Chypre sera-t-il le deuxième « cas unique » de la zone euro ?

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Le FMI demande à la république hellénophone de couper dans son stock de dettes avant de participer à l'aide européenne. Une exigence raisonnable, mais inquiétante...

9.000 km², 800.000 habitants, un PIB de 18 milliards d?euros. Chypre n?est pas bien gros. Mais c?est un casse-tête pour l?Europe inversement proportionnel à sa taille. Longtemps, c?est la question de la partition de l?île qui a préoccupé les chancelleries du Vieux continent. Depuis l?été, c?est sa situation financière. Et depuis le début de cette semaine, Chypre est même devenu le problème principal de l?Union européenne.

Le FMI pointe le danger récessioniste

En début de semaine, les rumeurs de défaut de paiement de la république insulaire se sont fait de plus en plus insistantes. Et mercredi soir, le FMI a jeté un pavé dans la mare en réclamant comme préalable à sa participation à l?aide prévue de 17,5 milliards d?euros à Chypre une réduction de la dette. L?argumentation de l?institution internationale est directement issue de la malheureuse expérience grecque : sans couper dans le stock de dettes, les réformes engagées par Nicosie ne serviront à rien. Le poids des intérêts continuerait en effet à peser sur les comptes publics. C?est le scénario grec : en se focalisant sur la réduction du déficit primaire, hors charge de la dette, sans réduire la dette, on entraîne le pays dans une spirale récessioniste qui hypothèque entièrement toute chance de redressement des comptes du pays.

Le deuxième « Cas unique » ?

Ce bon sens n?est cependant pas du goût de plusieurs pays de la zone euro et de Bruxelles. Pour une raison simple : la restructuration de la dette grecque devait être un « cas unique. » En appliquant la recette ? tardivement mise en place ? de la restructuration à Chypre. On crée plus qu?un précédent, on crée une méthode. Dès lors, le défaut risque de devenir un moyen de lutter contre la crise de la dette souveraine en Europe. Et pour les pays les plus solides de la zone euro, comme l?Allemagne, le danger est considérable.

Enjeu crucial

D?abord, il risque de mettre à mal la confiance générale des investisseurs dans les pays de la zone euro. Ensuite, parce que ce système de défaut risque de ne pas se limiter aux investisseurs privés. Le cas de la Grèce le montre parfaitement : faire sortir les investisseurs privés ne résout rien lorsque l?on a ajouté de la dette publique pour rembourser la dette privée. S?il faut couper dans la dette, le FESF ou le MES, et donc les pays garants de la zone euro, devront finir par participer. Au final, c?est une facture considérable qui pourrait être présentée à l?Allemagne et à la France. Voici pourquoi Chypre est devenu un enjeu crucial pour l?avenir de l?Europe. Mais la situation se complique encore, car ceux-là mêmes qui redoutent ce scénario des défauts en série sont aussi ceux qui exigent la participation du FMI. Bref, tout semble bloqué.

Le facteur russe

Mais concernant Chypre, il faut toujours prendre en compte le facteur Russie. Place offshore préférée des oligarques de l?ancienne union soviétique, Chypre - ou plutôt les banques chypriotes - est le premier investisseur direct en Russie. En réalité, il s?agit d?une fiction. Les flux russes passent par Nicosie pour revenir au pays. Moscou surveille donc de très près la situation à Nicosie. Fin 2011, la fédération de Russie avait prêté 2,5 milliards d?euros à la petite république pour éviter une faillite. Un effondrement du système bancaire chypriote qui ne serait plus soutenu par son Etat serait très problématique pour Moscou. La Russie ne peut donc pas abandonner Chypre. Mais là encore, rien n?est simple : une aide directe de Moscou en complément de celle de l?UE est impensable. Elle créerait un autre précédent : celui d?une intervention d?un pays tiers dans le processus d?aide à un pays de la zone euro. Ce serait une défaite en rase campagne pour Bruxelles au moment où l?on veut célébrer dans la capitale belge « la fin de la crise » en jetant des regards satisfaits sur la baisse récente des "spreads".

Défaite de l?UE ?

Le scénario qui pourrait se dessiner est celui d?une intervention indirecte de Moscou via le FMI. Mais l?institution de Washington devra alors renoncer à la réduction de la dette chypriote ? à commencer par celle de la Russie elle-même. On ne mord pas la main qui nourrit. Seulement, si cet énième compromis est trouvé, les tristes prévisions du FMI risquent de se réaliser. Cette aide à Chypre pourrait être la première d?une longue série. Le secteur bancaire chypriote pèse pour 150 milliards d?euros d?actifs, soit 8 fois le PIB de la petite république? Le tout, rappelons-le, dans un contexte géopolitique tendu. L?armée turque occupe depuis 1974 une partie de l?île qui n?est reliée au reste du monde que par la Turquie. La Syrie, Israël et le Liban ne sont qu?à une encablure des côtes chypriotes. Et enfin, Chypre a toutes les raisons d?attiser les convoitises avec ses eaux territoriales riches en gisement de gaz naturels à exploiter. A l?agonie, Chypre pourrait être tentée de se vendre au plus offrant. Ce sera alors encore une défaite pour l?Union européenne dans une région pourtant stratégiquement cruciale.

 

 

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a écrit le 22/03/2013 à 7:58 :
Nous avons des cerveaux brillantissimes en europe mais à force de les passer à la brosse à reluire ils sont absolument rayés et le crin crin diffuse aujourd'hui une boucle qui bientôt nous aura étranglée !*
a écrit le 21/12/2012 à 5:16 :
La disparité des compétitivités à l'intérieur de l'Union Monétaire est surtout due à des facteurs naturels et immuables (taille du marché intérieur, position géographique, topographie du pays, climat, ressources et richesse naturelles (matières premières), taille du pays, natalité (faire venir de la main d'oeuvre hautement qualifiée des pays voisins, comme tentent de le faire les allemands, coûte moins cher que d'élever des enfants et de les former soi même) etc, etc.)
S'il est vrai que la France et l'Allemagne pourraient arriver à une compétitivité comparable il n'en est pas de même pour d'autres pays de la zone Euro.
Des pays aussi peu industrialisés que le Portugal, la Grèce et autres ont donc peu de chance d'arriver à la même compétitivité que l'Allemagne (à moins de devenir des paradis fiscaux).
Leur demander d'augmenter leur compétitivité par le dumping social et par le dumping des salaires et illusoire. Des pays comme la Chine, l'Inde et autres pays asiatiques ne peuvent être égalés en ce qui concerne le dumping social.
Seule solution, les accords doivent être modifiés de façon à permettre aux pays ainsi désavantagés de développer et de protéger leur économie contre des économies plus fortes afin d'arriver au sein de l'Union Monétaire à une plus grande convergence des économies.
Il est aussi important d'arriver à un partage horizontal du travail pour éviter l'exil de jeunes souvent hautement qualifiés dans les pays périphériques (Portugal, Espagne, Grèce 50% de chômage des jeunes).
Il faut tenir compte de la réalité, l'Allemagne étant le pays économiquement le plus fort de la Zone Euro a pu profiter de l'endettement des autres pays pour développer son industrie aux dépens des autres économies de la Zone Euro.
L'exemple allemand restera espérons le une exception, il nous faut maintenant trouver un remède au mal et aux préjudices causés aux autres économies de l'Union Monétaire Européenne par des traités imposés par l'axe franco-allemand et qui se révèlent être avantageux surtout pour l'économie allemande!
a écrit le 20/12/2012 à 21:45 :
Vous pourriez pas nous faire trois à quatre articles comme ça par mois, qu'on y voie un peu plus clair dans ces f.. finances ? Merci encore pour ce super article.
Louis 44
a écrit le 20/12/2012 à 20:51 :
Il faut se debarasser de ce boulet qui n´a rien a chercher dans la zone UE ou Euro !
a écrit le 20/12/2012 à 19:11 :
C'est marrant comme tout allait bien avant l'union européenne... Puis, un jour, quelques illuminés se sont dit "Tiens, si on faisait un truc débile voulu par les USA ?".
Réponse de le 20/12/2012 à 22:10 :
Le Japon qui est en crise depuis vingt ans et les USA qui sont en train de se noyer dans leur propre dette, c'est aussi l'union européenne ?
Réponse de le 20/12/2012 à 22:55 :
C'est pareil. Le Japon imprime à tour de bras et les USA de même. Sauf que l'U.E. est une construction de toute pièce des USA par le biais du fonds Kennedy. Les documents américains sont désormais déclassifiés et libres d'accès, profitez-en ! Vous en apprendrez comment nos "pères" de l'Europe étaient des taupes à la solde de l'étranger, les USA notamment qui écrivaient dans les années 80 que l'industrie européenne, dont française, allait bientôt supplanter la leur et que la meilleure réponse à apporter pour la torpiller serait de créer des états fédérés d'Europe. Allez jeter un coup d??il, c'est fabuleux ! Tant que l'U.E. va mal, le dollar sert de monnaie refuge, même s'il vaut moins que du papier toilette.

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