Fleming Asset Management se lance dans les valeurs technologiques européennes

Fleming Asset Management prend le virage de la " nouvelle économie ". L'institution financière écossaise, vieille de 125 ans, a lancé en novembre 1999 un fonds investi en valeurs technologiques européennes qui a reçu, pour la France, l'agrément de la COB le 21 janvier dernier. Une banque comme Fleming, qui gère 125 milliards d'euros d'actifs, pouvait-elle en effet rester longtemps absente d'un marché européen en pleine effervescence ? Au vu de la récente performance des indices boursiers du Vieux Continent - l'indice du Nouveau Marché a gagné plus de 130% l'an passé et déjà 30% depuis le 1er janvier dernier -, la réponse semble évidente. D'autant plus que l'Europe est désormais considérée par les gérants du fonds comme étant " le premier marché émergent au monde ", devant l'Asie et les Etats-Unis. Un beau retournement de l'Histoire à l'heure d'Internet puisque Robert Fleming avait fondé l'institution en 1873 afin de permettre aux investisseurs de profiter de la croissance du seul marché émergent de l'époque, ... les Etats-Unis. Aujourd'hui, si le Vieux Continent accuse un retard " de 3 ou 4 ans " sur les Etats-Unis en terme de pénétration de l'Internet, selon les responsables de Fleming, cela constitue paradoxalement un avantage, en tout cas en terme de perspectives de croissance du marché, en comparaison aux autres zones géographiques. Ajay Gambhir et James Elliot, gestionnaires du fonds, considèrent que " le jeu ne fait que commencer " et que la croissance d'Internet sera " spectaculaire " au cours des prochaines années. Toutefois, l'Europe est loin d'être à la traîne dans tous les domaines. Ainsi, actuellement, un tiers des possesseurs de portables au monde sont Européens, ce qui fait du continent le " premier marché mondial dans la téléphonie mobile ". Et les entreprises européennes ont su se positionner très tôt sur ce segment puisque l'Europe possède deux équipementiers leaders en la matière, avec Ericson et Nokia. Les deux groupes scandinaves constituent d'ailleurs les deux plus grosses lignes du fonds, représentant respectivement 5,1% et 4,8% des investissements, les deux suivantes étant constituées par deux opérateurs de téléphonie mobile, Vodafone et Mannesmann. Les deux gérants du fonds entendent se concentrer sur le secteur des télécommunications (21% de leur portefeuille). Ils tablent sur une explosion des services internet via le téléphone portable avec l'arrivée du WAP (Wireless Internet Protocole) en 2000, à l'instar de ce qui s'est passé au Japon l'an passé. L'archipel comptait 5 millions d'abonnés à ces services à la fin 1999. Pour autant et pour aussi prometteur qu'il puisse paraître, le secteur des télécoms ne se taille pas la part du lion. Il se fait doubler par celui des logiciels qui représente 32% des sommes investies par le fonds de Fleming dédié aux technologies européennes. Ajay Gambhir et James Elliot expliquent que le premier entrant dans ce marché dispose d'un " avantage énorme " sur ses concurrents, étant donnée la rapidité avec laquelle l'entreprise peut dégager du cash, qu'elle pourra de nouveau investir en recherche et développement et ainsi garder son avance. Les experts citent d'ailleurs Microsoft en exemple. La firme fondée par Bill Gates " n'a pas été leader pour deux ou trois ans seulement ", déclare James Elliot pour étayer ses propos. Dans ce secteur, la société allemande Intershop, éditrice de logiciels de commerce électronique, figure parmi ses préférées du secteur, étant donné sa position concurrentielle.Si la performance du fonds est de 72% sur les trois premiers mois de son existence, les gérants insistent sur le fait que les nouvelles technologies constituent aujourd'hui un investissement à long terme. Elles ne sont pas autre chose qu'un " moyen d'augmenter l'efficience du capital pour une entreprise " estime Christian Elsmark, responsable des produits européens de la firme écossaise. Ainsi, à court terme, James Elliot et Ajay Gambhir prennent soin de mettre en garde les investisseurs sur la volatilité élevée des valeurs technologiques européennes au cours des prochaines années. Seule façon d'éviter des mauvaises surprises selon eux, se concentrer sur le taux de croissance des bénéfices des sociétés. Celles qui annonceront des performances décevantes seront durement sanctionnées par le marché. D'autant plus que, à l'instar des Etats-Unis, les investisseurs vont pouvoir choisir parmi un éventail de plus en plus important de valeurs internet au fur et à mesure que la " e-volution " prendra forme sur le continent européen. La vie des valeurs internet risque donc de ne pas être un long fleuve tranquille.