Forcer la dépense, seule voie pour sortir l'Europe de la déflation ?

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Les prévisions d'inflation pour la zone euro très faibles pour 2015 et 2016.
Les prévisions d'inflation pour la zone euro très faibles pour 2015 et 2016. (Crédits : reuters.com)
La Banque centrale européenne (BCE) est sur le point de lancer une plan de relance monétaire pour lutter contre la déflation qui menace. Mais rien ne dit qu'il suffira. Le seul moyen de générer de l'inflation semble être de forcer en parallèle la dépense par la politique budgétaire.

En Europe, la déflation qui menace et la stagnation séculaire qui guette appellent à une remise en cause des politiques mises en œuvre jusqu'ici. L'inflation passée en territoire négatif en décembre dans la zone euro semble d'ailleurs avoir décidé la Banque centrale européenne (BCE) à agir vite, peut-être dès sa réunion du 22 janvier.
Mais il lui sera ardu de redresser seule la barre tant les politiques budgétaires restrictives menées depuis plusieurs années ont affaibli la plupart des économies de la zone euro. En ne s'occupant que d'accroître la compétitivité coût par une série de dévaluations sociales internes, les États ont laissé le spectre de la déflation s'installer.

la Déflation actée dès 2015 ?

L'échec des politiques budgétaires restrictives n'est plus à prouver : la croissance est faible partout dans la zone. Et selon les trois principaux instituts de statistiques européens, le PIB de la zone euro devrait progresser de 0,3% aux premier et deuxième trimestres 2015. Les débats se concentrent désormais sur les prévisions d'inflation. Un consensus établi par Bloomberg à partir des prévisions de 54 institutions financières prévoit une inflation en zone euro à 0,6% en 2015, et de 1,3% en 2016. Parmi elles, celle qui a prédit la plus faible inflation est la banque Nomura. "Nous prévoyons -0,1% cette année et 0,7% en 2016", explique Jacques Cailloux, chef économiste en charge de l'Europe de la banque japonaise.

Ses prévisions n'intègrent pas seulement la baisse du prix du pétrole qui s'est effondré de près de 60 % depuis son pic de juin dernier. "La tendance déflationniste est puissante en zone euro. Elle est liée à des éléments de politiques budgétaires instaurés pour redonner de la crédibilité aux États, et ainsi stabiliser les marchés financiers par rapport à la crise de des dettes souveraines", explique Jacques Cailloux.

Les salaires poussés vers le bas ?

En parallèle aux restrictions budgétaires, le but était de donner de l'air aux entreprises par une baisse de leur coûts. Mais cette politique n'a pas eu les effets escomptés en matière de redistribution. Pis encore, "le contrecoup généré est une désinflation extraordinaire sur la politique de formation des salaires", constate Jacques Cailloux. Désormais, les politiques budgétaires tendraient à pousser les salaires vers le bas.

Le chef économiste de Nomura juge primordial le rôle des salaires dans la déflation qui guette la zone euro. Le plus inquiétant, c'est que la tendance est à une perte du pouvoir de négociation des employés sur leurs salaires - même en Allemagne -, ce qui rend les hausses de rémunérations imperméables aux moindres hausses de prix par ailleurs, contrairement à ce qui a pu par exemple se passer lors des trente glorieuses (1945-1973). Ce processus couplé aux faibles marges de manœuvre monétaires - proches de 0, les taux directeurs ne peuvent que remonter - inquiète.

500 milliards d'euros de rachat de titres

C'est dans ce contexte que le patron de la BCE Mario Draghi devrait annoncer prochainement un plan de relance monétaire, par la méthode du quantitative easing (QE). Selon l'agence Bloomberg, les équipes de la BCE ont mis au point un plan de rachat de titres, incluant des titres d'États, de 500 milliards d'euros. Mais le QE va-t-il, seul, suffire à endiguer la déflation ? Pour comprendre, "il faut distinguer les actifs financiers (obligations, actions etc.) de l'économie réelle. Car il y a fort à parier que l'impact sera plus important sur le prix des actifs", car plus direct, juge Jacques Cailloux. L'impact sur l'économie réelle est en effet très incertain : rien ne dit que l'argent libéré par ce QE ira à l'économie réelle. "Difficile de voir comment on peut lier le seul quantitative easing (QE) à un rebond macroéconomique et donc à la création d'inflation", confirme le chef économiste de Nomura. Par le biais d'une baisse de l'euro ? "Au même titre que pour une baisse du prix du pétrole, ce serait bon pour les marges des entreprises, mais il n'en découle qu'une optionalité de la dépense ( d'investissement ou de consommation ndlr) ", ajoute-t-il.

D'autant que "la propension marginale à épargner en zone euro est en très forte hausse lors de ces trois dernières années dans le secteur privé, qui ne veut plus épargner mais rembourser ses dettes", explique l'économiste. "C'est une dynamique quasiment sans précédent. Personne n'exerce l'optionalité de la dépense", ajoute-t-il.
Autrement dit, en l'état actuel des choses, "pour sortir de la déflation il faut forcer la dépense, il faut forcer la demande", explique-t-il. Et pour ce faire, le seul outil connu et non hérétique est la politique budgétaire.

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a écrit le 21/01/2015 à 9:24 :
Autrement dit pour retrouver un peu de croissance économique la BCE va racheter les dettes souveraines des pays de la zone euro. Pour quel montant on ne le sait pas pour le moment (France + 2000 milliards euros de déficit).
Par contre ce que l'on sait, c'est qu'en distribuant de l'argent (gratuitement) aux états et aux banques (par la planche à billets) les déficits publics vont mécaniquement augmenté.
Parce que c'est en fait le but recherché par la BCE quand elle dit "on va forcer la dépense".
Et si ce plan échoue, alors j'ai bien peur qu'on demandera aux épargnants de "forcer la dépense" en retirant (de gré ou de force) toute leur épargne de la banque pour la diriger vers la dépense/consommation.
Je ne vois pas d'autre issue...
a écrit le 19/01/2015 à 15:41 :
La croissance ne risque pas de repartir, l’Etat est un fossoyeur de la société en démolissant l’industrie, la productivité, les retraites non financées, l’automobile, le logement, le meuble, la production de viande, la production de machines. L’Etat fait fermer nombre d’ETI, il subventionne des emplois cons et empêche 60% des diplômés d’accéder à la vie active. La production recule… C’est un Etat bourreau qui affame la population par sa politique de pénurie et de cherté. L’Etat ne fait rien contre le chômage il le produit, c’est la haine anti humaniste. C’est un Etat Moloch anti jeune et anti croissance. On prône l'inflation funeste des prix!
a écrit le 16/01/2015 à 17:57 :
Seule solution : adapter les prix au pouvoir d'achat des gens. Autrement dit le baisser pour relancer les dépenses.En aucun cas il ne faut faire des dépenses publiques. Les salaires s'adapteront jusqu’au point d’équilibre. De toute façon, tout est trop cher pour tout le monde.......
a écrit le 16/01/2015 à 16:12 :
La grande crise des années 30 se caractérise par la déflation. La leçon n'a pas été retenue puisqu'on a des mesures procycliques renforçant la déflation en France:
- chute des commandes passées aux entreprises par l'Etat et collectivités locales pour sauver leurs effectifs de plus en plus pléthoriques et improductifs, la déflation est donc imposée aux entreprises pour compenser les erreurs de gestion du secteur public,
- travail dominical dans la grande distribution, qui est rapidement déflationniste chez les sites de production français.
Cette déflation gâchera les autres mesures Macron, au cas où elles réussiraient et seraient bénéfiques. A la différence des années 1930, la déflation en France provient de la grande distribution et du grand commerce par internet (Amazon,...), qui s'ajoutent aux gros clients privés et administrations pour faire baisser prix et quantités commandées. Certains (Système U, Carrefour) ne sont pas chauds pour le travail dominical, ils sentent sûrement que la déflation engendrée risque de dégénérer, et causera alors tellement de mal à la France qu'eux-mêmes en pâtiront.
Le travail dominical dans la grande distribution renforce encore la part de la grande distribution dans le commerce, par disparition de commerces indépendants. Cela accroit le déséquilibre dans les négociations qu'elle mène avec les fournisseurs, qui peuvent moins résister à sa pression à la baisse des prix pour alimenter la guerre des prix des grands commerces. Le résultat pour les fournisseurs français, dont les PME et agriculteurs, est la perte de marché puis la baisse des prix à la production (aggravée en 2014), d'où délocalisation ou ruine, donc chômage. Déjà la part de marché des PME (fabricant en France) qui fournissent la grande distribution a chuté en 4 ans depuis 2008 de 29 à 20% (des dizaines de milliards € et centaines de milliers d’emplois ont ainsi été déjà perdus par ces PME et leur tissu économique) au profit de multinationales fabriquant surtout à l’étranger sous la pression de la grande distribution. Le même processus de déflation de commandes et prix et de délocalisation est opéré par d'autres gros clients privés et administrations à l'égard des fournisseurs et sous-traitants.
La France est ainsi vidée de ses usines et ateliers (délocalisation) et la concurrence étrangère rafle les marchés et devient encore plus forte: déficit commercial et déclassement économique.
a écrit le 16/01/2015 à 12:08 :
La solution n'est pas la depense budgetaire qui n'aura comme consequence que son deficit mais une augmentation des salaires, une baisse de la fiscalite des entreprises et des menages, une producivite des biens plus accrue qui creera une deflation de ces biens et liberant plus de pouvoir d'achat , autant dire un passage au depart douloureux mais qui creera à long terme un cycle economique vertueux.
a écrit le 16/01/2015 à 12:03 :
Le problème de la dépense publique aujourd'hui est qu'elle ne profite qu'aux spéculateurs. Rien ne profitera à une relance durable car l'argent gagné par les spéculateurs s'évanoui dans la finance internationale qui ne profite pas à l'économie réelle.
a écrit le 16/01/2015 à 11:14 :
Un signe avant-coureur de la taxation des dépôts des épargnants français pour les obliger à sortir massivement leurs euros et "doper" la consommation?
a écrit le 16/01/2015 à 10:51 :
Qu'est-ce que c'est que cette histoire de déflation ? Suis-je le seul à voir les prix augmenter ?...
Réponse de le 16/01/2015 à 11:26 :
Je ne me baserai pas sur mon seul environnement, mais ce que je peux vous dire c est que les indices de prix qu on utilise dans mon métier pour gérer les augmentations de prix prévus au contrat sont à 0...c est la première fois que je vois ça. Alors j imagine en Espagne, Portugal ou Italie...
a écrit le 16/01/2015 à 10:04 :
Au lieu d´endetter les Etats et proceder a une augmntation des deficits qui vont etre geres par les fonctionnaires et alourdir l´ardoise fiscale future des travailleurs laborieux, la BCE ferait mieux d´envoyer a chaque citoyen des pays de l´euro zone un cheque de 1000Euro. Le cout de l´operation est minime et consiste au cout du papier et au cout des ecritues comptables quand les citoyens vont deposer ces cheques a leurs banques.
Mais les fonctionnaires ne voudront pas d´une telle solution simple, ils perdraient le controle de la depense, car ce seraient les citoyens qui orienteraient cette depense a leur guise et surtout la ou cela les arrangerait le mieux. Quel horreur pour les fonctionnaireses de perdre un tel pouvoir sur l´argent "public" de la BCE!
Mais si une telle operation relancait l´inflation, elle ne resoudrait pas le probleme des deficits, qui ont besoin d´autre chose comme la liquidation de 30% de fonctionnaires inutiles. Mais la il faudra une revolution sanglante pour y arriver.
Réponse de le 19/01/2015 à 15:24 :
Mieux encore.
Pourquoi pas balancer des billets de banque (fabriqués par la BCE) au dessus du peuple à l'aide d'un hélicoptère par exemple.
Cela serait plus rapide et plus efficace que toute autre option.
a écrit le 16/01/2015 à 9:41 :
Il y a longtemps que nos dirigeants forts intelligents sont à la manœuvre et depuis 50 ans , l'on va de mieux en mieux ! faut reconnaître qu'il y a du résultat d'ailleurs nos politiques ont des patrimoines qui nous font rêver , donc tout va bien. Pour nous peut-être un jour , mais faut laisser du temps au temps .
Réponse de le 16/01/2015 à 10:33 :
C EST VRAIS LES ELITES VIVENT DANS LEURS MONDE IL NE VOIENT PAS LES REALITES ? QU EN DANS UN ENDROIT CELA EXPLOSSE ?IL FONT UNE COMMISSION D EQUETTE? ??? LEURS NIVEAU DE RENUMERATION ET DE VIE SOCIAL LEURS SUFISSENT ?LE RESTE IL FONT SENBLANT DE SI INTERESE? QU AND IL Y SONT OBLIGEZ PART LEURS FONCTIONS??? ILS NOUS PONCTIONNENT DE TOUS LES COTES ET APRES ILS VEULENT QUE L ON C O N S O M E POUR RELANSE L ECONOMIE???
a écrit le 16/01/2015 à 9:00 :
Nous allons finir par être obligé, pour relancer l'économie réelle, a utiliser une monnaie "locale fondante" au niveau des régions comme dans les pays en voie de développement!

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