"A court terme, il n'y a pas vraiment de porte de sortie pour l'économie mondiale"

latribune.fr - Quel diagnostic posez-vous sur la conjoncture en France à la lumière des derniers chiffres publiés et notamment la croissance de 0,5% du PIB au deuxième trimestre ?Philippe Waechter - J'ai le sentiment que l'activité s'est accélérée jusqu'au mois de mai dernier avant de se stabiliser et de se convertir en une croissance étale. Juin a marqué une vraie rupture qui s'est notamment traduite par un ralentissement très sensible des exportations qui trouve sa source dans une inflexion du commerce mondial. Alors, même s'il est vrai qu'une croissance de 0,5% du PIB au deuxième trimestre n'est pas catastrophique, les inquiétudes portent surtout sur l'avenir car les chiffres et les statistiques publiées en juillet et en août (ISM aux Etats-Unis, Ifo en Allemagne par exemple) témoignent d'un net infléchissement de l'activité mondiale. Dans ces conditions, les chefs d'entreprises ne sont que très faiblement incités à investir, d'autant qu'ils ne disposent que d'une très faible visibilité à six mois. La faible dynamique des profits des sociétés agit comme un facteur aggravant dans ce contexte. Les chiffres du PIB au deuxième trimestre en France montrent une bonne résistance de la consommation, cela peut-il durer ?On peut craindre que non au vu de la forte baisse des ventes d'automobiles au mois d'août. La première conséquence de ce recul (-17%, ndlr) c'est que le chiffre de la consommation au troisième trimestre sera faible. Si l'on ajoute à cela l'atonie de l'investissement, un ralentissement probable du commerce extérieur et la poursuite du déstockage, on devrait enregistrer au troisième trimestre une croissance limitée de 0,2%. Pour les trois derniers mois de 2002, je table sur une croissance de 0,6%. Cela n'a rien de spectaculaire mais cela permet d'assurer une croissance de 1% sur l'ensemble de l'année. A l'inverse, cela ne permet pas de démarrer 2003 dans de très bonnes conditions. A l'heure de faire des pronostics pour l'année prochaine, on navigue un peu au doigt mouillé car on a du mal à voir d'où peut venir la croissance tant que l'investissement ne fait pas mine de repartir. En conséquence, on peut prédire que la tendance à la dégradation du marché de l'emploi ne s'inversera pas tant qu'une reprise solide ne sera pas avérée. C'est pourquoi je table sur un taux de chômage de 9,2% à la fin de cette année.Dans le contexte de ralentissement général que vous évoquez, quel peut être le rôle des banques centrales des deux côtés de l'Atlantique ?Même si les marges de manoeuvres semblent un peu supérieures en Europe, je ne suis pas certain que ce soit le niveau des taux d'intérêt qui pénalise l'investissement. Si les banques centrales agissent, ce sera seulement pour montrer qu'elles sont attentives à la situation. En fait, il n'y a pas vraiment de porte de sortie car on ne voit pas bien quel peut-être le levier pour relancer la croissance. Seule, peut-être, une baisse des prix du pétrole pourrait changer la donne. C'est particulièrement vrai aux Etats-Unis où les prix de l'essence suivent exactement les cours du baril. Quant l'essence est chère, les Américains délaissent certains postes de consommation au profit des carburants dont ils ont impérativement besoin.Quelle est l'influence de la chute des marchés boursiers dans ce contexte ?Le recul des cours de Bourse peut avoir un effet sur le moral global. C'est un clignotant de plus qui indique aux patrons que ce n'est pas le moment d'investir.

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