Un monde en quête de boussole

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Rarement époque aura été aussi propice aux désillusions. L'explosion de la bulle spéculative sur les marchés d'actions laisse derrière elle des actionnaires non seulement fort marris, mais aussi au bord de la révolte pour avoir découvert que quelques-uns des plus beaux succès boursiers des dernières années - Enron en tête - reposaient sur de vilaines manipulations comptables. Pour faire bonne mesure, voilà que le président de la toute puissante Securities & Exchange Commission, Harvey Pitt, remet piteusement sa démission : au lieu de faire la loi et d'inspirer la crainte, le gendarme américain de la Bourse a lui même exposé les limites de sa probité.Face à l'ampleur et à la violence du retournement de la conjoncture, les gouvernements occidentaux ont mal dissimulé leur désarroi. Faute de mieux, et dans des proportions variables, ils ont dû se résoudre à laisser filer les déficits publics. Ont-ils les clés du retour de la croissance ou de la baisse du chômage ? Aucun d'entre eux n'en a à ce jour apporté la preuve.L'économie n'est d'ailleurs pas la seule source d'incertitude, ni même la plus importante. Les tensions internationales, la perspective d'un conflit en Irak, la menace nucléaire nord-coréenne ou encore la crainte de nouveaux attentats d'Al-Qaida équivalent collectivement à un faisceau de menaces face auxquelles les pouvoirs publics des grands pays du monde peinent à dissimuler combien ils se sentent inquiets et désemparés.Dans un contexte aussi inquiétant, les opinions publiques apparaissent remarquables de lucidité. Telle est au moins la conclusion que l'on est tenté de tirer du fort éclairant sondage que vient de publier le World Economic Forum, l'organisateur du sommet de Davos, avec l'aide des instituts américain Gallup et canadien Environics.36.000 personnes ont été interrogées dans 47 pays. Leur verdict est aussi éclairant que sévère. Le parlement élu est l'institution qui leur inspire le moins confiance. Il voisine au bas du classement avec les grandes entreprises nationales et transnationales. Les deux-tiers des personnes interrogées estiment que le gouvernement ne reflète pas la volonté du peuple. Ce sont les associations et les organisations non-gouvernementales qui leur apparaissent les plus dignes de foi. Et en ces temps d'incertitude, l'armée est l'institution qui recueille le plus d'avis favorable.On relèvera au passage que dans plusieurs des pays concernés (c'est notamment le cas des Etats-Unis ou de la France), les équipes et les personnalités au pouvoir bénéficient dans le même temps d'une excellente cote de popularité. Paradoxe ? Ou terrible aveu des électeurs, qui auraient cessé d'attendre de leurs gouvernants la solution aux problèmes du monde moderne ?On souhaite bien du plaisir aux beaux esprits de Davos. Il ont choisi la bonne question. On se permettra de douter qu'ils y trouveront une réponse miracle et définitive.

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