L'appréciation de l'euro accroît les pressions déflationnistes selon Christian Noyer

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Sans l'appréciation de l'euro ces derniers mois, on aurait eu un demi point d'inflation supplémentaire, a expliqué le gouverneur de la BdF. Reuters
"Sans l'appréciation de l'euro ces derniers mois, on aurait eu un demi point d'inflation supplémentaire," a expliqué le gouverneur de la BdF. Reuters (Crédits : reuters.com)
Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France, n'estime pas l'euro trop fort, mais il considère qu'il s'est apprécié trop vite par rapport au dollar. Selon lui, cette appréciation de l'euro est en partie responsable de la faiblesse de l'inflation.

L'euro est-il trop fort ? La question est sur toutes les lèvres depuis des semaines, et chacun y va de son commentaire.

L'euro progresse trop vite

Christian Noyer, le gouverneur de la Banque de France (BdF), présentait lundi matin le rapport annuel de l'institution. Pour lui, la monnaie unique n'est pas trop forte, à proprement parler par rapport au dollar, si l'on s'intéresse au taux de change effectif réel, qui tient compte de l'évolution des prix. Bien que le taux de change nominal pourrait laisser croire le contraire.

Mais le dollar progresse dans un contexte de redémarrage en trombe de la croissance américaine, alors que la Fed ressert peu à peu une politique monétaire accommodante qui était propice à une dépréciation du billet vert.

La zone euro, elle, sort tout juste la tête de l'eau après trois ans d'une crise qui a failli l'emporter toute entière. Dans ce contexte, un regain de forme de la monnaie unique n'a rien d'étonnant. Mais la croissance, très faible, fait tout juste son retour, et ne justifie pas selon lui que l'euro suive la même tendance que le dollar.

D'autant plus que l'appréciation de la monnaie unique peut constituer un frein pour les pays du sud de la zone euro qui ont accompli des efforts considérables de compression des coûts de production afin de regagner des parts de marché à l'export et d'augmenter leurs chances de retour à la croissance. Le problème, c'est que le taux de change de l' euro ne fait pas partie du mandat de la Banque centrale européenne, qui a pour seule mission de maintenir l'inflation légèrement en deçà de 2%.

L'inflation comme seul critère

Sauf que... "sans l'appréciation de l'euro ces derniers mois, on aurait eu un demi point d'inflation supplémentaire," a expliqué le gouverneur de la BdF. Or la faible inflation, à 0,5% en glissement annuel en mars, est le principal sujet d'inquiétude qui pèse sur la zone euro actuellement. De fait, la baisse du coût des produits importés consécutive à l'appréciation de l'euro participe à la baisse des prix, et amplifie les "pressions déflationnistes" à l'œuvre.

"Une inflation basse ne signifie pas la déflation", a toutefois tempéré Christian Noyer en réponse aux accusations d'immobilisme dont la BCE fait l'objet. Mais "une inflation trop basse comporte des dangers et des risques très significatifs", a-t-il admis, comme celui d'accroître "le risque que l'économie entre véritablement en déflation si jamais elle devait subir, de manière imprévisible, un choc négatif".

Pour l'heure, la BdF ne croit cependant pas à la déflation en zone euro et anticipe un retour à un niveau aux alentours de 1,7% à la fin 2015, sur un rythme très lent. Pas de panique, donc, à Francfort. Même si l'on se tient prêt à agir en cas de sortie de la trajectoire fixée, si besoin "à l'aide de mesures non conventionelles", promet Christian Noyer, en ligne avec le président de la BCE, Mario Draghi. C'est à travers ce seul prisme que la BCE, qui considère déjà sa politique comme "aussi accommodante que celle des Etats-Unis", selon les termes du gouverneur de la BdF, ne pourra influer sur le taux de change de l'euro.

>> Lire Euro fort, croissance faible ?

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Commentaires
a écrit le 29/04/2014 à 9:16 :
Le problème de la déflation n'est pas que les gens attendent avant de se décider d'acheter.
Le secteur du high-tech est en perpétuelle déflation et on achète toujours le dernier cri des ordinateurs, de l'écran TV ou du smartphone.
Il est que le taux d'intérêt réel sur les dettes existantes (taux réel apparent) augmente, devient très nettement supérieur à la croissance réelle du PI B et que pour les pays les plus en difficulté (Grèce – Espagne – Italie – Portugal – France) leurs dettes deviennent de plus en plus difficiles à rembourser voire impossibles à rembourser comme encore aujourd'hui au Japon.
Un crise systémique de la zone Euro pourrait donc apparaître.
Et c'est le rôle de la BCE de la prévenir.
La déflation aujourd'hui est due à la volonté de créer de la croissance par la baisse des prix pour gagner des parts de marché sur ses voisins.
Mais si tous les voisins font la même chose, les efforts des uns annulent les efforts des autres et la croissance ne revient pas.
Par contre, d'une année sur l'autre, l'inflation diminuant, le PIB nominal est majoré d'une inflation négative ou nulle pendant que la dette nominale est majorée du taux d'intérêt apparent identique relativement élevé (car ancien).
Au final, le poids de la dette sur le PIB n'a fait qu'augmenter alors que le but était de le diminuer.
C'est ce qui pourrait très bien arriver dans la zone Euro avec un risque de nouvelle crise.
a écrit le 29/04/2014 à 2:17 :
La Fed ressert ou resserre sa politique monétaire ? C'est pas la même chose, je dirais même que l'un est l'opposé de l'autre :-)
a écrit le 28/04/2014 à 17:50 :
Des tas de personnes sérieuses disent le contraire.
Je vous conseille notamment les réflexions de l'économiste Olivier Berruyer, de Philippe Murer ou encore de Frédérique Lordon.
Je peux citer également les conférences exceptionnelles de François Asselineau.

Écoutons toutes les voix, pourquoi avoir peur du débat ?
a écrit le 28/04/2014 à 16:32 :
Bruxelles à dit marche arrière .Aussitôt fait . Angela contente...... peut être.

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