L'avertissement de Lufthansa confirme le malaise du transport aérien

 |  | 561 mots
Lecture 3 min.
Lufthansa a donné un nouveau coup derrière la tête à un secteur du transport aérien qui n'avait vraiment pas besoin de cela. La première compagnie aérienne allemande, qui vient de sortir d'un conflit social de plusieurs semaines, a fait savoir mercredi matin qu'elle revoyait à la baisse sa prévision de bénéfice pour l'exercice 2001. Le groupe table désormais sur un résultat d'exploitation de 700 à 750 millions d'euros pour l'année en cours, ce qui constitue une réduction de 25 à 30% par rapport à son objectif initial (un milliard d'euros). A la Bourse de Francfort, l'information provoque une chute de 3,72% de l'action Lufthansa vers 10h, ce qui porte à plus d'un quart sa dégringolade depuis le début de l'année.Avec ce "profit warning", la compagnie allemande prend en compte le coût des trois journées de grève menées par ses 4.200 pilotes depuis le début de l'année, évalué à 75 millions d'euros, mais aussi le supplément de charges impliqué par l'accord salarial signé la semaine dernière (125 millions d'euros). Le conflit social devrait donc coûter, en 2001, 200 millions d'euros au transporteur aérien, et contribuer pour les deux tiers au moins à la réduction de la prévision de bénéfice de Lufthansa.Mais la compagnie cite également d'autres explications à son "profit warning", comme le "retournement de la conjoncture économique mondiale" et les "restrictions de trafic impliquées par le manque d'infrastructures". Ces deux facteurs devraient ponctionner de 50 à 100 millions d'euros le résultat d'exploitation de Lufthansa. Car Lufthansa, comme ses grands concurrents européens British Airways, Air France ou SAirGroup, souffre d'un environnement dégradé qui a considérablement réduit la visibilité sur l'évolution des bénéfices. Avec un baril de pétrole revenu aux alentours de 30 dollars, les compagnies ont d'abord vu leur facture pétrolière se gonfler considérablement. Lors de la présentation de ses résultats 2000/2001, Air France avait par exemple indiqué que ses charges de carburant s'étaient envolées de 60% d'une année sur l'autre.A cela s'est ajouté, surtout depuis le début de l'année, l'impact du ralentissement économique. Celui-ci avait notamment été illustré par British Airways qui, le 22 mai dernier, indiquait s'apprêter à souffrir de la morosité de l'économie mondiale, notamment sur les liaisons transatlantiques. C'est la clientèle des hommes d'affaires, la plus rentable pour les compagnies aériennes, qui menace de s'essouffler dans les prochains mois. Contraintes de réduire leurs charges d'exploitation, les entreprises accordent de moins en moins le bénéfice des classes affaires à leurs salariés, ce qui pèse directement sur la rentabilité des compagnies aériennes.La saturation des plateformes aéroportuaires est le dernier point noir du secteur aérien sur le Vieux continent, même si toutes les compagnies ne sont pas à même enseigne. Malgré les travaux d'expansion actuellement en projet dans plusieurs pays de l'Union, les infrastructures commencent à montrer leurs limites, et constituent un frein au développement du transport aérien. A ce titre, la France fait plutôt figure d'exception grâce au dynamisme de l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle. C'est d'ailleurs l'un des atouts dont s'est prévalu Air France pour annoncer son intention de maintenir en 2001 des bénéfices "en ligne avec ceux de l'année écoulée".Jean-Noël Roffiae

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :