"En Grèce, le problème des entreprises publiques est le clientélisme, orchestré par le gouvernement"

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Savas Robolis est directeur scientifique de l'INE (Institut de recherche sur le travail), basé à Athènes. Copyright Elisa Perrigueur
Savas Robolis est directeur scientifique de l'INE (Institut de recherche sur le travail), basé à Athènes. Copyright Elisa Perrigueur
Savas Robolis est le directeur scientifique de l'INE (Institut de recherche sur le travail) de GSEE-ADEDY, les deux grandes centrales syndicales grecque qui couvrent les secteurs privé et public. Il analyse le climat social de plus en plus tendu en raison de nouvelles mesures destinées à économiser 11,5 milliards d'euros d'ici 2014. Un appel à la grève générale a été lancé pour le 26 septembre.

Comment est le climat social aujourd'hui en Grèce ?
Cette semaine, les professions ont défilé par branches : policiers, docteurs, professeurs... Ce jeudi, les syndicats (GSEE et ADEDY) se sont réunis pour déterminer la date officielle d'une grève générale. Ils appellent à un rassemblement le 26 septembre prochain.

Juin 2011, février 2012... Le peuple grec a déjà exprimé plusieurs fois son mécontentement contre la politique de rigueur. Il continue à protester, malgré une présence policière intense à Athènes...
Oui, les Grecs ne supportent plus l'austérité qui leur est imposée. Cette fois-ci, leur colère a été déclenchée par une nouvelle baisse des retraites. Entre 2010 et 2012, l'Etat a déjà récupéré 4,2 milliards d'euros sur celles-ci. Avec les nouvelles mesures, il veut encore les amputer de 5,5 milliards d'euros d'ici 2014 ! Il y a 2,4 millions de retraités en Grèce... Tous les indicateurs montrent que l'austérité est inefficace, nous le notons dans notre dernier rapport sur l'état de l'économie, publié cette semaine. La récession va continuer en 2013. Le coût du travail a baissé de 8% en deux ans. Nous sommes au 96e rang mondial au niveau de la compétitivité, alors que nous étions au 90e rang en 2011. Nous prévoyons un chômage à 28-29% l'année prochaine (24% aujourd'hui. NDLR))...Nous avons le même niveau d'emploi qu'en 1997 et le même niveau de chômage qu'en 1961.Comment peut-on encore demander au peuple de payer davantage ?

Le salaire minimum du privé s'élève à 586 euros brut (contre 751 euros brut en 2008). Pourtant, les prix des biens de consommation restent élevés en Grèce, ainsi le litre d'essence avoisine 1,90 euro. Comment font les Grecs pour vivre ?
C'est très difficile, on estime à 424.000 les ménages sans revenu, où personne n'a un emploi. Le nombre de Grecs qui travaillent sans salaire depuis plusieurs mois est estimé à plus de 300.000. Tous préfèrent travailler sans revenu plutôt que d'être chômeur. 10% des chômeurs touchent environ 380 euros par mois, les autres ne perçoivent rien. Les gens vivent donc sur leurs économies, mais les Grecs n'ont pas beaucoup d'épargne... Il y a un repli familial important. On assiste également à la multiplication de soupes populaires, d'aides de l'Eglise, des municipalités...Une autre alternative pour les Grecs est de partir, nombreux sont ceux qui vont dans les pays du nord, Pays-Bas, Allemagne, ou en Australie. Même les populations venues d'Albanie et de Bulgarie il y a dix ans choisissent de retourner dans leur pays.

Le gouvernement a programmé 28 privatisations d'ici 2015, comment les syndicats vont-ils réagir ?
Nous y sommes opposés, nous l'avons déjà dit. Nous ne voulons pas d'un pays racheté par les Chinois (qui sont intéressés par le train. NDLR), les Français (qui seraient intéressés par l'hippodrome. NDLR) ou les Allemands (intéressés par le secteur énergétique. NDLR). Nous prônons la création d'entreprises publiques avec un intérêt public, où le gouvernement n'aurait plus qu'un droit de regard. Car le problème des entreprises publiques est le clientélisme, orchestré par le gouvernement.

Le gouvernement a proposé la création de Zones économiques spéciales en Grèce pour attirer les investissements, qu'en pensez-vous ?
Nous nous battrons contre ça. Cette mesure, qui consiste à créer des régions avec des salaires moins élevés, des réductions fiscales pour les entreprises, prédestine les Grecs à devenir une main d'?uvre bon marché. Nous avons les exemples de la Pologne, où ces zones réduisent les droits des salariés. Mais c'est ce que la commission européenne essaye de faire avec la Grèce. Par exemple, depuis 2011, les migrants qui sont en voie d'expulsion, et attendent dans des camps, sont autorisés à travailler dans les entreprises du secteur avec des salaires « adaptés », c'est-à-dire plus faibles que la moyenne. Ça crée une concurrence pour les travailleurs grecs...Et c'est vraiment terrible comme mesure de travail. De toute façon, nous avons déjà été transformés en Zone économique spéciale dans l'Union européenne, on nous fait régresser au niveau économique d'il y a 30 ans...

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Commentaires
a écrit le 17/09/2012 à 0:02 :
Personne ne peut penser qu'un pays qui conserve un salaire minimum souhaite réellement réduire son chomage... Pour un syndicat, un taux de chomage de 40% est tout a fait acceptable pourvu que les salaires ne baissent pas.
a écrit le 16/09/2012 à 22:12 :
Sacré savas, je vais versé une larme!
a écrit le 14/09/2012 à 2:16 :
Pourquoi pas une mise sous tutelle du pays. EEn faillite c'est souvent ce qui se passe avant le dépôt de bilan.
a écrit le 13/09/2012 à 19:58 :
Ne depensez pas plus que vous gagnez. Une devise applicable pour tous.
a écrit le 13/09/2012 à 17:56 :
Qu'ils se rassurent la France va rejoindre leur club. C'est en bonne voie.
a écrit le 13/09/2012 à 16:06 :
Tiens je pensais qu'on détenait la palme des syndicats les plus ringards de l'Union et même du monde, visiblement les syndicats grecs sont encore plus gauchistes et fouteurs de merde que la CGT et FO ...
Réponse de le 13/09/2012 à 16:51 :
le syndicat essaye de défendre les classes "populaires" pour faire simple et ils sont dans leur rôle même si leur position au cas présent est par trop rigide. Que dire des "politiques" (de tous bords) qui ont dirigé ce pays. Quels intérêts défendaient ils !!!!!
a écrit le 13/09/2012 à 15:20 :
le peuple grec traverse une passe très difficile, c'est l'évidence même, mais au delà du constat, il ne faut pas oublier les raisons qui ont conduit ce pays à cette situation dramatique et là la responsabilité est collective, à commencer par les "politiques" qui se sont succédés à la tête du pays depuis des décennies, parfaits démagogues et qui ont conduit systématiquement une politique clientelliste, afin de rester au pouvoir. Les instances européennes sont également responsables car la grèce ne répondait pas aux critères permettant d intégrer la zône euro et cette situation était connue dès le départ. Les grecs eux mêmes ne pouvaient pas ignorer qu'un état ne peut assurer ses pouvoirs régaliens sans des rentrées fiscales suffisantes, et le "sport national en grèce" c'est précisément la fraude fiscale On baigne dans l'hypocrisie la plus complète !!!
a écrit le 13/09/2012 à 15:11 :
meme probleme a venir en FRANCE IL FAUT EN FINIR AVEC TOUS LES REGIMES SPECIAUX ...aucune reprise sera possible avant egalite

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