Le budget 2003 privilégie l'emploi sur la rigueur

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Dans un contexte économique incertain et alors que se multiplient les facteurs de risques pour la croissance - faiblesse de la reprise mondiale, chute des marchés boursiers, montée du chômage, risque de conflit en Irak - le gouvernement Raffarin rend sa copie budgétaire. Celle-ci est bâtie à partir d'une hypothèse de croissance de 2,5% l'an prochain. Cette prévision, jugée optimiste par de nombreux économistes, est qualifiée de "réaliste" par le ministre de l'Economie. Francis Mer souligne néanmoins que cette prévision pourra évoluer à la hausse ou à la baisse. Dans ce cas, a-t-il ajouté, "on en tirera les conséquences" et on "révisera les chiffres". D'ici là, et à partir de la prévision d'une croissance de 2,5%, le Premier ministre a rendu des arbitrages montrant clairement que le gouvernement ne fait plus de la réduction des déficits publics la première de ses priorités.Déficit de 2,6% du PIBEn effet, le déficit budgétaire pour 2003 devrait rester stable aux environs de 44 milliards d'euros et le déficit public devrait représenter 2,6% du PIB, soit une situation inchangée par rapport à cette année. Cet abandon de la rigueur budgétaire intervient, et ce n'est sans doute pas un hasard, au moment où Bruxelles suggère de reporter de 2004 à 2006 l'objectif d'un retour à l'équilibre budgétaire dans les pays de la zone euro. La France, comme l'Allemagne et l'Italie, ne faisaient plus mystère depuis quelques mois de leur incapacité à tenir cet engagement. Selon une source parlementaire citée par l'AFP, le ministère français de l'Economie tablerait pour un déficit public compris entre 0,5 et 1% du PIB en 2006, selon que la croissance sera de 3% ou de 2,5%. Si le gouvernement français met entre parenthèses la lutte contre les déficits, c'est pour mieux se consacrer à la bataille contre le chômage dont le gouvernement anticipe qu'il devrait augmenter "au moins pour les quelques mois à venir". Dans ces conditions, le budget 2003 comprend un certain nombre de mesures destinées d'une part à encourager les entreprises et d'autre part à renforcer le pouvoir d'achat des consommateurs. De l'aveu même d'un conseiller de Matignon, le gouvernement a "tout à gagner à mettre beaucoup de carburant dans le moteur" pour soutenir la consommation, dernier pilier de la croissance. D'après les dernières estimations du gouvernement, le PIB ne devrait progresser que de 1,2% cette année. 4,1 milliards de baisses d'impôts et de chargesC'est dans ce contexte qu'il faut comprendre le fait que le budget 2003 prévoit 4,1 milliards d'euros de nouvelles baisses brutes d'impôts et allègements de charges, dont une réduction supplémentaire de 1% de l'impôt sur le revenu (IR). Cette réduction de l'IR s'ajoute à celle de 5% réalisée en 2002, a précisé l'entourage du Premier ministre. Le gouvernement ramène ainsi le taux supérieur de l'impôt sur le revenu sous la barre symbolique des 50%, à 49,58% en 2003 contre 52,75% actuellement. Parmi les mesures dont bénéficieront les particuliers, on peut noter le relèvement de 6.900 à 10.000 euros en 2003 du plafond de dépenses ouvrant droit à une réduction d'impôt pour l'emploi d'un salarié à domicile. Par conséquent, la réduction d'impôt maximum pour les foyers employant un salarié chez eux (garde d'enfants, soin des personnes âgées, ménage...) passera de 3.450 euros à 5.000 euros. Cette mesure, chiffrée à 74 millions d'euros pour 2003, vise à lutter contre le travail au noir avant la remise à plat des aides existantes. La prime pour l'emploi réévaluéeLe gouvernement va également réaliser "un effort supplémentaire" d'environ 200 millions d'euros sur la prime pour l'emploi (PPE) dans le budget 2003. Outre le maintien de la prime pour l'emploi mise en place par le gouvernement précédent, pour un coût de 2 milliards d'euros, le gouvernement a décidé de la réévaluer légèrement en faveur des personnes travaillant à temps partiel. Il ne dispose pas, en revanche, des 1,2 milliard d'euros nécessaires pour rajouter une nouvelle tranche de PPE en 2003, comme le gouvernement de Lionel Jospin s'y était engagé. La prime pour l'emploi s'adresse actuellement aux 8,5 millions de foyers percevant moins de 1,4 SMIC. Elle est destinée à encourager les personnes de condition modeste à reprendre une activité. Les entreprises, enfin, ne sont pas oubliées. La taxe professionnelle va être allégée pour toutes les sociétés et la future harmonisation vers le haut des différents Smic sera compensée par des allègements de charges.Maigres coupes dans les effectifs des fonctionnaires. Même si Jean-François Copé clame haut et fort que le gouvernement a "décidé d'enclencher une tendance lourde à la réduction des effectifs de fonctionnaires", le budget 2003 ne traduit que très faiblement ces intentions. Le solde entre les créations d'emplois dans la police, la gendarmerie et la justice - au total 5.300 postes- et les suppressions intervenant dans d'autres ministères comme l'enseignement scolaire, Bercy et l'équipement est certes négatif mais apparait comme quasi insignifiant. Seulement 1.700 personnes ne seront pas remplacées alors que 50.000 fonctionnaires partiront à la retraite en 2003.

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