Allemagne : les effets de l'ouverture du marché des bus longue distance

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Il sera bientôt possible de traverser la France en bus. Pour quel impact macroéconomique ?
Il sera bientôt possible de traverser la France en bus. Pour quel impact macroéconomique ? (Crédits : Reuters)
Emmanuel Macron veut ouvrir en 2015 le marché du bus longue distance sur le territoire national. Bilan de l'ouverture qui a eu lieu en Allemagne en 2013.

L'idée d'Emmanuel Macron de doper la croissance française par la libéralisation du marché des bus longue distance a déjà un modèle : l'Allemagne. Outre-Rhin, le marché a été entièrement ouvert le 1er janvier 2013. En réalité, cette libéralisation n'était que partielle, car par un privilège remontant à l'époque de la guerre froide, lorsque Berlin Ouest était isolé du reste de la république fédérale, il était possible d'utiliser des bus longues distances depuis la gare routière centrale de Berlin. En 2012, 2,4 millions de passagers avaient donc utilisé ces lignes.

Ouverture en 2013

Pour autant, le 1er janvier 2013 a marqué une réelle césure. A la fin de cette année, le nombre de passagers en bus longue distance s'est élevé à 8 millions. Les professionnels prévoient que ce chiffre pourrait doubler cette année. Un marché s'est rapidement constitué. Deux leaders se sont détachés, Mein Fernbus (« Mon bus longue distance ») et Flixbus, deux opérateurs qui ont avant tout compté sur l'argument du prix pour s'imposer et faire valoir sa différence par rapport au train. Sur le trajet Berlin-Hambourg, la Deutsche Bahn propose un ICE (équivalent du TGV) à 78 euros pour 1 heure 42 de trajet, sans réservation (il faudra sinon rajouter 4,5 euros). Flixbus, lui, propose un trajet de 3 heures 10, mais pour 11 euros, réservation comprise.

L'Impact sur Deutsche Bahn

Cette offre bon marché a séduit une clientèle de retraités et d'étudiants plus que d'actifs, mais elle a offert une belle croissance à ce marché naissant, sans qu'il cannibalise réellement les autres marchés puisque le nombre de voyageurs ayant circulé sur les trains de la Deutsche Bahn a été augmenté d'un million en 2013. Néanmoins, cette concurrence a un coût pour l'opérateur ferroviaire historique, malgré sa présence sur ce nouveau marché, via deux filiales. Il a estimé le coût de cette ouverture à un recul de la rentabilité de 20 millions d'euros en 2013 et de 40 millions d'euros en 2014. Principale raison : la nécessité d'entrer dans la course aux prix avec les bus, ce qui a un effet direct sur la rentabilité de la Bahn : une perte de 3 % en 2013.

Premières faillites

Reste que ce nouveau marché demeure très limité. Son chiffre d'affaires est de 70 millions d'euros, mais il croît vite. On prévoit un chiffre d'affaires cumulé de 150 millions d'euros en 2015, certains promettant même 200 à 400 millions d'euros. Ceci rend l'effet macroéconomique de cette ouverture négligeable. Quant à la rentabilité, elle est souvent pour plus tard, comme souvent lors de ces marchés naissants, très faibles pour les leaders et inexistantes pour les autres. En septembre, un opérateur, city2city, a déposé le bilan et l'opérateur Postbus, filiale de l'automobile club ADAC et de la Deutsche Post, songe à jeter l'éponge à son tour.

Nouveau modèle ?

Les experts de l'institut Iges, spécialisé dans les transports, estiment que, in fine, les bus longue distance pourraient prendre 5 % du marché du transport, largement dominé par l'automobile personnelle. Ce serait plus que la part du transport ferroviaire actuellement (4 %). Néanmoins, il faudra bien du temps pour en arriver là et notamment un changement du modèle d'entreprise car la lutte des prix bas ne saurait perdurer dans un marché plus mature. Au final, cette ouverture semble avoir, outre-Rhin, répondu à une demande. Mais il n'est certes pas un élément déterminant d'une nouvelle impulsion à la croissance. L'effet de cette mesure est marginal.

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Commentaires
a écrit le 23/10/2014 à 23:28 :
On va arrêter de faire les fines bouches! Même si quelques dizaine de milliers d'emplois sont créés, ce sera déjà très bien. Et puis ça répondra à une demande de transport qui n'est pas satisfaite.
a écrit le 23/10/2014 à 22:31 :
Les bus sont un mode de transport valable uniquement s'ils sont pas chers, sûrs et propres c'est à dire au biogaz, électrique optimisé (récup d'énergie etc), hydrogène etc. Sinon c'est encore de la dépendance énergétique et de la pollution.
a écrit le 23/10/2014 à 14:34 :
Ces derniers jours les bus longues distances etaient tous archi- pleins grace aux gréves repetées des conducteurs de locomotivesde la DB .... la Deutsche Bahn va perdre des clients, c est certains, tout comme Lufthansa d ailleurs sur le marché interieur .
a écrit le 23/10/2014 à 11:30 :
A vouloir toujours prendre l'allemagne en référence on se trompe peut être! Le problème est différent car la population allemande est plus dense est plus concentrée que la population française. donc rien ne dit que la formule aura autant de succès en France qu'en Allemagne.et ce qui est le plus important cette mesure aura un effet "peanuts" sur la croissance. le Mozart de la finance n' a pas plus d'idée que les autres sauf les sempiternelles idées libérales!
Réponse de le 23/10/2014 à 12:35 :
Vu les prix, la ponctualite et la qualite de service de la SNCF il y a un marche pour les bus longue distance en France. Les bus sont moins chers, plus lents mais plus flexibles. Ceux qui n'ont plus les moyens de prendre le train apprecieront.
a écrit le 23/10/2014 à 11:10 :
Et la rareté du pétrole, la production de gaz à effet de serre, le coût pour la collectivité des routes des autoroutes, de l'utilisation de terres agricoles
On n'en tient pas compte
Alors qu'il faudrait développer le train
C'est une décision d'une autre époque qui ne prend pas en compte les réalités d'aujourd'hui

Aberrant, inepte etc...
Réponse de le 23/10/2014 à 16:16 :
En effet la construction de ligne de train ne consomme pas de terres agricoles et est gratuite, la production d'électricité est neutre en terme écologique (extraction du minerai, déchets, etc).

Sur des liaison transverses ou de faible trafic, je crois beaucoup au transport par bus.
a écrit le 23/10/2014 à 10:01 :
" l'effet macroéconomique de cette ouverture négligeable."
Mais çà fait parler ...
a écrit le 23/10/2014 à 9:58 :
ça va surtout donner du boulot aux fabricants d'autocars performant et confortables au rang desquels MERCEDES, car je ne connais pas de constructeurs Français.
Réponse de le 24/10/2014 à 8:18 :
En France IRIS bus construit prés d'Annonay des bus de très bonne qualité
a écrit le 23/10/2014 à 9:52 :
Si déjà, les conseils régionaux au lieu de verser de simples subventions aux opérateurs organisaient de vrais réseaux de transport avec hubs, correspondances et gares d'échange rapides aux connexions des autoroutes on aurait franchi un grand pas. Mais le clientéliste préféré arroser que travailler.
a écrit le 23/10/2014 à 9:50 :
Une pierre dans le jardin de la CGT (SNCF). Il faudra des gares routières dignes de ce nom !
a écrit le 23/10/2014 à 9:26 :
Renault fabrique t il encore des bus en France ?
Réponse de le 23/10/2014 à 11:34 :
Non : ça a été vendu à Iveco... qui continu de produire en France, notamment à Vénissieux/St Priest (69) et à Annonay (07).

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