Parlez-vous le Greenspan ?

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Alan Greenspan, le président de la Réserve fédérale américaine, a parlé mercredi dernier. Comme à l'accoutumée, son discours était très attendu. D'autant plus que l'économie américaine est menacée par la stagflation, un mal sournois qu'on pensait éradiqué depuis une dizaine d'année, tandis que Wall Street et surtout le Nasdaq subissent un krach qui à force de ramper finit par faire des dégâts... Qu'a-t-il dit dans ce langage qui n'appartient qu'à lui? Il a notamment eu ce propos : « L'économie semble évoluer sur une tendance nettement en deça de son potentiel de croissance rehaussé par les gains de productivité et, même après les décisions que nous avons prises en janvier, les risques demeurent qu'elle continue d'évoluer sur un sentier incompatible avec une performance satisfaisante » (1). Le Greenspan, on le voit, est tout en nuances et en subtilités et se prête mal à ces raccourcis nécessaires que sont les titres d'articles de journaux. Un florilège des titres de la presse économique française, au lendemain de l'intervention en donne une illustration patente. Ainsi pour l'un « Greenspan dédramatise le ralentissement américain et le patron de la Réserve fédrale croit aux capacités de rebond de l'économie » mais pour un autre « Greenspan peine à rassurer les marchés». Pour un troisième : « Le président de la banque centrale américaine reste convaincu que la récession menace » et garde donc « le doigt sur la gâchette » de la baisse des taux tandis qu'un dernier considère qu' «Alan Greenspan prépare le marché à une forte baisse des taux le 20 mars ». Ces divergences d'interprétation peuvent certes refléter pour partie les aléas de la traduction. Mais elles ne sont pas moins importantes dans la presse anglo-saxonne. Pour le Financial Times, Greenspan dit que le ralentissement américain va se poursuivre et il annonce de nouvelles baisses de taux d'intérêt. Le Wall Street Journal n'a pas tout à fait la même interprétation : la conjoncture va rester molle sans se détériorer, estime Greenspan et les perspectives [économiques] les plus récentes réduisent les espoirs d'une baisse rapide des taux. Enfin, l'International Herald Tribune a retenu qu'il n'y avait aucune urgence à baisser les taux et que le tableau [de l'économie américaine] dressé par Alan Greenspan n'est pas aussi sombre qu'on pouvait le craindre... Il est vrai que le principe fondateur du Greenspan peut se résumer ainsi : « Si vous avez compris ce que je viens de dire, c'est sûrement que je me suis mal exprimé ». (1) Le Greenspan se traduit assez difficilement en raison de ses nombreuses subtilités. Pour les exégètes, la VO est la suivante : « ... The economy appears to be on a track well below the productivity-enhanced rate of growth of its potential and, even after the policy actions we took in january, the risks continue skewed toward the economy remaining on a path inconsistent with satisfactory economic performance ».

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