Le prix Nobel d'Economie en six questions

 |   |  679  mots
Jean Tirole est le dernier français en date à avoir reçu le prix Nobel de l'Économie.
Jean Tirole est le dernier français en date à avoir reçu le "prix Nobel de l'Économie". (Crédits : Reuters)
Six questions, six réponses sur le prix Nobel d'Economie, prestigieux titre qui a été remis ce lundi à l'Américano-britannique Olivier Hart et au Finlandais Bengt Holmström.

1. Ce prix Nobel en est-il vraiment un?

Le prix Nobel d'Economie a l'aspect du prix Nobel, mais ce n'est pas, à proprement parlé, un prix Nobel. En 1968, la banque centrale de Suède, la Riksbank, a convenu avec l'Académie royale de Suède et la Fondation Nobel d'attribuer un «prix d'Economie en mémoire d'Alfred Nobel». C'est donc le seul prix Nobel qui, à ce jour, n'est pas directement issu du testament de l'inventeur de la dynamite.

2. Qu'y gagne-t-on?

De la reconnaissance sans doute, et parfois on peut même devenir une star. Preuve: Joseph Stiglitz, co-lauréat 2001, devenu vedette mondiale des néo-keynésiens, Paul Krugmann, lauréat 2008, sibylle de l'économie dans les médias ou plus récemment le français Jean Tirole, dont l'ouvrage s'est positionné en tête des ventes d'essais, et qui a été interrogé dans la presse sur un vaste nombre de sujets.

     | Opinion Jean Tirole, le moraliste qui veut votre bien

Mais on gagne aussi de l'argent. Comme les autres prix Nobel, le lauréat de l'économie obtiendra la somme rondelette de 8 millions de couronnes suédoises (environ 890.000 d'euros) et une superbe médaille avec une inscription en suédois (la voir ici). Enfin, le ou les lauréats sera ou seront fêté(s) lors d'une cérémonie à Stockholm le 10 décembre où le prix sera remis par le roi de Suède, Carl XVI Gustaf, en personne.

3. Peut-on le partager?

Oui, et c'est fort fréquent. Depuis 1968, soit depuis 48 ans, 78 lauréats se sont partagé les 48 prix Nobel d'Economie. Seuls 24 chercheurs ont été les uniques récipiendaires du prix. Par 18 fois, le prix a été partagé entre deux lauréats et par 6 fois, entre trois lauréats. La tendance du reste s'accélère, ces six triplés ayant attribué à partir de 1990 (précisément en 1990, 1994, 2001, 2007, 2010 et 2013). Le dernier à avoir reçu seul le prix est le britannique Angus Deaton, en 2015. Il n'est en revanche pas possible de partager le prix à plus de trois.

4. A-t-on plus de chance d'obtenir le prix Nobel d'Economie lorsque l'on est Américain ?

Les Etats-Unis sont évidemment les champions toute catégorie de ce prix, avec 47 lauréats sur 76. Le Royaume-Uni suit avec 8 lauréats, puis viennent la Norvège (trois titres) et la Suède (deux titres). Le Canada, l'Allemagne, l'Inde, les Pays-Bas, Israël, Chypre, la petite île des Caraïbes de Sainte-Lucie (Arthur Lewis, 1979) et même l'Union soviétique (Leonid Kantorovitch, 1975) ont obtenu chacun un titre. La France a obtenu deux ou trois titres, puisque, outre Maurice Allais en 1988 et Jean Tirole en 2014 le franco-américain Gérard Debreu a obtenu le prix en 1983. Proportionnellement à la population, on peut donc dire que l'on a plus de chances statistiques d'avoir ce prix en vivant à Sainte-Lucie (187.000 habitants en 2016) qu'aux Etats-Unis (324 millions)

     | Lire aussi Prix Nobel : dans quelles disciplines les Français brillent-ils le plus ?

5. Les hommes ont-ils plus de chance d'obtenir le prix Nobel ?

Sans aucun doute. Ce prix est le plus masculin de tous les Nobel: une seule femme, Elinor Ostrom en 2009, a reçu le prix à ce jour.

6. Le prix Nobel d'Economie a-t-il une teinte idéologique ?

Les prix Nobel, lorsqu'ils ne sont pas très techniques, déclenchent souvent des polémiques. En 1976, le prix de Milton Friedman, père de l'école monétariste avait déclenché l'ire de la gauche. Par la suite, l'Université de Chicago, bastion monétariste, avait fait le plein de prix Nobel et détient encore le record universitaire avec 12 prix. Dans les années 2000, ce sont plutôt les penseurs critiques du marché et du néo-classicisme qui l'ont emporté. La Riksbank peut toujours avancer deux prix qui prouvent leur indépendance: celui de 1974 qui était partagé entre le prophète de l'école autrichienne Friedrich Hayek et le chantre du réformisme social-démocrate suédois Gunnar Myrdal. L'année suivante, le prix Nobel était, en pleine guerre froide partagé entre le Soviétique Leonid Kantorovitch et l'Américain Tjalling Koopmans.

| Article initialement publié le 15/10/2012, dernière mise à jour le 10/10/2016.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 10/10/2016 à 10:43 :
Tout cela pour ne pas parler d'Angus Deaton, sévère critique de notre système néolibéral et prix nobel 2015 ?

"En 2010, l’économiste avait été remarqué dans les médias grâce à une étude, avec le prix Nobel d’économie 2002, Daniel Kahneman, où il avait montré que l’argent faisait le bonheur, mais pas au-delà de 75 000 dollars par an."

Je suppose que nos économistes inquisiteurs néolibéraux aimeraient que ce prix nobel ne puissent plus avoir le droit de s'exprimer lui non plus bien entendu.

Un économiste égalitariste non mais n'importe quoi hein... Pourquoi vouloir arrêter d'écouter les néolibéraux qui ne font que se tromper depuis 2008 ?! Ce sont des gens hyper polis vous savez ! Totalement déconnectés des réalités, dramatiquement incompétents mais est-ce bien important tout ça, tant qu'ils sont polis...
Réponse de le 10/10/2016 à 15:30 :
Depuis 2008 ? On s'enfonce depuis bien plus longtemps que ça... La mondialisation depuis les années 70 est une fuite en avant pour maintenir ce capitalisme boiteux. 2008 n'est que le premier coup de semonce : la mondialisation a transférer les emplois vers les pays en développement, ce qui a freiné la demande des pays développés qui ont compensé par l'endettement général. ça a tenu 30 ans. Cet endettement n'étant plus possible et ces même pays développés faisant la course à la baisse des coûts, la demande ne peut continuer qu'à s'effondrer et la crise perdurer (car ces fameux coûts sont aussi de la demande). Depuis 2008, le second pansement est la politique de création monétaire massive qui permet de redonner un peu de pouvoir d'achat avec la baisse des taux induite mais c'est bien tout. Car la fameuse politique de l'offre ne peut faire illusion à court terme que si un pays frappe plus fort que ses concurrents. Une course sans fin vers la baisse des coûts et de la demande qui est justement la base de la crise... La mondialisation est la source de la dissociation offre/demande et de la fin du partage de la progression de la valeur ajoutée entre les entreprises et leurs employés. On n'a pas fini d'aller dans le mur. Les pansements ne traitent pas les causes...
Réponse de le 10/10/2016 à 17:44 :
Merci pour votre commentaire avec lequel je suis entièrement d'accord, que l'on est la mémoire courte ou la mémoire longue on ne peut plus ignorer l'impasse dans laquelle le néolibéralisme nous enferme.

Selon leur logique ça ne peut que finir mal.
a écrit le 15/10/2012 à 13:51 :
Le prix aurait du être attribué à des économistes ayant établi une relation entre le cout du travail et le prix de l'énergie;ils exitent en France:le financement des retraites par une taxe sur l'énergie.
Réponse de le 10/10/2016 à 10:31 :
Vous montrez de la persévérance, mais soyez rassuré: tous les habitués des forum de la Tribune connaissent votre marotte..
Réponse de le 10/10/2016 à 18:18 :
@BH. J'ai été surpris de la date, 2012. Et surtout que l'idée de basculer la fiscalité du travail sur la fiscalité énergétique n'ait pas fait de progrès. La vérité est difficile à admettre. Merci de votre remarque. Je n'abandonne pas le combat. A plus tard.
a écrit le 15/10/2012 à 13:44 :
Si si, l'UE peut le recevoir, vu comment la Grèce, le Portugal, l'Italie ou même l'Euro ont été sauvé.
Plus sérieusement ? Je pense aux agences de notation qui ont leur chance.
Triple A aux prix Nobel s'ils osent.
a écrit le 15/10/2012 à 10:54 :
Une chose est sure, le prix ne sera pas attribué à l'Euro ni à l'UE :-)

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :