ABN-Amro/KPN : dernière en date des alliances entre financiers et opérateurs télécoms

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L'opérateur de télécommunications néerlandais KPN et la banque ABN Amro ont annoncé mardi le lancement en commun de Money Planet, un portail internet de services financiers à l'échelon européen. Les deux partenaires, qui détiendront chacun 50% de la joint-venture créée pour l'occasion, investiront au total 150 à 200 millions d'euros sur deux ans. Money Planet sera lancé dans un premier temps aux Pays-Bas, en Allemagne et en Belgique. "L'objectif sera d'atteindre la rentabilité (dans ces trois pays) dans les quatre ans suivant le lancement", ont-ils indiqué dans un communiqué. Money Planet fournira une gamme complète de produits et services financiers qui seront intégrés aux portails actuels et futurs de KPN eu Europe, mais sa gestion restera indépendante. Selon les estimations d'ABN Amro et de KPN, le marché des services financiers en ligne présente un potentiel de revenus de 19 milliards d'euros aux Pays-Bas, en Allemagne et en Belgique et de 65 milliards pour les autres pays européens où Money Planet devrait opérer à terme.Sur ce marché prometteur, les nouveaux partenaires néerlandais sont loin d'être les premiers entrants. Les partenariats entre acteurs du monde financier (banquiers et assureurs) et du monde des télécommunications (opérateurs fixes ou mobiles, fournisseurs d'accès à l'internet) se sont multipliés ces derniers mois. Les partenariats se nouent le plus souvent entre groupes de même nationalité mais affichent des ambitions pan-européennes. L'internet et les réseaux de téléphonie constituent un bon moyen de franchir les frontières à moindre coût, un facteur primordial pour des groupes financiers dont certains sont engagés dans d'importantes restructurations, qui passent le plus souvent par la fermeture de points de vente. Il y a quelques semaines, ABN-Amro avait ainsi annoncé son intention de fermer 150 de ses agences sur 930 ; le suédois SEB, lui, a pour objectif de réduire de 20% la taille de son réseau "mortar". Parmi les projets les plus prometteurs en Europe figure celui annoncé en février par les espagnols BBVA et Telefonica. Alliance internet globale, qui passe par l'augmentation des participations croisées entre les deux groupes, ce partenariat dépasse le seul cadre des services financiers. Il doit notamment déboucher sur la création de places de marché "business to business" et s'ouvrir ponctuellement à de nouveaux partenaires, comme c'est déjà le cas avec Repsol ou Iberia. Les deux groupes ont complété leur projet début juillet avec la création d'une joint-venture à 50-50 destinée à développer et commercialiser un système de paiement, exclusivement pour les téléphones portables. Le projet internet de BBVA, présenté fin mars et baptisé E-volucion, prévoyait 3,6 milliards d'euros d'investissements sur trois ans. En Italie, les alliances finance-télécoms se sont multipliées depuis quelques mois : SanPaolo IMI s'est associé au fournisseur d'accès à l'internet (FAI) gratuit Tiscali pour lancer un portail financier. UniCredito Italiano a noué avec un autre FAI, Kataweb, un partenariat qui prévoit notamment des échanges de contenus, et Banca di Roma a un projet commun de banque directe avec Telecom Italia. Monte dei Paschi di Siena, de son côté, mise sur son alliance avec TIM (Telecom Italia Mobile, qui compte plus de 20 millions de clients) pour accélérer son développement. En Allemagne, l'alliance la plus concrète est celle qui a vu en février Comdirect, la filiale "online" de Commerzbank, et T-Online, fournisseur d'accès filiale de Deutsche Telekom, échanger des participations, dans la perspective du lancement d'un portail commun. T-Online détient désormais 21,35% de Comdirect et celui-ci possède 2,1% du capital de T-Online.En comparaison, les acteurs français semblent encore bien solitaires : handicapés par l'absence de rémunération des comptes courants, les services de banque en ligne n'ont réellement décollé qu'il y a quelques mois et restent intégralement pilotés par leurs maisons-mères, qu'il s'agisse du Crédit lyonnais, de la Société générale ou de BNP-Paribas. Quelques partenariats ont toutefois été signés, par exemple entre Banque directe et Yahoo!, mais ils portent généralement sur le développement de services limités. L'opération la plus originale est venue d'outsiders : la société d'intermédiation Etna Finance, qui possède son propre site de courtage en ligne, s'est associée au fournisseur d'accès gratuit Free.fr pour développer un service de courtage spécifique pour le portail de ce dernier. La Grande-Bretagne, elle, a vu fleurir ces dernières semaines les alliances sur les futurs marchés de la banque à distance : la téléphonie WAP et la télévision interactive. Abbey National lancera ainsi avant la fin de l'année son service en ligne sur le bouquet numérique OpenTV du groupe BSkyB et sur les réseaux câblés de NTL et Telewest. Halifax, lui, a signé avec BT Cellnet un accord qui prévoit la fourniture de 150 000 téléphones WAP aux clients de la banque. Le groupe HSBC, enfin, a lancé en mai son site dédié au WAP. Mais la multiplication des annonces, même si celles-ci sont accompagnées de calendriers précis, ne débouche pas toujours en temps et en heure sur des réalisations concrètes. Peu de sites sont déjà ouverts, et un brusque changement des conditions de marché peut conduire certains groupes à revoir leurs projets. Outre-Manche, Halifax vient ainsi de repousser d'un mois le lancement d'Intelligent Finance (IF), initialement prévu pour la fin juillet. Officiellement pour des raisons techniques. Mais le marché britannique a été secoué il y a quelques jours par le déclenchement d'une nouvelle guerre des taux sur le crédit immobilier. Or les taux du crédit, comme les taux de rémunération des comptes, sont depuis toujours les armes favorites des "e-banquiers" pour conquérir la clientèle.Enfin, si les opérateurs de télécoms sont les partenaires privilégiés des banques sur l'internet, ils n'ont pas l'exclusivité : au Portugal, le groupe BCP a ainsi opté pour un partenariat avec le producteur d'électricité EDP.

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