« Glass ceiling »

Comme bien d'autres avant elle, Amy Segal est persuadée d'avoir été la victime du « glass ceiling », ce fameux plafond de verre qui interdit aux femmes une ascension professionnelle comparable à celles des hommes. Quelques semaines avant sa brutale éjection, elle s'attendait à une promotion à un poste de vice-président, et à une prime de fin d'année à six chiffres. Mais la débâcle du marché obligataire venue de Russie et décuplée par l'affaire LTCM a poussé JP Morgan à supprimer 800 emplois. Amy a fait partie de la charrette. Parce que son travail demandait « trop de supervision », dit la banque. Parce qu'elle était une femme, affirme Amy.Les succès féminins de Wall Street se comptent sur les doigts d'une main. On songe à Abby Cohen, le « gourou » de Goldman Sachs, à Muriel Siebert, qui dirige la société financière éponyme après avoir été en 1967 la première femme membre du New York Stock Exchange, ou encore à Mary Meeker, analyste Internet chez Morgan Stanley, qui fit la pluie et le beau temps dans le monde de la nouvelle économie avant de voir son étoile sérieusement décliner ces derniers mois.Mais à New York comme dans les autres grandes places financières, les bureaux des banques d'affaires et les salles de marché ne se sont pas avérés très propices à l'épanouissement des carrières féminines, quand ils n'étaient pas carrément inconfortables. On sait l'humour des traders souvent peu subtil et presque toujours au dessous de la ceinture. Chez Smith Barney, leurs mauvaises manières dans une salle baptisée poétiquement la « boom boom room » a coûté à la maison de courtage des dizaines de millions de dollars pour mettre un terme à une action en nom collectif à laquelle s'étaient associées de nombreuses employées présentes et passées. Merrill Lynch a été poursuivi par 900 de ses salariées. Morgan Stanley et ING Barings sont engagés dans d'acrimonieux procès les accusant de discrimination sexuelle. La liste ne cesse de s'allonger.Sur la page d'accueil de son site, www.womenonwall.com met en exergue un article paru en septembre dernier dans USA Today. On peut y lire comment, voici un quart de siècle, Merrill Lynch demandait à ses recrues quelle était la qualité la plus importante chez une femme : la beauté, l'intelligence, la dépendance, l'indépendance, la nature affectueuse. Les notes étaient les suivantes : deux points pour la dépendance et la nature affectueuse, un point pour la beauté, zéro pour l'intelligence et l'indépendance.Bien sûr, Wall Street a changé depuis. Mais pour Amy Segal et celles qu'elle entend représenter, on est encore loin du compte.Thierry Arnaud, à New York

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