L'Allemagne repasse le cap des 4 millions de chômeurs

Une nouvelle fois, la situation économique de l'Allemagne risque de donner bien du souci au chancelier Gerhard Schröder. Lui qui avait promis le retour du nombre brut de chômeurs sous les trois millions et demi avant l'automne doit faire face désormais, à six semaines des élections générales du 22 septembre, à un nombre de demandeurs d'emploi supérieur à 4 millions.Les derniers chiffres publiés par l'Office fédéral du Travail (BAA) de Nuremberg montrent une très nette progression du chômage en juillet en chiffres non corrigés des variations saisonnières. Avec 92.600 chômeurs de plus lors du mois dernier, l'Allemagne compte désormais 4,04 millions de demandeurs d'emploi. La barre des quatre millions de chômeurs est donc une nouvelle fois franchie. Elle avait déjà été dépassée entre janvier et avril dernier. Le taux de chômage brut passe ainsi de 9,5% en juin à 9,7% en juillet.En fait, ces chiffres ne sont pas surprenants. Le mois de juillet est généralement un "mois noir" pour le chômage outre-Rhin (en raison des fermetures pour congés et des fins de contrats à durée déterminée) et les données officielles sont inférieures à celles publiées par le quotidien populaire Bild vendredi dernier, qui prévoyaient 4,11 millions de chômeurs. De plus, les chiffres corrigés des variations saisonnières (CVS), les plus pertinents sur un plan économique, sont plutôt encourageants : 8.000 demandeurs d'emploi supplémentaires, alors que le consensus des économistes prévoyait 25.000 chômeurs supplémentaires. En juin, le nombre de chômeurs CVS avait progressé de 42.000. Selon la Bundesbank, le taux de chômage CVS a néanmoins progressé d'un dizième de point en juillet à 9,9%.Les adversaires de Gerhard Schröder ne s'arrêteront sans doute qu'aux données brutes (mais lui-même avait demandé qu'on le juge à cette aune). Pourtant, la stabilité du chômage en données CVS montre une certaine résistance des entreprises allemandes. Comme partout en Europe, les entreprises préfèrent attendre de voir l'évolution de la conjoncture avant de réduire leurs effectifs. L'avenir est pourtant loin d'être rose de l'autre côté du Rhin. Les commandes à l'industrie ont ainsi montré en juin un recul de 3,2% en volume, qui effaçe la hausse de 3,3% du mois de mai et dépasse les attentes les plus sombres des analystes. Après le bond des commandes à l'exportation en mai (+9,4%), ces dernières reculent de 7% sur un mois en raison du coup d'arrêt des dépenses des entreprises américaines. Si, sur mai-juin, les commandes industrielles progressent par rapport à mars-avril de 2,3%, les chiffres de juin n'en sont pas moins inquiétants, car ils confirment la fragilité actuelle de l'économie allemande et sa dépendance vis-à-vis de la demande externe (les commandes en provenance d'Allemagne ne progressent que de 0,3% en juin). La fin de campagne électorale s'annonce donc périlleuse pour Gerhard Schröder. Face à un adversaire qui souhaite redynamiser le pays par un électrochoc néolibéral, le chancelier aura bien du mal à défendre un bilan économique plutôt terne et bien en deçà de ses promesses. Edmund Stoiber ne s'est d'ailleurs pas privé de parler, dès mercredi dernier, d'un "bilan final désolant" pour le chancelier. Plus que jamais, et fort de sa popularité encore élevée, ce dernier devrait donc s'attacher à donner à la campagne un tour plus personnel, insistant sur le thème du "lui ou moi".

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