A un pas de la catégorie "spéculative" chez Moody's et S&P, l'Espagne hésite toujours à demander de l'aide

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La dégradation de la note de l'Espagne par Standard & Poor's à la limite de la catégorie spéculative a surpris le gouvernement Rajoy mais n'a pas vraiment ému les opérateurs de marché. Le tableau pourrait être très différent pour le prochain abaissement de la notation financière du pays. Moody's devrait rendre son verdict dans les prochaines semaines.

Contrairement à ce que l'on a pu entendre ou lire, la dégradation de la note de l'Espagne par Standard & Poor's n'a pas vraiment mis le pays sous pression aujourd'hui. Les taux espagnols se sont même détendus. A 2 ans, ils sont passés de 3,27 à 3,22%. A 10 ans, ils sont passés de 5,80 à 5,76%, toujours sous la «barre» des 6%. Rien de très spectaculaire. La monnaie unique n'a pas non plus décroché. L'euro a légèrement baissé en début de journée avant de se reprendre. Pour cause. Si les coûts d'emprunt de l'Espagne dérapent, le pays, étranglé, finira par demander l'aide du MES. La BCE pourra alors intervenir pour racheter de la dette à court et moyen terme (jusqu'à 3 ans). La solvabilité du pays est assurée. En outre, personne, sur le marché, n'aurait intérêt à se mettre en face d'une banque centrale prête à acheter pour des montants illimités d'emprunts d'Etat.

Pourquoi les taux espagnols peuvent tout de même déraper

Les taux espagnols peuvent tout de même repartir à la hausse. En effet, Standard & Poor's n'a pas seulement abaissé la note de l'Espagne de deux crans, il l'a surtout ramenée au dernier échelon avant la catégorie spéculative (BBB-), tout en l'assortissant d'une perspective négative. Moody's, de son côté, pourrait dégrader la note de l'Espagne (évaluée à Baa3 sous surveillance négative) en catégorie spéculative dans les prochaines semaines -c'est d'ailleurs plutôt elle que les investisseurs attendaient que S&P. L'agence, qui procède à un réexamen de la note depuis mi-juin, a en effet indiqué le 2 octobre qu'elle annoncerait d'ici à la fin du mois si elle décide de la maintenir ou de l'abaisser.
«Si la dette de l'Espagne passe en catégorie spéculative, elle sort de plusieurs indices «investment grade» pris comme référence par les investisseurs. De nombreux fonds s'interdisant d'investir dans des titres «junk», ils seront obligés de se tenir à l'écart de la dette espagnole», explique René Defossez, stratège taux chez Natixis. Dans ce cas, un mouvement de vente paraît inévitable.

Les prochaines décisions des agences de notation pourraient mettre le pays sous pression

Les prochaines décisions des agences de notation pourraient véritablement mettre le pays sous pression pour qu'il sollicite l'aide européenne. «Les problèmes invoqués par Standard & Poor's ne vont pas se résoudre rapidement», estime René Defossez. Dans son communiqué, l'agence de notation cite notamment une «aggravation de la récession qui limite les options du gouvernement». Pour S&P, «la hausse du chômage et les restrictions des dépenses pourraient accentuer le mécontentement social et contribuer aux frictions entre le gouvernement central et les régions». Le pays est retombé en récession cette année, sa deuxième en trois ans, et le taux de chômage tourne autour de 25%, l'un des plus élevés en Europe.

La fiabilité des partenaires européens en question

L'Espagne a déjà obtenu une ligne de crédit de 100 milliards d'euros de ses partenaires européens pour recapitaliser son secteur bancaire. Mais, selon S&P, des doutes sur l'engagement de certains Etats de la zone euro à «mutualiser les coûts de la recapitalisation des banques espagnoles sont un facteur déstabilisant pour les perspectives du pays en termes de crédit».

Le gouvernement espagnol pris de court

Le secrétaire d'Etat espagnol à l'Economie, Jimenez Latorre, a reconnu que son gouvernement n'avait pas anticipé l'abaissement de la dette souveraine espagnole annoncé la veille par l'agence Standard & Poor's. Estimant que le pays allait remplir ses objectifs de consolidation budgétaire, Fernando Latorre a toutefois dit espérer que l'agence de notation reverrait sa position.

Et maintenant... l'inflation

Les difficultés du gouvernement de Mariano Rajoy pourraient toputefois s'accentuer car la hausse des prix (3,4% sur un an en septembre, leur rythme le plus élevé en l'espace de 16 mois) pèse sur le budget des ménages. Cette inflation est largement due au relèvement de la taxe sur la valeur ajoutée et à la suppression de régimes avantageux pour certains produits comme les billets de cinéma ou les fournitures scolaires.

Des objectifs de réduction des déficits intenables

L'Espagne doit ramener son déficit public de 8,9% du PIB cette année à 4,5% en 2013, mais de nombreux économistes craignent que l'objectif soit impossible à atteindre en raison du ralentissement de l'activité, de la montée du chômage et de l'indexation des pensions sur l'inflation.
 

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Commentaires
a écrit le 12/10/2012 à 10:36 :
L'Espagne (Italie et Portugal) est pour l'Europe ce qu'est le Mexique pour les US.
a écrit le 12/10/2012 à 1:41 :
Politiquement, M.Rajoy ne peut pas bouger tant qu'il n'a pas résolu la question des régions. Octobre va être un mois très long pour l'Espagne : la procrastination a un coût !

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