Mais à qui se fier sur les marchés ?

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La perception est sélective, nous enseigne la psychologie. La Bourse, qui à cause de ses données quantifiées donne trop souvent l'apparence d'un monde rationnel régi par quelques ratios financiers, n'échappe hélas pas aux lois universelles de la psychologie. Un des premiers enseignements de cette « science humaine » étant le panurgisme ... Tout d'abord, il s'agit de faire un constat : les marchés de part et d'autre de l'Atlantique ont carrément plongé depuis un an. Le Dow Jones n'abandonne certes que 12%, mais le S&P, plus large, recule de 25% et le Nasdaq chute de 60%, alors que le CAC a perdu 18%. Et le petit rebond enregistré ces dernières séances, qualifié prudemment par les spécialistes de « technique » et observé avec impatience au mieux, et frénésie au pire, par les investisseurs, institutionnels ou particuliers, laisse rêveur. Comment, en effet, prendre au sérieux les réactions actuelles des marchés ?Car enfin, lorsque Gemplus, le numéro un mondial des cartes à puce - et dont plus de la moitié de l'activité est dédiée aux cartes liées à la téléphonie mobile, un secteur en chute libre - plonge de plus de 20% jeudi dernier sous prétexte que la société annonce qu'elle n'atteindra pas les objectifs précédemment indiqué, que faut-il en penser ? Il fallait être aveugle ou sourd pour imaginer que les prévisions initiales pourraient être respectées... A l'inverse, lorsque Dell, le constructeur américain de micro-ordinateurs, confirme le même jour qu'il remplira le contrat précédemment annoncé et réalisera ses objectifs au premier trimestre, cela vaut-il un rebond en une séance de près de 14% ? Alors même que la société avait déjà prévenu au trimestre précédent que ses résultats seraient inférieurs d'environ 35% aux attentes du marché ! Autre exemple : lorsque Yahoo ! annonce en fanfare un accord de distribution de musique en ligne aux Etats-Unis avec Vivendi Universal et Sony, une telle nouvelle vaut-elle vraiment un rebond de plus de 22% ? Et que dire d'un gain de presque autant pour Apple (+20,5% jeudi) ? En d'autres termes, et pour parler comme les spécialistes, les marchés restent décidément très volatils, c'est-à-dire marqués par des fluctuations de cours très importantes. Et pour parler plus simplement, carrément exubérants et déconnectés de la réalité !Dans un tel contexte, les professionnels ne sont pas d'une grande aide. Tout d'abord pour des raisons d'intérêt immédiat : même dans une période difficile comme celle que nous vivons, les analystes continuent d'émettre davantage de conseils d'achat que de vente - business oblige. Car après tout pour le « sell-side », les vendeurs et autres conseillers chargés d'aiguiller la clientèle, il est évidemment plus aisé de suggérer des achats que des ventes, en particulier dans des marchés baissiers. Et rare sont les spécialistes prêts à dévoiler une position claire sur des marchés aussi nerveux, volatils... voire imprévisibles ! En France, certains analystes, il est vrai les plus optimistes, se risquaient l'an dernier à prévoir un CAC à 10.000 points à la fin de l'année : il a terminé en fait à 5.926 points et se situe aujourd'hui à peine à mi-chemin du niveau envisagé... Aux Etats-Unis, la très écoutée Abby Joseph Cohen, stratège vedette chez Goldman Sachs, affirmait dans les colonnes de La Tribune le 5 février que le Dow Jones devait croître de 25% cette année à 13.000 points : il se situait alors un peu en dessous de 11.000 points et se traite aujourd'hui sous le seuil psychologique des 10.000. L'année est loin d'être terminée, mais la vedette de Wall Street vient ces jours ci de réitérer ses prévisions haussières. Ce qui a certains égards est rassurant... à moins que ce ne soit suicidaire. « La critique est aisée, l'art est difficile », rétorqueront les esprits chagrins qui s'accommodent mal de la correction des marchés. L'art de la prévision boursière est décidément bien délicat, et l'investisseur ne doit finalement compter que sur ses propres forces pour s'en dépêtrer !

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