Chypre : le parlement défie la troïka

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Une manifestation lundi devant le siège de l'entreprise publique d'électricité qui doit être privatisée.
Une manifestation lundi devant le siège de l'entreprise publique d'électricité qui doit être privatisée. (Crédits : Reuters)
Le parlement chypriote a ce jeudi soir rejeté la loi de privatisation exigée par la troïka. Un défi aux bailleurs de fonds européens.

Jusqu'à présent, la troïka n'avait que des louanges à la bouche concernant le comportement du gouvernement chypriote. L'exécutif, dirigé par le président conservateur Nikos Anastasiadis, avait en effet mené les « réformes » et les « ajustements » demandés par le protocole d'accord suivant le « sauvetage » de l'île signé en mars avec un zèle tout particulièrement remarqué à Bruxelles, Francfort et Washington.

Le parlement dit non aux prinvatisations

Mais ce jeudi soir, le parlement chypriote a, comme en mars lorsqu'il avait rejeté le premier plan « de sauvetage », défié la troïka. La loi sur les privatisations, exigée par les Européens et le FMI pour débloquer la prochaine tranche de l'aide le 10 mars prochain lors de la réunion de l'Eurogroupe, a été rejetée. En réalité, l'assemblée s'est divisée en deux : 25 voix pour, 25 contre et 5 abstentions. Mais il fallait 29 voix pour adopter le texte.

La coalition déchirée

Ce vote est le fruit de deux phénomènes. D'abord, la division du Parti démocratique, le Diko, sur le sujet. Ce parti, avait annoncé un peu plus tôt qu'il quittait la coalition conservatrice du président Nikos Anastasiadis, officiellement pour protester contre l'ouverture de pourparlers avec les autorités de la république turque autoproclamée de Chypre du nord. Ce départ privait le président de majorité au parlement. Et ce divorce a laissé les neuf élus du Diko face à leur conscience sur le vote de la loi de privatisations. Et le groupe s'est divisé. 

Manifestations

Il est vrai que la pression de la rue était forte. Ce projet de loi qui prévoit la vente de trois entreprises publiques : celle de l'électricité (EAC), celle des télécommunications (CyTA) ainsi que l'autorité portuaire de l'île (CPA). Lundi 24 février ,déjà, devant le parlement, les employés d'EAC se sont violemment affrontés aux forces de l'ordre. On a dénombré deux blessés. Jeudi, les employés concernés des trois entreprises avaient appelé à la grève et des manifestations ont eu lieu à Nicosie. Les élus de Diko n'ont sans doute pas voulu soutenir une loi désormais très impopulaire. 

Les ports de l'île en grève du zèle

Il est vrai que la situation devient délicate. Dans les ports de l'île, les dockers protestent par une grève du zèle depuis plus de dix jours contre la baisse de leurs heures supplémentaires. Ils ont annoncé que, ce week-end, aucun navire ne sera pris en charge, sauf ceux contenant des denrées périssables et les bateaux de croisière. La chambre de commerce chypriote s'est alarmé des conséquences de cette grève du zèle sur l'économie.

Le consensus pro-austérité craque

Ce vote du parlement et ces troubles prouvent désormais qu'a mesure que le pays s'enfonce dans la récession, le consensus autour de l'austérité tend à disparaître. Il est vrai que, malgré les satisfecits du gouvernement et de la troïka, Chypre est une économie désormais à la dérive.

Une économie à la dérive

L'économie s'est effondrée : le PIB a reculé de 6 % l'an passé et devrait encore reculer de 4,8 % cette année. Le chômage a explosé et est passé d'un taux de 8 % en moyenne en 2011 à 19,2% attendu cette année par Bruxelles.  Le secteur bancaire, affirme-t-on à Nicosie, se stabilise, mais il est toujours défendu par le contrôle des capitaux qui, contrairement aux promesses, n'a pas été levé en janvier et les banques dépendent encore du programme d'accès à la liquidité d'urgence de la BCE. La croissance devrait revenir en 2015, affirme-t-on à Bruxelles. Mais avec seulement un « rebond » de 0,9 % après une contraction de 10 % en deux ans. Et surtout, Chypre connaît une vraie spirale déflationniste. En janvier, les prix ont reculé de 1,6 % sur un an et de 1,1 % sur un mois.

Défi à l'Europe

Comment la troïka et l'Europe vont-ils réagir à ce défi ? On ose espérer que les leçons du passé vont être apprises et qu'on répondra aux représentants du peuple chypriote autrement que par la menace. En mars dernier, pour arracher l'accord des élus, la BCE avait menacé de couper l'aide d'urgence aux banques, ce qui aurait contraint Chypre à quitter en catastrophe la zone euro. Le défi qui a été lancé à l'Europe par Nicosie est désormais un test : le mea culpa de l'Europe sur l'austérité n'était-il que des mots ? 

 

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Commentaires
a écrit le 04/03/2014 à 0:26 :
Bravo à Chypre !
Qui doit rester la plus fort ? Le peuple ou le trésorier ?
Le trésorier ne doit jamais être le patron. Il doit rester instrument au service de...
Nos dettes sont en papier, en assignats, laissons filer les assignats au profit du travail productif et non pas au profit de la rente boulet. Cela arrivera à très brève échéance de moins d'un an, le plus tôt sera le mieux.
a écrit le 28/02/2014 à 15:08 :
Le chantage que mène Chypre est très dissymétrique, et ils ne semblent pas avoir compris que la Troïka peut leur apporter (pour combien de temps ?) une protection contre le jugement des marchés. Avec les marchés, aucune discussion n'est JAMAIS possible !... Ils sont courageux ces chypriotes... ou fous ?...
Réponse de le 28/02/2014 à 16:35 :
T'inquiètes, Yves. Le "jugement" des marchés va bientôt devenir archement accessoire.
Réponse de le 28/02/2014 à 23:49 :
sauf que c'est eux les préteurs
a écrit le 28/02/2014 à 12:51 :
Alors ces chypriotes vont nous l'a faire à l'islandaise. La mafia russe va mettre ce parlement au pas. S'approprier les biens publics pour quelques roubles voilà le secret d'un libéralisme bien compris sinon qu'ils crèvent les dockers.
a écrit le 28/02/2014 à 11:26 :
BHL n'est pas encore parti là-bas mettre en place une révolution à l'Ukrainienne ?
a écrit le 28/02/2014 à 11:22 :
Il aurait dû planter tous le monde il y a bien longtemps une bonne faillite et repartir sur de bonne base
a écrit le 28/02/2014 à 10:50 :
A quand le tour de l'Ukraine ?
a écrit le 28/02/2014 à 10:39 :
Notez que maintenant qu'ils peuvent se faire livrer des Macdows, tout ce qui vient de la troika devient accessoirement insignifiant.
a écrit le 28/02/2014 à 8:52 :
Et si la troïka commençait d'abord par libérer la partie nord de Chypre, occupée militairement pas la Turquie, depuis 1974 ?
Réponse de le 28/02/2014 à 15:05 :
Absolument ! Ça devrait même être le préalable à toute aide du FMI et de la BCE.
a écrit le 28/02/2014 à 4:35 :
La relance a été de mise aux Etats-Unis, l'austérité en Europe. Les résultats sont positifs dans les 2 cas, voir Espagne, Grèce, Portugal, Irlande, Italie etc. La voie est un peu des 2 concepts selon les périodes et il n'y a pas d'autre choix. L'Europe a plutôt bien géré la crise et l'euro consolide, un peu trop même. Chypre devrait regarder tous ces exemples en détail.
Réponse de le 28/02/2014 à 8:45 :
Sans vouloir trop polémiquer c est surtout l Amérique qui s en tire bien .Après nous avoir refiler au travers de ses banques des obligations pourries , nos dirigeants au lieu de s offusquer et demander réparation font comme s ils ne savaient rien , et peut être que d autres aussi ne savent rien !.
Réponse de le 28/02/2014 à 10:11 :
J'ai l'impression d'entendre Nicolas Beytou. Dans les pays que vous citez sans les connaître sans y être allé où alors dans les mêmes hôtels que la TROÏKA la population souffre de malnutrition, de manque de soins et de manque de chauffage l'instruction devient une option pour beaucoup. Si pour vous tout va bien ou mieux quand des résultats financiers sont "positifs" je souhaiterais que vous le démontriez.
Réponse de le 01/03/2014 à 6:29 :
@ Le Paysan : je n'évoquais pas cet aspect mais pour info les banques européennes n'étaient en aucun cas obligées de prendre ces produits. Et la Grèce n'a pas été un choix européen mais de quelques pays. L'Europe était opposée à l'entrée de la Grèce. L'endettement de plusieurs pays en général dérapait avant la crise des subprimes également. Mais ok sur le fond.
@ Troïka : si je suis bien au courant mais fallait-il une crise pire sur plusieurs décennies type 29, comparez ? Et les pays concernés n'ont-ils pas laissé aller leurs comptes, déséquilibres et abus (immobilier en Espagne etc) ? C'est un remède de cheval très dur pour beaucoup mais observez que c'est plutôt rapide et que la période précédente avait été excessive. Vous semblez mal mesurer l'ampleur de ce que çà aurait pu être (29 donne une idée) et sur quelle durée. Donc le remède n'était pas parfait et 2 principes différents ont été suivis aux Etats-Unis et en Europe mais la crise était d'une ampleur plus élevée encore que 29 et il faut donc être objectif, quels choix y avait-il ? sinon un compromis du mode américain et européen.
Réponse de le 01/03/2014 à 6:30 :
@ Le Paysan : je n'évoquais pas cet aspect mais pour info les banques européennes n'étaient en aucun cas obligées de prendre ces produits. Et la Grèce n'a pas été un choix européen mais de quelques pays. L'Europe était opposée à l'entrée de la Grèce. L'endettement de plusieurs pays en général dérapait avant la crise des subprimes également. Mais ok sur le fond.
@ Troïka : si je suis bien au courant mais fallait-il une crise pire sur plusieurs décennies type 29, comparez ? Et les pays concernés n'ont-ils pas laissé aller leurs comptes, déséquilibres et abus (immobilier en Espagne etc) ? C'est un remède de cheval très dur pour beaucoup mais observez que c'est plutôt rapide et que la période précédente avait été excessive. Vous semblez mal mesurer l'ampleur de ce que çà aurait pu être (29 donne une idée) et sur quelle durée. Donc le remède n'était pas parfait et 2 principes différents ont été suivis aux Etats-Unis et en Europe mais la crise était d'une ampleur plus élevée encore que 29 et il faut donc être objectif, quels choix y avait-il ? sinon un compromis du mode américain et européen.
Réponse de le 01/03/2014 à 8:31 :
Economiste, je pense que vous êtes la TROÏKA vous justifiez si bien le massacre de celle-ci sur les populations et bien entendu vous faites partie de ce petit cercle qui n'en subira jamais les conséquences vos enfants auront toujours du travail bien rémunéré même s'ils sont incompétents. Je vous rappelle que la crise de 29 c'était 25% de chômeurs aujourd'hui c'est beaucoup plus. Là ou vous gagnez des points c'est que les peuples et en majorité les jeunes ne se révoltent pas. Aujourd'hui les banquiers, les élus et non élus comme "l'UE au suffrage universel" se comportent en mafieux. Ils ont de la chance ils ont votre soutien mais même les plus belles choses ont une fin.
a écrit le 28/02/2014 à 2:39 :
On est visiblement plus dur pour Chypre que pour la Grèce.
a écrit le 28/02/2014 à 1:13 :
En principe l'Euro ne devrait pas survivre et par voie de conséquence l'Europe se défaire. Et c'est tant mieux. Cette Europe c'est l'Europe du malheur, de la misère et de la désespérance.
Réponse de le 28/02/2014 à 4:31 :
Mais sans l'Europe çà aurait été pire car c'est la mondialisation la cause pas l'Europe ni l'euro.
Réponse de le 28/02/2014 à 8:36 :
@Jean. Vous avez raison Jean, regardez donc l'état lamentable de la Suisse qui n'est pas dans l'Europe et de l'Australie qui n'y est pas non plus. Voulez-vous d'autres exemples ? (soyez curieux avec google tapez Godfrey Bloom pour avoir une idée plus précise)
Réponse de le 28/02/2014 à 8:42 :
L'euro se porte bien et pourrait être rejoint par le Danemark entre autres. De plus il est copié dans la plupart des grandes zones géographiques, en Afrique, Asie, Amérique latine.
Réponse de le 28/02/2014 à 13:20 :
les danois dans l'euro ?. Vous voulez dire les lego. Les lego c'est danois
Réponse de le 01/03/2014 à 6:33 :
@ Pierre : le Vénézuela, l'Argentine, l'Ukraine, la Turquie etc ne sont pas dans l'euro et çà tangue dur. L'exemple de la Suisse banquier du monde tout comme l'Australie avec sa faible population et ses ressources sont des exemples pipés comme votre auteur est coutumier du fait.
a écrit le 27/02/2014 à 22:10 :
Où est le souci ? Les conditions pour le déblocage des aides n'étant pas rempli...il suffit de ne pas débloquer d'aide !!! Ils ont fait leur choix en conscience et en connaissance de cause : après les dockers ne feront plus la grève du zèle... ils n'auront juste plus rien à décharger ! Quand ils reviendront la queue entre les jambes, ils appliqueront bien ce qu'on leur demande. Pour simplifier, accélérer les privatisations, je pense par contre qu'il faut que l'Europe crée un fond de défaisance qui rachète ces entreprises à privatiser contre l'aide, à une valeur juste. Les acheteurs ne pourront forcer ainsi à une braderie !
Réponse de le 27/02/2014 à 22:23 :
@Lyon 69
Teinté d'ultra-libéralisme votre position est celle d'un dictateur.
Réponse de le 27/02/2014 à 22:56 :
@JB38

Non, plutôt celle d'un réaliste non encarté au PS.
Réponse de le 27/02/2014 à 23:56 :
et allons y encore un pays à la dérive!! Au suivant!!!quand au lyon 69 qui veut encore en rajouter une louche peut il me repondre:pourquoi tant de haine ???
Réponse de le 28/02/2014 à 12:10 :
lyon 69 ne comprend pourquoi Chypre ne veut pas appliquer l'austérité qui la ruine. c'est vrai pourquoi refuser quelque chose qui vous ruine?
a écrit le 27/02/2014 à 21:53 :
Encore une belle réussite de notre Europe technocratique et financière !!!
Continuons. Nous sommes de vrais moutons et ils nous tondent à leur guise.
Réponse de le 28/02/2014 à 4:36 :
Mieux vaut l'Europe que les nationalistes intégristes.
Réponse de le 28/02/2014 à 14:52 :
Marine ne souhaite pas sortir de l'UE et l'euro. Le seul parti qui s'est construit sur la volonté claire de sortir de cette dictature euro-atlantise via l'article 50 est l'upr (www.upr.fr). C'est d'aileurs le seul parti qui n'a pas l'audience médiatique en adéquation avec son développement incroyable grace au web.
a écrit le 27/02/2014 à 21:06 :
Les Chypriotes auraient dû se douter que la troika n'amènerait que misère et désastre. Il suffit d'observer ce qu'il se passe en Grèce pour comprendre.
Réponse de le 28/02/2014 à 4:37 :
La Grèce se redresse tout comme l'Espagne, l'Italie, le Portugal, L'Irlande. Par contre l'Ukraine, la Turquie etc hors Europe et Euro s'enfoncent largement.
Réponse de le 28/02/2014 à 15:18 :
c'est vrai la zone euro affiche la plus forte croissance du monde
Réponse de le 01/03/2014 à 6:37 :
@ bravo : Pas pire que ses équivalents et c'est normal vu son niveau de développement. La croissance n'est pas permanente ni infinie. La globalité des données est plutôt bonne comparativement à bien d'autres (voyez endettement Japon, Etats-Unis etc)
Réponse de le 05/03/2014 à 22:18 :
@ Merci. Mais oui et comme on dit ici " Et les ânes volent "
a écrit le 27/02/2014 à 17:33 :
l'austérité ne marche pas. Elle ne fait qu'aggraver la crise.
Réponse de le 27/02/2014 à 21:15 :
Qui paie ses dettes s'enrichit... car il est plus important d'avoir des amis sur qui compter que des ennemis prêts à vous enfoncer. Un créancier n'a aucun intérêt à étouffer son débiteur sauf si ce dernier ne montre aucune preuve de sa bonne foi.
Réponse de le 27/02/2014 à 22:15 :
@MICHEL
Les millions de chômeurs depuis cette crise se sont tellement enrichis, quel succès. C'est incroyable de voir des idéologues comme vous à ce point bornés.
Réponse de le 27/02/2014 à 22:28 :
@Michel
Qui paie ses dettes publiques enrichit les banquiers et cela depuis 1973. Les intérêts payés depuis cette époque par la France, donc nos impôts représentent le montant de notre dette actuelle. Sans souveraineté sur sa monnaie, ou l'avantage de frapper le dollar américain, pas de salut.
Réponse de le 27/02/2014 à 22:30 :
@Alextpe

Ce n'est pas une idéologie mais plutôt une question de bon sens. Lorsque vous prêtez de l'argent c'est bien dans l'optique d'être remboursé éventuellement avec intérêt. Si votre débiteur ne tient pas ses engagements vous n'allez pas vous asseoir sur la créance sauf si vous avez prêté du pognon qui n'était pas le votre au départ.
Réponse de le 28/02/2014 à 1:25 :
"Ce n'est pas une idéologie mais plutôt une question de bon sens"

C'est le propre de toutes les idéologies de se présenter comme du bon sens.
Réponse de le 28/02/2014 à 10:41 :
pauvre Michel il est endoctriné à un niveau trop élevé et béni l'austérité qui fait monter la dette

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