Faut-il céder à la Renzimania ?

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Matteo Renzi, la coqueluche de l'Europe...
Matteo Renzi, la coqueluche de l'Europe... (Crédits : Reuters)
Le président du conseil italien est très populaire en Europe. Homme nouveau, porteur d'un discours détonnant, beaucoup espère qu'il puisse "changer l'Europe." Revue de détail de ses capacités et de sa position réelle.

C'est la nouvelle coqueluche de l'Europe. Matteo Renzi, le président du conseil italien, dont le pays assure depuis mardi la présidence tournante de l'UE, fait rêver les foules et pas mal de politiques européens. Ce jeudi matin, la presse internationale ne manque pas d'épithètes pour vanter le discours du jeune dirigeant italien devant le parlement européen : « énergique », « talentueux », « émouvant »... Les médias l'adorent. Il a réalisé un des meilleurs scores pour un parti au pouvoir aux Européennes du 25 mai dernier. Il veut changer l'Europe. Faut-il alors céder aux causes de la Renzimania ? Revue de détail de ces dernières.

1. Il porte un discours nouveau sur la croissance

Matteo Renzi appuie sans cesse sur la nécessité d'associer la croissance à la réduction des déficits. C'est le cœur du programme italien durant les six mois de sa présidence de l'UE. Mercredi encore, devant le parlement européen, il a affirmé que « nous ne voulons pas briser les règles budgétaires, mais nous voulons aussi la croissance. »  Ce discours n'est pas nouveau en Europe puisque c'est celui qui est officiellement porté par François Hollande depuis son élection en mai 2012. Les dirigeants français n'ont jamais manqué une occasion de répéter cette évidence : « sans croissance, il ne peut y avoir de consolidation budgétaire. » Mais, en réalité, il ne faut pas oublier que tout le monde est favorable à la croissance. Les partisans les plus acharnés de l'austérité budgétaire, comme le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble, ne voit, par exemple, dans la consolidation des finances publiques qu'un moyen de « renforcer la croissance durable à moyen et long terme. » Bref, porter un discours sur la croissance est sans doute enthousiasmant, mais il ne marque pas vraiment une rupture.

2. Il propose de bonnes solutions pour l'économie européenne

Matteo Renzi fait le bon diagnostic sur la situation économique européenne : la faiblesse de la demande conduit la zone euro dans le mur et l'action de la BCE a atteint ses limites. Il faut donc relancer l'investissement en mettant en commun les fonds au niveau européen par la création d'un Industrial Compact, une politique industrielle commune (PIC) fondée sur le modèle de la PAC et en relançant les Eurobonds. C'est une politique pertinente, ambitieuse et qui tranche avec la timidité que la France a montré jusqu'ici dans ses projets européens.

Le problème, c'est évidemment la réalisation d'un tel programme. Une politique industrielle commune paraît difficile à mettre en place compte tenu de la compétition interne à la zone euro. On voit mal le gouvernement allemand soutenir une industrie italienne ou française directement concurrente de la sienne. Tous les efforts de politique industrielle commune qui ont été porté au sein du couple franco-allemand depuis 5 ans ont été des échecs patents. La politique industrielle est autrement plus sensible que la politique agricole (qui l'est déjà beaucoup). Par ailleurs, « Eurobonds » est un mot tabou en Allemagne.

Angela Merkel a toujours refusé de s'engager dans cette voie. L'Allemagne y voit une « socialisation des dettes » qui encourage les comportements irresponsables au détriment du contribuable allemand. La montée du parti eurosceptique AfD en Allemagne ne devrait pas conduire à un assouplissement de Berlin sur ce point. Jean-Claude Juncker avait promis à la CDU qu'avec lui, il n'y aurait pas d'Eurobonds en Europe. Il ya donc fort à craindre que Matteo Renzi doivent, comme François Hollande en juillet 2012, se contenter d'investissements surtout symbolique, tandis que l'exigence de la discipline budgétaire se poursuivra.

3. Il a remporté une bataille importante lors du sommet européen        

Matteo Renzi a présenté en Italie le sommet de Bruxelles qui s'est tenu les 26 et 27 juin comme une grande victoire, un changement majeur. Mais au-delà de ses talents de communicants, cette « victoire » repose surtout essentiellement sur « un changement de terminologie » comme il l'a dit lui-même. La croissance est mise en avant, mais la réalité change peu. La « flexibilité » des règles budgétaires est affirmée, mais il n'y a pas de détail sur son application qui est laissée à l'appréciation de la Commission.

C'est en réalité un premier échec pour Matteo Renzi au niveau européen. Lui qui avait promis un vrai changement doit se contenter de la confirmation de la pratique actuelle de la surveillance budgétaire. L'opposition de l'Allemagne et de ses alliés a bloqué le volontarisme du jeune premier ministre italien qui voulait initialement exclure les investissements du calcul du déficit. Du reste, certains ne s'y sont pas trompés : le premier ministre néerlandais Mark Rutte s'est vanté, selon le quotidien De Telegraaf, d'avoir « stoppé » la France et l'Italie dans sa volonté d'assouplir les règles. Car concrètement, aujourd'hui, aucune marge de manœuvre supplémentaire pour la relance de l'activité n'a été accordée. Comme François Hollande en juin 2012, Matteo Renzi a cédé à la logique allemande. C'est de bien mauvais augure pour la suite...

5. Il dispose d'une vraie volonté réformatrice

Matteo Renzi se présente comme un réformateur né, comme l'homme qui peut changer l'Italie et l'Europe. C'est d'abord une image liée à son statut de « jeune » parmi ses aînés sur lequel le président du Conseil italien aime à jouer. Mercredi à Strasbourg, il n'a cessé d'insister sur son âge (« j'étais mineur lors de la signature du traité de Maastricht, peu d'entre nous peuvent en dire autant »), il a su utiliser un langage « jeune » (en utilisant en ouverture du discours l'image du « sefie » de l'Europe.). Et sans doute son énergie et sa jeunesse tranche singulièrement avec la grisaille bureaucratique d'un Jean-Claude Juncker.

Mais l'énergie est souvent perdue. En Italie, Matteo Renzi a certes fait preuve d'une vraie capacité de réformes sur certains sujets, principalement politiques comme le droit électoral ou la réforme du Sénat. En termes économiques, Matteo Renzi vit encore beaucoup sur les « réformes structurelles » réalisées par ses prédécesseurs. Les grands chantiers ont été remis à plus tard, notamment une remise à plat de l'assurance chômage. Sa réforme du marché du travail est extrêmement modeste (elle permet d'avoir recours à des contrats de 3 ans pour 20 % de la main d'œuvre) et il a déjà transformé ses « 100 jours » en « 1000 jours. » Bref, Matteo Renzi doit encore prouver sa capacité à réformer dans un pays où les résistances, notamment dans l'administration, sont fortes.

6. C'est un homme nouveau 

Nul ne peut nier les qualités de communication de Matteo Renzi. Et sa capacité à se présenter comme un « homme nouveau. » C'est assez simple en Italie où il s'est retrouvé face aux anciens cadres du Parti communiste dans son propre camp, face à Silvio Belusconi et face aux « techniciens » peu charismatiques comme Mario Monti et Enrico Letta. En Europe, également, Matteo Renzi peut apparaître sans difficulté sur un homme nouveau. Il peut par sa jeunesse et son discours, incarner le changement d'Europe. Et il est vrai que sa passe d'armes avec le chef allemand des députés PPE Manfred Weber est rafraîchissante. Sa réponse à la demande d'austérité de ce dernier : « pas de leçons ! » tranche avec les discours lénifiants de François Hollande sur le « couple franco-allemand. »

Reste qu'il ne faut pas oublier que Matteo Renzi est aussi un redoutable politique, adepte des combinazioni. De ce point de vue, il est aussi un politique à l'ancienne, très influencé par Silvio Berlusconi. Il a su jouer de l'appareil du parti démocrate pour saisir le pouvoir, réduire à rien les oppositions internes et chasser sans ménagement ni vote son prédécesseur Enrico Letta. Les mois à venir diront comment Matteo Renzi se comporte en Europe, mais, son acceptation aisée du choix de Jean-Claude Juncker pour diriger la Commission, ne plaide guère en sa faveur. D'autant qu'on sait qu'il négocie pour imposer Enrico Letta à la tête du Conseil européen en remplacement de Herman van Rompuy. Contre quelle concession ? Une chose est en tout cas acquise : l'ancien maire de Florence sait pratiquer la langue de bois. Il l'a montré en reprenant le refrain selon lequel « l'Europe sans le Royaume-Uni serait un peu moins l'Europe »...

7. Sa position est idéale pour agir 

Si un dirigeant peut « changer l'Europe », c'est bien celui de l'Italie. Non pas tant parce que la république transalpine a ramené son déficit public sous les 3 % du PIB, mais parce que, depuis maintenant 20 ans, elle mène des politiques de coupes dans les dépenses publiques. En 20 ans, l'Italie n'a connu que deux ans de déficit primaire (hors service de la dette). Le pays s'est enfoncé dans une austérité continue qui a ruiné sa croissance. L'Italie est la preuve qu'il faut rééquilibrer le modèle économique européen.C'est avec cette politique que Matteo Renzi veut rompre, notamment en réalisant un audit des dépenses publiques et en « rationalisant » plus qu'en coupant. Pour porter ce discours, Matteo Renzi peut s'appuyer sur ce que François Hollande n'a jamais eu : un soutien populaire fort. Le succès du Parti démocrate aux européennes est un message fort que le message de rupture avec l'austérité des années Monti-Letta est soutenu par les Italiens.

Mais en face de lui, il est confronté à une Angela Merkel qui ne veut pas céder sur les déficits et qui a beaucoup de cartes en main. L'Allemagne n'a pas de problème de demande, elle. Ce découplage de sa croissance avec le reste de l'Europe rend une relance européenne moins nécessaire pour elle. D'autant que, politiquement, la chancelière marche sur des œufs. La montée des eurosceptiques allemands et de la grogne interne à la CDU vont conduire à un durcissement de la position allemande. Et pour cela Berlin peut s'appuyer sur un Royaume-Uni qui cherche à imposer une Europe plus libérale, moins dépensière. Or, le gouvernement allemand a envoyé plusieurs signes visant à donner des gages à Londres après la « défaite » de David Cameron sur Jean-Claude Juncker.

Par ailleurs, les performances financières de l'Italie ne doivent pas être exagérées : elles sont meilleures que la France, mais loin encore d'une Allemagne qui, plus que jamais, se présente comme un modèle. Un modèle accepté du reste par Matteo Renzi qui insiste sur son « respect » des règles européennes. Enfin, l'Italie, toujours sous procédure de surveillance de la Commission en raison de sa dette, est généralement peu prise au sérieux par la droite allemande sur le plan économique. Vendredi dernier, le directeur de la rédaction du Handelsblatt Gabor Steingart résumait ainsi le projet européen de Matteo Renzi : « faire des dettes en Italie est une tradition comme ajouter de la mozzarella à des tomates. » C'est dire si la capacité de conviction du jeune dirigeant italien risque d'être réduite.

 

 

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Commentaires
a écrit le 04/07/2014 à 15:48 :
Il travaille sur un constat l'ami Matteo qui date de 2008 sur le pourquoi et comment sortir de la panade économique européenne crée par la crise financière ,mais il n'a pas de soucis à se faire Jean Claude et Martin sont là pour lui tenir la mimine car eux savent bien de quoi il retourne.
a écrit le 04/07/2014 à 15:02 :
Il a toutes ces qualités mais il n'a pas encore de résultats en Italie. Les seuls résultats italiens sont ceux issus de la politique de son prédécesseur Monti qui a fait plus de réformes en cent joursque l'Italie n'en avait fait en 30 ans.
Alors qu'il fasse lui meme un programme de réformes depuis le temps qu'il parle ....
a écrit le 04/07/2014 à 11:11 :
Le rapport de force paraît toujours à l'avantage des tenants de l'austérité. Au risque de voir la vieille, très vieille Europe s'approcher toujours plus d'une situation à la japonaise, hélas. C'est décourageant vraiment d'autant qu'en France la préoccupation majeure du PS c'est de mener une chasse au sorcière contre tout ce qui pourrait représenter une alternative à cette politique mortifère ...
Réponse de le 04/07/2014 à 12:07 :
aux sorcières. C'est embêtant on ne peut pas éditer. De plus, il faut changer de navigateur pour voir ses propres commentaires. Bizarre. Peut-être une mesure technique pour éviter trop de hors-sujets et de bagarres dans les commentaires ?
a écrit le 04/07/2014 à 8:52 :
Aussi nul que les autres allez voir la pauvreté en Italie, c'est comme partout elle rampe dans chaque coin de rue sauf dans les quartier, par exemple où il vit.
a écrit le 04/07/2014 à 8:30 :
Un pure produit de marketing, avant on avait les jeux de cirque maintenant on a ces clowns de politiques et pour une certaine catégorie de la population ça marche. À en pleurer
Réponse de le 09/07/2014 à 21:06 :
sans commentaires, t'est trop con
a écrit le 04/07/2014 à 7:39 :
A l'identique de ses collègues, les recettes de Mr Renzi sentent le ranci.
Quant aux performances financières de l'Italie, allez donc demander aux mômes de 10 ans - qui ne peuvent plus aller à l'école et qui doivent travailler pour aider leur famille à se nourrir - ce qu'ils en pensent.
Réponse de le 04/07/2014 à 11:04 :
@ fatalitas : Auriez-vous récemment lu une mauvaise traduction en italien de David Copperfield , où la ville de Londres au XIXème siècle serait subitement devenue Rome au XXIème ?
a écrit le 03/07/2014 à 22:10 :
Devant la morosité et la crise, le peuple a besoin d'un politique qui les fasse rire, et qui fasse semblant de soutenir que son pays et pas les autres, en gros, un bon populiste, nous c'est les bons, les autres sont les méchants.
Réponse de le 04/07/2014 à 5:25 :
"...le peuple a besoin d'un politique qui les fasse rire..."

Il me semble que vous en avez un vous aussi en France !
Réponse de le 04/07/2014 à 8:03 :
....fasse rire" comme allez voir sa belle en scooter !

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