Tubbydev met les informaticiens russes au service des sociétés françaises

 |   |  750  mots
"Ici, il n'y a pas de machine à café : vous êtes chez les Teletubbies". Pierre Méchentel, co-fondateur et PDG de Tubbydev, donne le ton. Une solide expérience de l'absurde et de l'auto-dérision, conjuguée à un sens aigu de l'économie ont poussé ce saint-cyrien de 33 ans à se lancer dans une entreprise audacieuse : l'offshore programming en Russie. La sous-traitance de projets informatiques à l'étranger n'est pas nouvelle, l'Inde et Madagascar, entre autres, s'en font une spécialité. Mais Tubbydev a choisi de se démarquer en assurant des prestations de développement informatique pour des clients français grâce à 57 développeurs russes, basés à Moscou. L'idée paraît simple. Elle constitue en fait l'aboutissement des tribulations de Pierre Méchentel en Russie. Après avoir quitté Saint-Cyr, où il s'ennuyait, il est passé par le conseil... où l'ennui l'a vite rejoint. La rencontre avec un hôtelier-homme d'affaires breton au cours d'une mission d'audit le décide à se lancer dans le commerce. Ayant appris le russe dès la 6e, il choisit logiquement l'ex-URSS en 1993 pour son premier voyage. Loin de penser aux services informatiques, il vend alors de la charcuterie, puis de la volaille. Les affaires marchent, les camions roulent, le métier rentre. "En Russie, celui qui détient le marché, c'est celui qui a les fournisseurs... et qui connaît bien la douane", constate-t-il. La leçon lui servira : "les compétences se vendent sans taxes de douane", souligne-t-il aujourd'hui. En 1997, les camions de pâté et de dinde, auxquels s'ajoute la vente d'alcool pur, génèrent une quarantaine de millions de francs de chiffre d'affaires. Pierre Méchentel a alors l'occasion d'acheter de la fibre de verre à un fournisseur de l'industrie spatiale russe. C'est le début des rencontres avec les habitués de la Cité des Etoiles, qui déboucheront trois ans plus tard sur la création de Tubbydev. "Après la disparition de l'URSS, explique Pierre Méchentel, les Américains et les Allemands sont arrivés en Russie pour piller les technologies. Très peu de choses ne les intéressaient pas, mais heureusement les informaticiens en faisaient partie...". La société n'a donc aucun problème pour trouver des développeurs russes, très bien formés, prêts à travailler pour une société française pour éviter de devenir "vendeurs pour des groupes informatiques américains ou, pire, vendeurs de pastèques dans la rue".Tubbydev, qui offre des prestations sur cinq domaines principaux, IBM, Microsoft, Lotus, Linux et Oracle, doit évidemment tenir compte de la spécificité de ses prestataires locaux : si les informaticiens russes sont souvent excellents - "certains sont carrément deux fois plus rapides qu'un développeur français" - ils prennent peu d'initiatives. Une part importante du travail des six salariés de Tubbydev à Paris consiste donc à "bétonner" les cahiers des charges avec les clients, pour éviter les problèmes une fois ces cahiers des charges partis en Russie. Et une fois le produit revenu en France, à assurer le "déboguage" en liaison avec Moscou. Pas de problème en revanche, en ce qui concerne les compétences métiers des développeurs russes. Nouveaux produits et nouvelles versions arrivent en Russie aussi vite qu'en France et les informaticiens locaux se forment sur place. Autre avantage : une disponibilité et une flexibilité accrue. Les clients de Tubbydev ? Ils restent discrets, mais on y trouve, assure Pierre Méchentel, des SSII et des agences Web, parfois connues, qui trouvent dans la sous-traitance un palliatif à la pénurie actuelle de développeurs expérimentés. Et peuvent parfois se permettre de facturer trois fois plus cher au client final le travail exécuté par Tubbydev. Mais les start-up consistuent aussi un marché de choix pour la société. Le recours aux services de l'entreprise - facturés 1.000 francs hors taxes la journée, soit trois fois moins cher que ceux de certains prestataires français - présente en effet pour elles un avantage certain : "nous leur permettons, parfois pour moins de 50.000 francs, de présenter à des investisseurs potentiels un site en état de marche", souligne le PDG . Seule obligation pour les start-up : payer cash à la commande. Tubbydev vise une douzaine de millions de francs de chiffre d'affaires cette année. Des perspectives encourageantes, même si elles ne sont pas mirifiques. Mais comme le dit un proverbe russe cher à Pierre Méchentel, "mieux vaut avoir cent amis que cent roubles". Marc Angrand

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :