Le grand malaise des entreprises du CAC 40 face à 2003

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2002 sera sans conteste une année à oublier pour les entreprises. Selon une étude d'Aurel-Leven, les bénéfices des groupes du CAC 40 devraient avoir reculé de 19,7% par rapport à 2001. Après cet exercice marqué par une croissance ralentie, les dépréciations massives (pour cause de chute des marchés) et les provisions diverses, il est donc temps pour les entreprises de tourner la page. Seulement, le rebond économique tant espéré fait de plus en plus figure d'Arlésienne. "D'une reprise attendue au milieu de l'année 2002, on s'interroge maintenant sur son actualité pour 2003", s'inquiète Jean-Noël Vieille, directeur de la recherche actions et de la stratégie chez Aurel-Leven.Dès lors, les entreprises se veulent prudentes concernant leurs perspectives pour l'année prochaine. Preuve de cette difficulté à appréhender leur proche avenir : juste avant le début de 2003, pratiquement la moitié des groupes du CAC 40 (dont par exemple Accor, Danone ou encore Michelin) restent muets quant à leurs objectifs pour les 12 mois à venir. Pour autant, leur but n'est pas d'imiter Coca-Cola, qui a décidé récemment de ne plus donner de prévisions. Simplement, nombre d'entre eux estiment qu'il est trop tôt pour s'exprimer. C'est notamment le cas de Vivendi Universal qui a prévenu qu'il ne donnerait pas de prévisions avant janvier ou février.Il serait également hâtif de tout mettre sur le compte des incertitudes. Car plusieurs sociétés ne délivrent traditionnellement leurs perspectives qu'une fois l'exercice précédent terminé. En outre, certaines d'entre elles ont tout de même distillé quelques éléments. Ainsi, Saint-Gobain a indiqué qu'il pourrait être amené à passer des provisions supplémentaires concernant le risque amiante et TF1 a affirmé vouloir limiter à 4% l'augmentation du coût de sa grille. La solution des plans sur plusieurs annéesNéanmoins, le manque de visibilité générale est manifeste. Du coup, divers groupes éludent le problème en se retranchant derrière les plans à long terme présentés ces derniers mois. Ainsi, aux côtés de la Société Générale, qui vise un ROE de 19% en 2004, Vivendi Environnement ambitionne pour la période 2000/2004 une hausse de 35 à 40% de ses revenus et une progression de sa marge au moins aussi rapide que celle de son chiffre d'affaires. Certains voient même encore plus loin, tel le constructeur automobile Peugeot, qui compte vendre 4 millions de véhicules en 2006.Restent néanmoins une dizaine de téméraires qui se sont déjà risqués à évoquer 2003. Mais là encore, le malaise est souvent perceptible. Il y a d'abord les vrais pessimistes: EADS voit une année "difficile" et pour PPR, 2003 ressemblera à 2002. Viennent ensuite des groupes qui se veulent plus engageants, mais dont le discours reste flou. Tandis que Sanofi-Synthélabo et Casino se contentent de donner des perspectives par pôles d'activité ou lignes de produits, sans en faire la synthèse, AGF ambitionne - sans plus de précision - d'améliorer son résultat d'exploitation. Quant à Vinci, qui parle de "bonnes perspectives d'activité et de résultat pour 2003", il ne se risque pas à donner des chiffres.Les plus explicitent restent prudentsD'autres enfin se montrent plus explicites et positifs, comme France Télécom, qui vise une hausse de 5% de ses ventes et de 10% pour l'Ebitda. Mais, même dans ce cas, force est de constater que les discours font souvent naître un sentiment contrasté. Ainsi, le retour à la profitabilité envisagé par Alcatel ne sera pas dû à une reprise mais bien à l'abaissement du point mort trimestriel à 3 milliards d'euros. De la même façon, si Cap Gemini veut porter sa marge opérationnelle à 5%, cela restera très inférieur à ce qu'a connu le groupe par le passé. STMicroelectronics suit la même trajectoire. Il vise une marge brute de 40 à 42%, contre 37 à 38% au quatrième trimestre 2002. Mais d'un autre côté, il reste prudent en ne souhaitant pas investir plus qu'en 2002 (1 milliard de dollars). Enfin, si Sodexho Alliance (qui a un exercice décalé) veut réaliser à fin août 2003 un bénéfice de 210 millions d'euros (+14,75%), il ne fait que viser un chiffre qu'il comptait initialement atteindre dès cette année.Bref, nombre de groupes semblent encore convalescents et 2003 devrait se révéler une année de transition. Car "beaucoup d'entreprises considèrent que la reprise [économique] n'interviendra qu'en 2004", rappelle Aurel-Leven, qui a revu à la baisse de 8% ses estimations de bénéfices sur le CAC 40 pour 2003 et n'attend plus, du coup, qu'une hausse de 14,5% des bénéfices par action l'an prochain.Une bonne nouvelle toutefois pour les investisseurs : selon le bureau d'analystes, "on peut imaginer que le marché jouera son rôle d'anticipation et que la reprise boursière aura lieu dès le deuxième semestre de 2003".

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