Lafarge se sépare de ses matériaux de spécialité

Bertrand Collomb, PDG de Lafarge, l'avait annoncé depuis plusieurs mois: il voulait réaliser des ventes d'actifs pour un montant de 1 milliard d'euros d'ici à juin 2001, « afin de consolider notre portefeuille, de nous concentrer sur nos métiers principaux et de maintenir la flexibilité financière nécessaire à notre groupe ». C'est aujourd'hui pratiquement chose faite avec la cession de la branche matériaux de spécialités aux fonds d'investissement CVC Capital Partners et Advent International. Le groupe cimentier a en effet annoncé lundi qu'il se séparait de la majorité de ce pôle d'activité, à l'exception des "applications routières" déjà cédées pour leur partie européenne à une filiale du groupe Burelle et apportées pour leur partie américaine à une "joint venture" avec la société Carmeuse.L'opération valorise la branche matériaux de spécialités à 890 millions d'euros, selon Lafarge qui prendra 33,34% de la nouvelle société qui coiffera les activités cédées. Hors activité "applications routières", le groupe cimentier estime que son désinvestissement se monte à 850 millions d'euros. L'essentiel du plan de cession annoncé en mai devrait donc "être réalisé avant la fin de l'année", estime Lafarge dans son communiqué.Les matériaux de spécialités ont nettement amélioré, l'an dernier, leur résultat d'exploitation ; ce dernier a progressé, entre 1998 et 1999, de 78 à 115 millions d'euros, pour un chiffre d'affaires de 1,2 milliard d'euros. « Mais, fait remarquer un analyste, ce secteur reste trop composite et hétérogène : chaux, aluminates, réfractaires, mortiers, peintures pour bâtiments... »A la Bourse de Paris, le titre Lafarge réagissait peu à l'annonce de cette cession lundi matin et gagnait moins d'un pour cent après quelques minutes d'échanges. En début d'après-midi toutefois, le titre s'adjuge près de 2% à 86,4 euros mais affiche toujours un repli de plus d'un quart de sa valeur depuis le début de l'année. Les investisseurs ont notamment sanctionné la sensibilité des résultats du groupe à la flambée des prix du brut, qui pèsent sur les marges de Lafarge.Au-delà de ce recentrage du groupe, il est clair que Lafarge, poursuivant une double cible de croissance externe, le portugais Cimpor et, toujours, Blue Circle dont il détient 22,6 %, après l'échec de sa tentative d'OPA en juillet, a tout intérêt à augmenter sa marge de manoeuvre. Pour Blue Circle, une décision n'est peut-être pas imminente. Lafarge, comme l'ont décidé les autorités canadiennes de la concurrence, a deux ans pour réduire sa participation à 10 %, ou saisir une opportunité de rapprochement. Le groupe britannique réaffirme, aujourd'hui, qu'il tiendra les engagements pris auprès de ses actionnaires: il leur a déjà versé la moitié des 800 millions de livres en cash qu'il s'était engagé à payer, pour les détourner d'apporter leurs actions à l'OPA.En revanche, la décision sur Cimpor pourrait être assez proche. Le gouvernement portugais a repoussé la mise en vente des 10 % qu'il détient, prévue pour le mois de novembre, mais il ne pourra guère remettre la décision au-delà du début de l'année. Face au numéro un mondial Holderbank qui, associé au groupe local Secil, avait tenté une OPA qui avait été écartée par le gouvernement portugais, Lafarge a manoeuvré plus en douceur, détenant aujourd'hui 10 % du capital et se présentant comme un partenaire industriel. La réaction de la Commission européenne, qui blâme le rejet de l'OPA par le gouvernement portugais, pourrait toutefois changer la donne.

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