Marchés primaires actions : Wanadoo, dernier grand espoir de la saison estivale

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Les marchés primaires actions rappellent, en ce début d'été, les routes surchargées par les départs en vacances. Vivendi Environnement est ainsi le dernier poids lourds en date à avoir fait les frais de la bousculade aux portes du Palais Brongniart : la filiale eau, énergie, propreté et transports du groupe français diversifié a dû retarder in extremis son entrée en bourse, réviser à la baisse le prix de souscription de ses titres et réduire la part du capital mise sur le marché. Moins d'une semaine auparavant, c'était le groupe d'aéronautique et de défense EADS qui avait éprouvé des difficulté dans le placement de ses actions auprès des investisseurs institutionnels.Heureusement, selon les premières indications disponibles, Wanadoo, la filiale internet de France Télécom, semble avoir réussi à éviter les bouchons et devrait réussir son introduction mercredi prochain.Le numéro un français de l'accès à internet met en vente 9,7% de son capital, pour un prix compris entre 17 et 20 euros, soit une opération représentant entre 1,65 et 1,94 milliard d'euros. Selon les analystes interrogés par l'Agence France Presse, le placement des actions Wanadoo - clos jeudi soir - a été souscrit plus de 10 fois par les institutionnels et 4 fois pour les particuliers. L'objectif d'un million d'actionnaires individuels pour Wanadoo, affiché par le président de France Télécom Michel Bon, sera sans doute atteint. L'opérateur téléphonique a notamment tablé sur la fidélité de ses propres actionnaires (1,7 millions), à qui il a garanti qu'ils seront mieux servis en cas de succès de l'offre (jusqu'à deux fois le nombre de titres attribué aux autres investisseurs individuels). Il leur a d'ailleurs réservé 40% de l'offre de titres, un chiffre bien supérieur aux 10 à 15% attribués aux particuliers dans la plupart des introductions. Wanadoo, n°1 de l'accès à l'internet en France avec 1,3 million d'abonnés, détient 39% du marché. Il affiche pour 1999 un bénéfice d'exploitation de 48,3 millions d'euros (pour 799,2 millions d'euros de chiffre d'affaires) grâce à la florissante activité annuaires, concentrée dans les Pages Jaunes. Le prix de l'action Wanadoo au marché "gris", avant l'introduction officielle en bourse, tourne depuis quelques jours autour de 20 euros, dans le haut de la fourchette de prix. France Télécom avait prudemment fixé une fourchette de prix très modérée par rapport aux estimations des analystes, qui atteignaient 30 euros. Les 100 à 115 millions d'actions cédées - 115 millions en cas d'exercice des "rallonges" ou options de surallocation - pourrait donc rapporter à France Télécom 2 à 2,3 milliards d'euros. Les analystes de Standard and Poor's estimaient jeudi le prix d'introduction (fair price) à 18 euros, et recommandaient de vendre au-delà de 21 euros. Mais le succès prévisible de l'opération Wanadoo est sans doute aussi en partie à l'origine des difficultés de Vivendi Environnement et d'EADS, de nombreux investisseurs - particuliers comme institutionnels - ayant procédé à des arbitrages en faveur de la filiale de France Télécom. Si leurs déboires ont tenu la vedette, Vivendi Environnement et EADS ne sont pas les seules victimes de l'encombrement actuel des marchés primaires. Une véritable pluie de reports d'introductions ou d'augmentations de capital s'est en effet abattue sur la Bourse de Paris au cours des dernières semaines. Les sociétés Jador.com (site de réservations touristiques), N@rt (ventes d'oeuvres d'art sur internet), AB Groupe (distribution de programmes télévisées et édition de chaînes thématiques), Astek (informatique), Capital Events (communication événementielle) ou Optima Direct (marketing direct) ont toutes été contraintes de différer leur entrée sur le marché.Du côté des augmentations de capital, High Co (fidélisation), Transiciel (SSII) et Kalisto Entertainement (jeux vidéos) ont récemment annoncé le report de leur émission de titres, en raison des "conditions de marché" défavorables.Les gérants semblent lassés par la multiplication des appels au marché. "Nous avons été extrêmement sollicités depuis le début de l'année pour financer la forte croissance des sociétés du secteur des TMT", remarque Philippe Joly, gérant actions de la société Tocqueville Finance. "Or, ce sont aujourd'hui les entreprises de l'ancienne économie qui demandent aux investisseurs de remettre la main à la poche", constate-t-il à propos des introductions d'EADS et de Vivendi Environnement.Le marché est "saturé d'opérations, qui se succèdent à une vitesse un peu infernale ces temps-ci", analyse quant à lui Jean Dezombre, du département introductions de Natexis Banques Populaires. "Les analystes n'ont plus de temps d'étudier en détail la qualité des dossiers et se concentrent logiquement sur les introductions les plus séduisantes", selon Mac Eichinger, vice-président de PublicOffering.com.Les analystes ne croient toutefois pas à un assèchement durable des liquidités sur le marché boursier français. Pour Alain Bokobza, stratégiste actions de la Société générale, " l'épargne reste très élevée en France et elle se place de façon croissante sur les marchés actions. "Jean-Paul Pierret, directeur de la stratégie actions de Natexis Capital abonde dans ce sens. " L'assèchement des liquidités est évoqué de façon récurrente, et souvent de manière excessivement alarmiste, par les marchés boursiers. Je ne pense pas qu'existe actuellement un tel risque. Pour s'en convaincre, il suffit de regarder les entrées de capitaux enregistrées par les sociétés d'assurance-vie, qui se comptent en dizaine de milliards d'euros. " En 1999, les collectes d'assurances vie et capitalisation avaient progressé de 15 %, à près de 500 milliards de francs. Cette croissance s'est accélérée au 1er trimestre 2000, puisque la Fédération française des sociétés d'assurance a évalué le total des collectes au cours de cette période à 178 milliards de francs, en hausse de 47% par rapport au 1er trimestre de 1999.

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