Jacques Chirac refuse de débattre avec Jean-Marie Le Pen

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Il n'y aura pas de débat entre les deux candidats du deuxième tour de l'élection présidentielle: c'est ce que Jacques Chirac a annoncé mardi soir à Rennes, affirmant qu'il n'accepterait pas de débattre avec Jean-Marie Le Pen car "face à l'intolérance et à la haine, il n'y a pas de transaction possible, pas de compromission possible, pas de débat possible". "Pas plus que je n'ai accepté dans le passé d'alliance avec le Front national, et ceci quel qu'en soit le prix, je n'accepterai demain de débat avec son représentant", a déclaré le président candidat au cours de son premier meeting de l'entre-deux tours. "Je veux que cette élection présidentielle ne soit pas confisquée par l'obscurantisme, la haine, le mépris. Je ne veux pas que la nation française cède au vertige de la peur", a-t-il lancé, deux jours après le choc provoqué par les résultats du premier tour. Manifestations. Les manifestations d'opposants à Jean-Marie Le Pen, qui ont réuni près de 100.000 personnes dans toute la France lundi, se sont poursuivies mardi. Dans le Sud-est, où le leader du FN a réalisé des scores compris entre 20% et 25% des suffrages exprimés, les lycéens de Toulon, Nîmes, Grasse et Sisteron ont défilé pour dénoncer le "péril fasciste". On comptait dans la région plusieurs milliers de manifestants. Ailleurs, on dénombrait 4.000 jeunes dans les rues de Brest, 3.000 à Rennes, 4.500 au Havre, 2.000 à Angoulême, 1.500 à Orléans, 1.000 à Rouen, 900 à Caen, 500 à Grenoble, 300 à Annecy. A Lyon, près de 6.000 personnes défilaient contre le FN, soit près du double par rapport à lundi. A Paris, 800 personnes se sont regroupées vers 17h place de la Bastille.Hier, la Fédération indépendante et démocratique lycéenne (FIDL) a appelé à des manifestations quotidiennes. Plusieurs organisations se sont jointes à cet appel, notamment la FSU, Attac, le Parti communiste, la LCR, le Mrap, l'Union des étudiants juifs de France ou la Ligue des droits de l'homme. "Il est maintenant nécessaire de s'organiser et de poser un contenu à ce combat contre le FN", a souligné Mouloud Aounit, responsable du Mrap. La manifestation la plus importante devrait avoir lieu le 1er mai à laquelle participeront la plupart des organisations susmentionnées, mais aussi la CGT, la CFDT et peut-être la CFTC et le PS. Ce même jour, le FN attend près de 100.000 personnes pour un défilé dans le quartier de l'Opéra.Candidatures uniques. Dans les états-majors politiques, les esprits sont déjà tournés vers les élections législatives des 9 et 16 juin prochains. A gauche, l'idée de candidatures uniques dès le premier tour commence à faire son chemin. Hier, François Hollande, le nouveau leader du PS, a tendu la main à ses partenaires de la coalition sortante. Cet après-midi, le maire de Paris Bertrand Delanoë estime, dans le Monde, qu'il peut être "sage, en fonction des circonstances locales, d'envisager des candidatures uniques". Le candidat vert de la circonscription de Bondy en Seine-Saint-Denis, Jean-Luc Benhamias, a ainsi décidé de se retirer de la course, laissant la voie à Elisabeth Guigou, afin, précise-t-il, "qu'il n'existe aucun risque que la droite extrême ou la droite ne s'empare de la circonscription".Reconquérir l'électorat populaire. Mais une alliance de la gauche avec le Pôle républicain de Jean-Pierre Chevènement paraît de plus en plus difficile. Pour Bertrand Delanoë, le maire de Belfort a contribué "à une forme de banalisation d'un pseudo-effacement des différences entre conservateurs et progressistes". Du côté chevènementiste, Georges Sarre annonçait hier la présence de 577 candidats de son mouvement aux législatives et, ce matin, Max Gallo, dans une interview sur Radio Classique, critiquait durement l'attitude de Lionel Jospin qui, hier, avait accusé les chevènementistes d'avoir contribué à son élimination (écouter ci-contre). Jean-Pierre Chevènement a cet après-midi été le dernier candidat à se déclarer pour le vote en faveur de Jacques Chirac au second tour. Cette décision a été prise à la majorité du comité d'orientation stratégique du Pôle républicain. Cinq de ses membres ont voté contre ce ralliement. Jean-Pierre Chevènement a toutefois précisé sa position, se désolidarisant nettement du mouvement de rue actuel : "si électoralement nous ferons barrage aux dirigeants de l'extrême-droite, nous ne nous laisserons pas enfermer dans un discours antifasciste émotionnel qui viendrait à effacer les responsabilités réelles". Il a appelé à "reconquérir l'électorat populaire de Le Pen". Retour à l'union ? A droite, François Bayrou, qui avait hier refusé l'idée d'un parti unique de la majorité présidentielle, a appelé en début d'après-midi à constituer des "candidatures uniques" de la droite. Pour le président de l'UDF, "le risque de triangulaires" et "la volonté de revanche de la gauche" imposent l'union "dans le plus grand nombre de circonscriptions". Il a cependant demandé à ce que le partage des investitures se fasse "de façon équilibrée". Il a également exigé d'être consulté dans la définition du programme afin "de porter le changement que nous avons porté durant la campagne présidentielle". Cette déclaration éloigne la possibilité d'un "cavalier seul" de l'UDF aux législatives, ce que certains observateurs pensaient possible après le score de François Bayrou aux présidentielles (6,84%). La pression se fait d'ailleurs désormais plus forte sur le député des Pyrénées-Atlantique. Philippe Douste-Blazy a annoncé, de son côté, au Sénat la création "d'un grand parti de droite et de centre droit" appelé Union pour la majorité présidentielle. Il regroupera tous les chiraquiens des trois partis de droite et "présentera des députés dans chacune des 577 circonscriptions du pays et aura un groupe parlementaire commun".Referendum pour la démocratie. Enfin, Bruno Gollnisch, directeur de campagne de Jean-Marie Le Pen, a critiqué mardi matin "la fantastique coalition qui va de Jacques Chirac au Pcf". Il a particulièrement fustigé le "ralliement grotesque" du juge Halphen. Encore une fois, il a présenté le FN comme le seul parti "hors de l'établissement". Il a, par ailleurs, rappelé que son leader était prêt à rencontrer Jacques Chirac lors d'un débat, soulignant qu'en France, dans la tradition républicaine, ce débat "n'est pas une juxtaposition de monologues". Le président de la République réserve encore sa réponse sur la tenue de ce débat. En attendant, le député-maire UDF d'Amiens Gilles de Robien a appelé tous les Français "à se mobiliser pour faire du second tour des élections présidentielles un grand référendum pour la démocratie, la république et l'humanisme". Il a été suivi dans cette idée par le député-maire PS de Nantes, Jean-Marc Ayrault, qui, tout en considérant qu'il n'y a "ni arc républicain, ni union sacrée", a déclaré lui aussi que le vote du 5 mai sera un "référendum pour la démocratie".

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