux à l'ensemble des Européens, déjà aux prises avec un scepticisme ambiant qui se mesure dans la montée électorale de partis extrêmistes à chaque consultation quelque soit le pays concerné.

Si les Grecs doivent continuer à faire des efforts et des réformes, il reste aussi nécessaire que Bruxelles et le FMI envoient des signaux positifs via un compromis réaliste sur l'assouplissement des conditions de l'aide. Ce sera l'enjeu du conseil informel européen de mercredi.
 

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a écrit le 22/05/2012 à 12:49 :
C'est amusant dans les commentnaires, de constater que certains s'en prennent ouvertement à l'Europe au motif du manque d'ingérence, par le passé, pour contrôler les comptes grecs et leur économie en général, réclament même des têtes ou des sanctions contre ces "Européens-laxistes-ou-complices-qui n'ont-fait-leur-boulot" mais en revanche, pas un mot sur la Grèce actuelle -population et dirigeants- qui n'a jamais "mis en examen", ou même recherché les responsables de cette débacle au sein de son propre pays... Certes, c'est tellement plus facile d'accuser l'Allemagne...
a écrit le 22/05/2012 à 7:33 :
il n'y a pas de compromis realiste avec des gens qui ne veulent pas payer leurs impots, n'ont pas de cadastre, passent leur temps a tricher, et font la revolution a la grecque quand on ne veut pas payer leurs fins de mois...
a écrit le 22/05/2012 à 6:36 :
Pour sauver l'Euro, il faut que la Grece sorte. La debacle qui va s'en suivre en Grece enlevera l'envie aux vendeurs de mirage dans les autres pays d'Europe de faire la meme chose.
a écrit le 21/05/2012 à 21:15 :
Pourquoi pas une 1/2 zone EUR avec les pays forts et 1/2 zone EUR avec des conditions assouplies?
a écrit le 21/05/2012 à 20:48 :
Mais pourquoi les technocrates de l'UE n'exigent-ils pas la saisie des avoirs des riches grecs , de ceux qui n'ont jamais payé d'impot, pourquoi n'exigent-ils pas la taxation de l'Eglise et des armateurs ???
Au final, ne devrait-on pas juger les technocrates de l'UE pour leur laxisme , leur irresponsabilité , leur pouvoir de nuisance , et les banques pour les mêmes motifs.
Réponse de le 22/05/2012 à 1:41 :
Parce que la religion c est l opium du peuple.
Parce que les armateur ont mis leur argent ailleurs qu en grece.
(on ne demande pas a un gouvernement grec de taxer la richesse qui est en suisse)
a écrit le 21/05/2012 à 20:03 :
"Vous avez voulu éviter la guerre au prix du déshonneur. Vous avez le déshonneur et vous aurez la guerre."
sauvons la Grèce avant qu'il ne soit trop tard !
Réponse de le 21/05/2012 à 22:36 :
Hors sujet! Cette citation est de Churchill face à la capitulation Française contre l'Allemagne Nazie. Relisez là une centaine, vous en comprendrez peut-être le sens...
Réponse de le 22/05/2012 à 10:03 :
c est bien une citation de Churchill mais c est ce qu il a dit au retour de Chamberlain et Daladier d Allemagne quand ils ont laissé à Hitler les mains libres sur le sujets des Sudetes
Réponse de le 22/05/2012 à 10:08 :
Bien au contraire, je trouve également que cette citation est d?actualité, car on retrouve des similitudes. Et, toutes proportions gardées, il me semble qu?il y a déjà une confusion entre demande d?abnégation et exigences de collaboration avec les « plus forts »
+ « c?est la faute aux autres » Grec est disproportionnée
+ « cela ne nous concerne pas » = la majorité des pays de la zone Euro ont « triché » avec leurs économies, soit avec les critères, les subventions, les expositions des banques?.
Bref, un manque de réalisme et de courage
Soit on montre sa détermination face aux « purs players financiers », soit on capitule. Si on n?est pas capables de sauver la Grèce, on ne sauvera pas l?Espagne, le Portugal, l?Italie, etc? Ce serait la fin de l?Euro et il est prétentieux de penser que la France s?en sortirait mieux, vu l?endettement et le manque d?activité pérenne.
a écrit le 21/05/2012 à 19:44 :
si la Grèce abandonne l 'Europe politique /économique .... nous paierons tres cher les pots cassés !
Réponse de le 21/05/2012 à 22:38 :
Qu'en savez-vous? Parfois, il vaut mieux se coupez le bras pour rester en vie...
Réponse de le 22/05/2012 à 1:44 :
@cjesus,
Attention a ce que vous dites !
- Grece = 1 bras,
- Portugal = 1 bras
- Espagne = jambe
-Italie = jambe !
Une europe (homme tronc) c est pas beau a voir et a faire vivre !
Il est peut etre des circonstances ou achever le malade c est eviter des souffrances inutiles
a écrit le 21/05/2012 à 19:24 :
Très bon article qui résume parfaitement la situation, les enjeux, les manipulations et les ambiguïtés des uns et des autres.
a écrit le 21/05/2012 à 18:02 :
lorsque la Grèce est entrée ds l'union c'était largement sur une base d'extension balkanique( la seule alors): et pourtant il y a eu la crise de l'ex Yougoslavie. Alors revenir à une non présence de cet archipel, interface non seulement balkanique, mais également proche-oriental, serait pire qu'une faute; mais comme les marchés s'en moquent, c'est donc aux politiques de se réveiller, même les Allemands!
Réponse de le 21/05/2012 à 19:38 :
Je partage votre avis !... L'abandon de la Grèce serait grave de conséquences !
Réponse de le 21/05/2012 à 21:35 :
Le commentaire de JP est parfait.

la Grèce a des frontières très importantes; j'ai déjà commenté sur le registre.

Même les Grecs n'en sont pas conscients quand on en discute avec eux ... Ah! les marchés!......
Réponse de le 22/05/2012 à 6:46 :
La sortie de l'euro n'est pas synonyme de sortie de l'Europe. Oui, la Grèce doit rester européenne car elle veille aux portes de l'Union. Il faudra, de toute façon, continuer de l'aider à financer une armée qui lui coûte très cher.
Réponse de le 22/05/2012 à 9:22 :
@JP
Concernant l?ex-Yougoslavie, la Slovénie fait désormais partie de l?UE et de la zone euro et la Croatie est en cours d?adhésion (elle sera normalement effective en juillet 2013). Si on ajoute à cela que la Roumaine et la Bulgarie font également partie de l?UE, la présence de l?UE est suffisante pour se passer de la Grèce.
Pour moi cet argument a perdu son poids suite à l?extension de l?UE en 2004 et en 2007.
Après pour les relations avec le proche orient vu l?animosité entre la Turquie et la Grèce, je ne suis pas sûr que cela soit un avantage pour l?UE (mais si on a besoin de s?engueuler avec la Turquie il restera toujours Chypre dans l?UE).
Pour la protection des frontières, une sortie de la Grèce de l?UE ne changerait pas grand chose car les frontières maritimes sont de toutes façons déjà gardée et la seule frontière terrestre sur laquelle il y aurait potentiellement plus de « pression » serait la frontière bulgare (et il s?agit déjà d?une « frontière extérieure » de l?UE).

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