Les P-DG s’en sortent bien, merci

Jack Welch, légendaire P-DG de General Electric, n'est pas du genre à se cacher derrière son petit doigt. L'an dernier, il a gagné 56 millions de dollars. Il y a quelques jours, des étudiants de l'université de Fairfield, dans le Connecticut, où se trouve le siège de GE, ont eu le fort mauvais goût de comparer son revenu à ceux des employés des usines mexicaines du groupe. « La dernière fois que j'ai regardé, personne ne venait travailler avec un revolver sur la tempe, » leur a répondu Jack Welch avec son sens habituel de la nuance. « Ils venaient parce que c'était le meilleur job qu'ils pouvaient trouver. »C'est la vertu de l'économie de marché incarnée par Wall Street : on récompense les résultats. Sous sa conduite, GE a créé 300 000 emplois et 19 000 millionnaires, a rappelé Jack Welch aux jeunes malappris. Et puis les patrons ne s'enrichissent que s'ils enrichissent leurs actionnaires - l'essentiel de leur rémunération se fait en « stock options ». Douglas Daft, à la tête de Coca Cola depuis quelques mois, ne s'est-il pas engagé à un bénéfice par action en hausse de 20% par an, pendant cinq ans, faute de quoi il sera privé du bonus de 87 millions de dollars qu'on lui a promis ?Ce raisonnement vertueux pose toutefois un problème, avancent certains observateurs. Il ne correspond pas à la réalité. United for a Fair Economy, un « think tank » de Boston, vient ainsi de se livrer à quelques calculs éclairants. 10 000 dollars investis en Bourse en 1993 dans les dix entreprises dont les patrons étaient alors les mieux payés des Etats-Unis en auraient valu 3585 à la fin de l'an dernier. Les même 10 000 dollars placés dans un fonds indexé sur l'indice S&P auraient acquis une valeur de 32 301 dollars sur la même période.Si l'on en croit les experts du cabinet de recrutement Pearl Meyer & Partners, de New York, le salaire moyen des patrons des 200 premières entreprises américains pour l'an 2000 était de 10,89 millions de dollars, en hausse de 16% par rapport à 1999. Chez Staples, Microsoft, Qualcomm ou Sprint, les déconvenues boursières n'ont nullement pesé sur la rémunération des P-DG grâce « à la créativité des conseils d'administration, » rapportait récemment le Washington Post.Tous ne sont pas à l'abri, bien sûr. Charles Schwab, qui dirige le groupe financier qui porte son nom, vient d'accepter de diviser son salaire par deux. Carly Fiorina, P-DG de Hewlett Packard, a « remboursé » à la société 625 000 dollars sur sa rémunération de 2,8 millions de l'an dernier. Mais, globalement, tempête boursière ou pas, récession ou non, les P-DG américains s'en sortent bien, merci.

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