"Les sites de crédit immobilier ne peuvent pas survivre en se limitant à la comparaison d’offres"

Latribune.fr - Comment expliquez-vous, avec quelques semaines de recul, les difficultés qui ont poussé E-Loan à se retirer du marché européen ? Gilles Favier - Lorsqu'E-Loan a racheté Aaccredit, j'envisageais de l'introduire en Bourse pour financer la croissance. C'est à ce moment-là qu'E-Loan m'a contacté et je me suis dit très vite que personne ne pourrait lui résister... Ensuite, on m'a promis des synergies avec un groupe de taille mondiale, un savoir-faire bancaire et technologique et de l'argent pour construire une marque forte. Je n'ai rien vu de tout cela. Ce que je regrette le plus, c'est qu'E-Loan a fait, à l'extérieur, des promesses qu'il n'a pas tenues, comme celle de créer un call-center de 200 personnes à Montpellier.Je crois que, malheureusement, cette aventure a été menée par des gens déconnectés de la réalité, dans l'entreprise comme chez ses actionnaires. Les dirigeants venaient tous, soit de la banque, soit du conseil, et n'étaient ni pragmatiques, ni même raisonnables. Ce n'est pas tant un problème d'incompétence que d'inadaptation qui a nui à E-Loan Europe. Par exemple, pour établir les prévisions de développement, on a pris des chiffres américains, simplement calqués sur l'Europe avec un ratio d'adaptation au nombre d'internautes. C'était totalement irréaliste. Mais comme le dit le vieil adage : " le succès a plusieurs pères, l'échec est orphelin ". En tout cas, cette expérience malheureuse m'a permis de faire plusieurs constats : les grosses machines sont très mal à l'aise avec Internet, qui exige des prises de décision rapides et une grande transparence. Le modèle des sites de crédit immobilier en ligne est-il remis en cause ? Il est certain que l'échec d'E-Loan, leader américain et doté de gros moyens, suscite un sentiment d'insécurité chez les autres acteurs du marché... et chez leurs actionnaires. Personnellement, je doute des perspectives du modèle de comparaison. Ne serait-ce que parce que les acteurs réels n'aiment pas rogner sur leurs marges.Les sites de crédit ont sans doute un avenir, mais pas en se limitant à la seule comparaison des offres. Ils vont se heurter à une autre difficulté, celle de la disparition de la culture du gratuit sur Internet. Or, pour justifier un passage au modèle payant, il faut proposer aux internautes une réelle valeur ajoutée, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui des sites de crédit. Je pense donc que ces derniers doivent, soit s'élargir à l'immobilier, soit s'élargir vers d'autres services financiers.Vous n'avez abandonné ni Internet, ni l'immobilier. Avec quels moyens et quels objectifs ? Je continue en effet à développer Aparapar.com, un portail immobilier créé en 1998. Le site offre 12.000 annonces immobilières, plus de 950 programmes immobiliers neufs, un espace communautaire et même une section consacrée au crédit immobilier. Mais pas dans les mêmes conditions qu'E-Loan : promettre à l'internaute qu'il pourra comparer les conditions offertes par 25 banques, c'est un leurre ! Pour Aparapar, nous préférons travailler avec un petit nombre d'acteurs financiers de qualité, comme Cetelem et Entenial. A terme, nous n'aurons sans doute pas plus de cinq partenaires de ce type. Aparapar s'inscrit en fait dans un réseau de site, qui comprend aussi - entre autres - Aacquerir, Aaterrains, Aaassurances, Aatravaux...Certes, l'audience du site est encore modeste et le chiffre d'affaires n'est pas significatif ; mais la dizaine de personnes qui travaillent pour Aparapar ont tous une autre activité leur permettant de vivre. Nous avons investi quelques millions de francs depuis la création, essentiellement dans la technologie. Avec une priorité : la simplicité. Notre objectif est clairement défini : nous voulons offrir plus de 90% de l'offre immobilière neuve en France. Il nous a fallu deux ans de travail pour en arriver là. Bien sûr, un concurrent pourrait faire la même chose, mais cela lui prendrait beaucoup de temps. Nous voulons un statut incontournable, presque unique, mais avec des ambitions limitées. Nous ne réaliserons sans doute jamais des milliards de chiffre d'affaires, mais les milliards, personne ne les fera ! Notre chance, c'est que nous pouvons très bien supporter de ne pas gagner le moindre franc avant cinq ans. propos recueillis par Marc Angrand

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