Les Européens toujours aussi indécis sur la manière de partager le coût faramineux de crise

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Berlin, Helsinki et La Haye remettent en cause les acquis du Conseil européen de juin.

Il fallait s'y attendre. Le club des bons élèves a sonné la fin de la récréation. Elle avait commencée au lendemain du Conseil européen des 28 et 29 juin. A l'époque, les Européens avaient rendu le sourire à leurs partenaires internationaux et à la planète finance en annonçant qu'ils étaient fermement décidés à rompre la spirale infernale qui était en train d'entraîner l'Espagne et le reste du Sud de l'Europe vers l'insolvabilité. Ils avaient décidé qu'ils prendraient directement à leur charge jusqu'à 100 milliards d'euros d'aide au secteur bancaire espagnol ce qui permettait de soulager l'Etat espagnol d'autant tout en remettant sur pied ce rouage indispensable à l'activité économique que sont les banques.

 

Le "deal" de juin


La condition à cela était qu'à l'avenir le contrôle de la solvabilité banques de toute la zone euro (6000 établissements), qui s'était avéré défaillant en Espagne notamment, soit confié à la Banque centrale européenne, c'est-à-dire à une autorité représentative de la zone euro et qui accessoirement n'est captive d'aucun jeu politique national en particulier. Tel était le « deal » du mois de juin aux termes duquel les Européens devaient pouvoir commencer à taper dans leur fonds commun (le MES) à partir du 1er janvier dès lors que la surveillance des banques des pays sous programme (notamment espagnoles) passait sous l'autorité de la BCE. Il avait redonné des couleurs aux marchés pendant l'été et fait fleurir sur la bouche des analystes des expressions comme « bout du tunnel », « le pire derrière nous », « tourner le coin de rue » et autres expressions d'optimisme.

 

Le Nord freine


Dans une lettre aux quatorze autres ministres des finances de la zone euro et aux autorités européennes, le trio des « AAA » formé par les grands argentiers allemand, finlandais et néerlandais annoncent au reste de l'Europe et du monde qu'il faudra un peu patienter avec de s'engager dans la mutualisation du coût de la réparation du secteur bancaire espagnol entre Européens. Wolfgang Schauble, Jutta Urpilainen, et Jan Kees de Jager risquent ainsi de fermer la parenthèse de calme ouverte en juin parce qu'ils remettent en cause le calendrier fixé à l'époque qui fixait aux marchés un horizon relativement proche.

Pièce manquante


Les coûts d'emprunt espagnol, irlandais ou italien pourraient repartir à la hausse s'il s'avérait que le lien fatal entre dettes bancaire et souveraine au niveau de chaque pays européen ne peut être rompu rapidement. C'est la mauvaise nouvelle. Mais il y en a aussi une bonne : en relançant dès maintenant le débat sur le traitement de l' « héritage » des défaillances passées (en gros les pans du secteur bancaire plombés par l'excès de crédit des deux décennies passées), le trio nordique met en lumière la pièce manquante du puzzle qui a commencé à s'assembler en juin : celui de la résolution bancaire.

Question volontairement laissée de côté


De l'avis unanime des économistes et de l'aveu de la Commission, cet aspect avait été laissé de côté jusqu'à présent, parce que c'est le plus délicat. Résoudre une crise bancaire, cela revient à partager les pertes entre les contribuables (si la recapitalisation est financée par le public), les créanciers des banques et leurs actionnaires.

Le cas espagnol


Dans le cas de l'Espagne, cette tâche reste pour l'instant confiée aux autorités espagnoles sous le contrôle de... la Commission européenne et, en son sein, de l'autorité européenne de la concurrence. Ce travail qui, au niveau national, est généralement confié à l'administration du Trésor, c'est-à-dire à l'autorité fiscale, est partagée de facto entre les autorités publiques espagnoles et la Commission européenne qui négocient en ce moment même les termes de la restructuration du secteur bancaire ibérique. En d'autres termes, il y a bien un début de fonds européen de résolution (le MES) mais pas d'autorité fiscale, la Commission ne pouvant clairement pas faire office de « trésor européen ». C'est pourquoi, d'une façon assez logique et prévisible les « nordiques » se rebellent.

 

Dispositif fragile


En réponse à cette fronde, la Commission européenne répond que la Banque centrale européenne doit , idéalement au 1er janvier, reprendre en main la supervision des banques des pays sous programme d'aide européenne. Mais précisément, la BCE ne saurait être une autorité de résolution au niveau européen, pas plus que ses petites s?urs française, allemande ou belge, ne s'occupent de distribuer les pertes au niveau national. Que Berlin, Helsinki et La Haye répugnent à financer au niveau européen une résolution à 50 ou 60 milliards d'euros (c'est le coût estimé de la recapitalisation espagnol qui devrait être confirmé en fin de semaine) souligne le trou béant dans tout le dispositif d'aides mis en place par les Européens : l'absence d'autorité fiscale et l'absence d'un lieu, en Europe, où trancher la question du partage des pertes engendrées par la crise.

Une solution en octobre ?


Dans un récent article, les économistes Jean Pisani-Ferry et Guntram B. Wolff annonçaient, en creux, le « coup » des trois ministres AAA en expliquant que « mettre en place un pare-feu fiscal commun dans la situation actuelle est rendu difficile par l'héritage du passé, certains systèmes bancaires étant en plus mauvais état que les autres ». La révélation de cette rentrée est donc que la supervision centralisée par la BCE, dont La Haye et Berlin juge qu'elle mettra du temps à se mettre en place (ce que concèdent en coulisses certains banquiers) n'est pas la condition politique suffisante à la recapitalisation directe des banques par un fonds européen.

 


Les chefs d'Etat et de gouvernement qui se retrouvent en octobre à Bruxelles pour parler d' « approfondir l'union économique et monétaire » pourront difficilement passer outre ce constat. Ls dirigeants de l'eurozone, quatre ans après Lehman, en sont toujours à se refiler les uns aux autres le fardeau de la crise, comme un mistigri.

 


 

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Commentaires
a écrit le 27/09/2012 à 21:38 :
Ces trois états veulent l'avantage de l'Euro : l'absence de réévaluation monétaire malgré leurs performances. Mais ils ne veulent pas l'inconvénient de l'Euro : devoir aider ceux qui sont asphyxiés par l'absence de dévaluation monétaire. On les comprend. Mais il faut qu'ils choisissent : s'ils ne veulent pas aider, fort bien, mais qu'ils quittent l'Euro, et s'ils veulent aider, qu'ils arrêtent de tout bloquer. Je préfère la première solution.
Réponse de le 28/09/2012 à 8:05 :
Clair ! Une union monetaire ne peut exister sans transfert. Tous les etats federaux et les provinces riches chialent toujours et ne veulent pas payer pour les pauvres. Mais on connait cs dans nos pays aussi flamand contre wallons italie du nord versus italie du sud, catalogne vs andalousie, ouest allemand est allemand etc etc...

Ils,paieront au minimum via des restructurations des dettes du fait de la politique contre productive qu'ils imposent a l'europe.
a écrit le 27/09/2012 à 16:32 :
Le tabou! une bonne dévaluation !
Réponse de le 27/09/2012 à 17:13 :
L'idée de dévaluation n'a rien de tabou, c'est simplement économiquement stupide et moralement criminel. Une dévaluation, c'est du vol en bande organisée. Une dévaluation, c'est la négation brutale du droit supérieur de propriété. Faut-il le rappeler encore et encore ? L'argent n'appartient pas aux Etats mais à chacun d'entre nous qui l'avons créé. Les Etats sont illégimites quand ils prétendent voler notre épargne et notre pouvoir d'achat comme si de rien n'était, d'autant que cela ne règle jamais les problèmes économiques, notamment la faible compétitivité d'un pays. Une faible compétitivité, ça se résorbe par le travail acharné et l'investissement productif rentable, bref uniquement par la liberté économique retrouvée mais certainement pas avec des manipulations monétaires d'un autre temps.
Réponse de le 27/09/2012 à 17:30 :
à Dévaluation, drôle : "l'argent n'appartient pas aux états" écrivez-vous ! mais les états impriment, alors ? par ailleurs, nous savons très bien ce que vaut la classe politique, à quelques rares exceptions près ! sur le fond je suis d'accord pour dire que le travail seul ,devrait permettre de s'enrichir, et non pas la spéculation comme le font les banques et sans aucun contrôle du pouvoir politique !
Réponse de le 27/09/2012 à 18:49 :
Non les etats n'imprime pas... La BCE imprime et ce n'est pas une institution politique... Quand au niveau de notre classe politique je vous rejoint. Neanmoins, la politique n'as pas se meler de la finance et encore moins des entreprise donc arretez de proner un interventionnisme a outrance qui lui-meme nous a tué sur les 20 dernieres années...
Réponse de le 27/09/2012 à 20:33 :
@dévaluation: au cas où t'aurais pas remarqué: la dévaluation est ce que font les US depuis plusieurs années et maintenant avec l'assouplissement quantitatif 3 (QE3).
Réponse de le 27/09/2012 à 23:43 :
Patrickb: oui mais le dollar est la devise internationale des échanges et donc il n'a jamais dévalué malgré les 3 QE ...
a écrit le 27/09/2012 à 16:31 :
Quatre ans après la faillite de Lehman Brothers on patauge toujours, pourquoi? Les effets de la gestion de la crise seraient-ils pires que les effet de la crise? Et pourtant ne dit-on pas que "time is money".
a écrit le 27/09/2012 à 15:54 :
Vu la lenteur et/ou l'absence des réformes dans les PIIGS (baisses des coûts de travail, de la part d'état au PIB, résorption des junk bonds des bulles immos etc) la pression sur ces pays de junkies(PIIGS) doit que monter. En ce qui concerne la France, (qui pose sans gênes avec ses amis de créances et signatures douteuses) elle a d'ailleurs un intérêt particulier à se réformer! La dette est -encore- très, très bon marché. Profitons-en.
a écrit le 27/09/2012 à 15:19 :
La bonne recette : laisser les banques faire faillite et laisser les états dévaluer leur monnaie. Dans le cas de faillite des banques et AVANT que l'état dévalue, que l'état rembourse les sommes déposées par les clients spoliés des banques !! ne pas faire de mélanges des genres comme le grand capital veut, je confonds contribuables et clients , et ainsi de suite....
Réponse de le 27/09/2012 à 18:50 :
Pourquoi vous agressez les banques? Elle n'on strictement rien a voir avec la crise actuelle...
Réponse de le 27/09/2012 à 20:35 :
@voltR: l'État, ce sont les contribuables ! et pourquoi donc les contribuables devraient-ils toujours payer pour les malversations des autres (banques et politiques) ???
Réponse de le 27/09/2012 à 20:43 :
Les couvertures de défaillance ou dérivés sur évènement de crédit ou permutations de l'impayé, plus connus sous leur nom et abréviation anglais crédit default swaps (CDS), sont des contrats de protection financière entre acheteurs et vendeurs, qui furent développés par le département dérivés de crédit dirigé par Blythe Masters, à partir de 1994 au sein de la BANQUE JP Morgan.

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