Au royaume des aveugles

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De Merrill Lynch à Salomon Smith Barney, le courtier filiale du géant mondial des services financiers Citigroup, les grandes maisons de la place new-yorkaise ne cessent d'être montrées du doigt. De la justice aux médias en passant par les avocats et leurs clients petits actionnaires, tout le monde les accuse d'avoir joué avec le feu en mélangeant tous leurs rôles : recherche et analyse des valeurs, conseils, placements, financement, banque d'investissement. Le tout au service du profit maximum. Et tant pis si le petit porteur qui écoutait leurs conseils a été le gogo de l'histoire. On a beau lui expliquer qu'il savait que la Bourse, c'était risqué, il aurait bien aimé qu'on ne lui retire pas son parachute avant de le pousser de force hors de l'avion en plein vol.Et voilà que dans la tempête apparaît le nouveau credo des financiers : la petite boutique indépendante, celle qui ne dispense que de la matière grise, qui vit sur son intelligence et son réseau et non sur le volume de son bilan et des titres échangés. Du coup, des maisons comme Lazard et Rothschild retrouvent grâce aux yeux des observateurs. Critiquées il y a encore quelques mois pour ne pas avoir la taille suffisante, condamnées par les mêmes experts à devoir être tôt ou tard rachetées par de grands établissements, les voilà louées pour leur magnifique indépendance, leur constance et leurs pratiques loin de celles, sulfureuses, des géants américains.Nos nouvelles vedettes rosissent de plaisir et, faussement modestes, baissent les yeux au sol en murmurant qu'elles savaient bien qu'elles ne faisaient pas fausse route. Les devins de la dernière heure applaudissent et ajoutent qu'ils le savaient eux aussi et se méfiaient de ces monstres de Wall Street prêts à tout pour engranger les dollars. A d'autres. Mais les plus madrés rappellent tout de même devant l'émergence de ce nouveau modèle de bonne banque d'affaires le bon mot d'Oscar Wilde : le bad man est celui qui connaît le prix des choses sans toujours en connaître la valeur, le good man est celui qui en apprécie la valeur sans forcément en connaître le prix.

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