Pour 20 milliards d’euros, aujourd’hui t’as plus rien…

Dans ce contexte, une éventuelle foire d'empoigne autour du Crédit Lyonnais et de ses 15 milliards d'euros de capitalisation boursière pourrait passer pour une « simple algarade entre baigneurs », comme disait dans un album d'Astérix le soldat romain revenu défait par les Normands fraîchement débarqués sur la plage bretonne. Même la Société Générale avec ses 30 milliards d'euros de valeur en Bourse apparaît comme une forteresse prenable pour peu qu'on y mette le prix. En renversant l'analyse, on peut s'inquiéter de la capacité des groupes financiers français à jouer les premiers rôles dans ces conditions. Quand BNP-Paribas ou la Générale évoquent leurs quelques milliards d'euros immédiatement mobilisables pour des acquisitions, il faut en conclure qu'il ne peut s'agir là que d'opérations de seconde zone. Le prix à payer pour des coups vraiment stratégiques est autrement plus élevé.On pourra objecter que les groupes français peuvent toujours payer en papier - même si une part des offres victorieuses est généralement en cash. Mais cela implique d'avoir une capitalisation suffisante. Or même Axa et BNP-Paribas, leaders français en la matière, peinent à atteindre la barre fatidique, fixée par une étude de Goldman Sachs, des 50 milliards de dollars de capitalisation. L'assureur les effleure, la banque en est encore assez loin. Et les autres sont lâchés. Sans même parler du Crédit Agricole, géant de la banque de détail en France que l'absence de structure cotée rend peu manoeuvrant. D'autant que son projet de « véhicule coté » semble prendre un retard certain puisqu'il pourrait être repoussé à 2002... au moins.Faute de faire le poids, les groupes financiers français ne peuvent qu'espérer que les prochains dossiers resteront encore dans un cadre national. Notamment celui de l'avenir du Crédit Lyonnais. Mais c'est oublier un peu vite que désormais Bruxelles veille au grain. Depuis l'échec du Portugal, face aux instances européennes, à empêcher le mariage amical entre le géant bancaire espagnol BSCH et le groupe familial lusitanien Champalimaud, on sait que les autorités communautaires ont à l'œil le monde de la finance. Les banquiers, français y compris, aimeraient, soit dit au passage, que l'Europe se préoccupe tout autant de pousser à l'harmonisation fiscale et réglementaire concernant les produits financiers. Histoire de rendre un peu plus créatrice de valeur la perspective de mariages transfrontaliers dans la banque et l'assurance. Mais même dans ce cas, faute d'un poids financier suffisant, les Français pourraient se retrouver dindons de la farce.

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