Sortez vos mouchoirs !

Il n'y a pas si longtemps, pourtant, Michael Donahue appartenait à un autre club, beaucoup plus désirable : celui des " centimillionaires " - autrement dit, ceux dont la participation à leur propre entreprise était valorisée au moins cent millions de dollars. Il ne se déplaçait qu'en jet privé, séjournait aussi souvent que possible dans sa propriété à dix millions de dollars à Palm Beach, en Floride, et donnait libre cours à sa passion pour le polo. Tout cela n'est plus qu'un souvenir. Après avoir dépassé 5000 points au printemps, l'indice composite du Nasdaq peine aujourd'hui à se maintenir au dessus des 3000. A ce rythme là, le " club des 90% " va bientôt devoir instaurer une liste d'attente. "L'ascension a été facile, mais quand vous commencez à dégringoler, plus personne ne veut vous parler, " se plaint Michael. Aujourd'hui, c'est un paria. Il a " pesé " jusqu'à 400 millions de dollars. Il n'en vaut plus que 12,5. Pour les invitations dans les soirées branchées de Palm Beach, il repassera.Face à cet insoutenable drame humain, une seule solution : la dérision. " B to B " ne veut plus dire " Business to Business " mais " back to banking " pour les petits malins de Wall Street qui ont cédé aux sirènes d'Internet et reviennent penauds frapper à la porte de leurs anciens employeurs. Et les déserteurs de McKinsey et autre Ernst & Young ? " B to C ". Non plus " Business to Consumer " mais " back to consulting ".Figure emblématique d'Internet et patron de l'incubateur CMGI, David Wetherell lui-même est au seuil du " club des 90% " - il en a été membre l'espace de quelques jours, à la mi-octobre. Tout cela, c'est la faute au gouvernement, dit-il. Sa thèse : Washington a procédé à la fin de l'an dernier à une injection massive de liquidités dans l'économie pour contrer les effets potentiellement désastreux du " bogue de l'an 2000 ". Mais il ne s'est rien passé, et les Américains ont donné libre cours à leur passion pour les valeurs Internet et les ont propulsé vers la stratosphère, avant de les abandonner comme de vieilles chaussettes.Jour après jour, le drame continue de dérouler en direct sur les écrans. Le site Cnet tient l'inventaire minute par minute de la grandeur et la décadence des maîtres de la toile (https://www.cnetinvestor.com/ceometer/ceometer.asp). Hier, en l'espace de 90 minutes, le P-DG d'Oracle Larry Ellison a vu 1,4 milliard de dollars de sa fortune partir en fumée. Jeffrey Bezos, dont la participation dans Amazon a fondu de 75% en moins d'un an, en a été quitte pour une dégringolade de 250 millions au cours de la même heure et demi. Le " club des 90% " va-t-il bientôt pouvoir recruter dans l'élite ?

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