Lisbonne ambitionne de devenir la future capitale verte de l'Europe

Voitures électriques, espaces verts à profusion, réduction des émissions de CO2, énergies renouvelables, notamment photovoltaïque, pistes cyclables, vélos électriques solaires... la capitale portugaise a placé le concept de durabilité au cœur de sa stratégie.

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Le quartier-village de l'Alfama est l'un des plus anciens et des plus typiques de Lisbonne, réputé pour ses restaurants et ses bars où l'on chante le traditionnel fado. / DR
Le quartier-village de l'Alfama est l'un des plus anciens et des plus typiques de Lisbonne, réputé pour ses restaurants et ses bars où l'on chante le traditionnel fado. / DR (Crédits : DR)

Dans le centre de Lisbonne, l'immense place Terreiro do Paço, dite « du commerce », s'ouvre largement sur le Tage. Depuis quelques années, la ville retrouve peu à peu son fleuve majestueux et les efforts de dépollution se révèlent payants.

« Il ne manque plus grand-chose pour qu'il retrouve toute sa biodiversité », assure José Sá Fernandes, adjoint au maire (PS) chargé de l'environnement, des espaces verts et du domaine public.

José Sá Fernandes reçoit dans son bureau du bâtiment officiel de la mairie, non loin du fleuve et de la magnifique place. Connu pour son côté non conformiste, cet architecte de formation est un passionné de développement durable. Entre deux bouffées de vapoteuse, il développe sa vision de la Lisbonne du futur.

« Une capitale avec très peu de voitures, où il sera possible de circuler d'un espace vert à un autre en utilisant la bicyclette ou des voitures électriques. Des trains et des gares fonctionnels, et des jonctions intermodales développées. »

Sa préoccupation est réelle : 400.000 véhicules entrent et sortent chaque jour de la capitale. L'objectif est donc de réduire de 50% ce flux automobile. L'une des stratégies possibles pour enrayer ce va-et-vient, c'est de fixer la population grâce à l'emploi et de rendre la ville plus accessible et plus « amie de l'environnement ».

Sur le chemin de cet avenir radieux, il y a déjà des réalisations concrètes : des « couloirs verts », zones aménagées, paysagées voire cultivées, qui suivent les vallées naturelles de la région de Lisbonne.

Autres faits d'armes dont José Sá Fernandes n'est pas peu fier : la « boucle » des pistes cyclables qui sera bientôt terminée - plus d'une centaine de kilomètres - et dont certaines fractions urbaines sont aménagées. Et puis la ville a remplacé son parc automobile traditionnel par des voitures électriques (une cinquantaine aujourd'hui).

Mais Lisbonne veut aller plus loin. La ville présente son idée du futur dans le document « Lisboa/Europa 2020 », destiné à obtenir des financements auprès de l'Union européenne (budget 2014-2020). Teresa Almeida est la coordinatrice de la mission pour l'élaboration de ce document. Dans son open space du bâtiment administratif de la mairie, à Campo Grande, Teresa Almeida est contente : « L'Europe s'intéresse à la politique urbaine. Ça tombe bien, nous aussi », explique cette architecte d'un ton posé. Une trentaine d'entités - les services de la mairie, des entreprises privées et des universités - ont élaboré 400 projets structurants autour de trois axes principaux : plus de gens, plus d'emplois, une ville meilleure.

Pionnière dans la gestion des risques sismiques

L'agglomération de la capitale abrite 20% de la population portugaise et concentre 40% du PIB du pays. Mais la métropole s'essouffle, confrontée au vieillissement de sa population, à l'exode vers les périphéries et aux difficultés à maintenir un patrimoine urbain certes de grande valeur, mais inadapté à la vie moderne. Le document « Lisboa/Europa 2020 » place le concept de durabilité au coeur de la stratégie : efficacité énergétique, réduction des émissions de CO2, mobilité et économie d'énergie ; accessibilité pour les piétons, pour les touristes - principale ressource économique - ainsi que pour les personnes à mobilité réduite.

Sans doute plus surprenant, mais au nombre des recommandations de Bruxelles, Lisbonne s'intéresse aussi de près à la gestion des risques.

« En 1755, notre ville a été dévastée par un tremblement de terres suivi d'un tsunami. Nous avons dû reconstruire, en appliquant des normes antisismiques pionnières dans le monde. Nous voulons nous servir de cette expérience pour proposer à nos partenaires des instruments de prévention des risques adaptés à nos villes modernes », précise Teresa Almeida.

La création d'un observatoire antisismique, des recherches sur les structures métalliques, sur de nouveaux matériaux et sur de nouvelles formes de bâtiments sont les pistes à suivre.

Une smart city... solaire

Tous les interlocuteurs municipaux le disent : la Lisbonne de l'avenir sera solaire. Bien qu'elle dispose d'un nombre d'heures d'ensoleillement parmi le plus important d'Europe, la ville est très en retard dans l'application des énergies renouvelables, notamment solaires. Pour Miguel Águas, directeur technique au sein de l'agence urbaine E-Nova, la ville doit impérativement investir dans ce domaine, que ce soit en matière de recherche pure ou d'application de modèles grandeur nature, et travailler sur l'efficacité énergétique.

Dans son bureau de la Baixa (ville basse), quartier entièrement reconstruit après le séisme de 1755, Miguel Águas détaille :

« Nous avons dressé une carte des édifices urbains pouvant supporter des panneaux photovoltaïques : c'est le cas d'au moins 30% d'entre eux. À l'heure actuelle, nous travaillons à une modélisation à partir de la centrale solaire urbaine de l'université de Lisbonne. Aujourd'hui, le photovoltaïque sert à alimenter l'édifice, et l'énergie supplémentaire est fournie au réseau. Mais nous, nous voulons que l'énergie propre soit utilisable par tout le monde. »

Le gouvernement vient d'accepter de modifier la législation, restrictive en la matière, et il faudra mettre en place les changements techniques, comme le net metering, mesures « intelligentes » de la production et de la consommation d'électricité. À terme, Lisbonne espère réduire de 20% l'émission de CO2 et fournir 17% de l'énergie propre à la ville.

« Nous travaillons au sein du projet Besos, dans le cadre du projet européen des Smart Cities. Il s'agit de créer une plate-forme intelligente destinée à gérer les données de la consommation énergétique. L'application pilote démarrera en 2015 à Lisbonne et à Barcelone », précise Miguel Águas.

Qui cite d'autres exemples : l'installation de compteurs « intelligents » qui permettent de calculer toutes les quinze minutes la consommation chez 250 habitants volontaires. Ou encore une expérience d'économies d'énergie à faire dans le quartier d'intervention sociale Boavista, zone « sensible » s'il en est, mais où l'adhésion à l'efficacité énergétique est totale.

Lisbonne se tient prête pour répondre aux appels d'offres européens, ceux d'Europe 2020, mais aussi ceux d'Horizon 2020 (Commission/États membres) et de Smart Cities (inclusion, bonne gouvernance). Dans la ville, les projets sont sous le signe du réalisme et de la prudence : un port de croisières pour attirer plus de touristes et donc créer des emplois ; des jardins accueillants et sûrs ; des ascenseurs pour faciliter le déplacement dans la ville aux sept collines ; des vélos électriques alimentés par des cellules photovoltaïques ; le partage des véhicules...

Et même la réintroduction des trams : plus de 150 km de lignes il y a cent ans, à peine quelques dizaines aujourd'hui. Des ambitions sans doute pharaoniques. Mais, tout en tirant sur sa cigarette électronique, José Sá Fernandes l'affirme le plus sérieusement du monde : « En 2020, Lisbonne sera la capitale verte de l'Europe ! »

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Commentaires 3
à écrit le 06/05/2014 à 9:48
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Et n'oubliez pas que Lisbonne soumettra la demande à la capitale de vélo de l'Europe avec le congrès VeloCity 2017 pour la ECF - European Cyclists' Federation.

à écrit le 05/05/2014 à 9:49
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En tant que descendant de portugais, on ne peut pas en vouloir aux gens d'y croire et de tout faire pour rendre Lisbonne plus forte demain qu'aujourd'hui. Cette ville est importante pour le Portugal et son rayonnement primordiale. Je sais bien que l'...

à écrit le 05/05/2014 à 9:04
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D'accord on a compris, la consigne de Bruxelles aux journalistes français est très claire : "Il faut embellir l'économie portugaise pour remonter le moral en France et faire croire aux Français que l'impossible est possible." En tant que Portugais et...

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