"Les bruits de bottes créent déjà une incertitude aux Etats-Unis"

latribune.fr - Quelles seraient, selon vous, les conséquences d'un éventuel conflit avec l'Irak ?Sylvie Matelly - Il me semble que la santé de l'économie mondiale se ressent déjà de l'éventualité d'un tel conflit. C'est notamment perceptible à travers l'instabilité des places boursières ce mois-ci et le retard de la reprise économique aussi bien en Europe qu'aux Etats-Unis. Les risques d'un conflit induisent un certain attentisme des milieux économiques et financiers : les bruits de bottes créent déjà une incertitude aux Etats-Unis. Cette dernière est augmentée par l'anxiété liée à la commémoration des évènements du 11 septembre. Dans ce contexte, les investissements des entreprises restent faibles et la reprise promise depuis le printemps tarde.Cette situation pourrait-elle s'aggraver en cas de déclenchement d'un conflit ?Le déclenchement en lui-même n'aura pas de conséquences immédiates importantes. C'est l'issue et la nature de l'engagement qui seront essentiels pour déterminer les effets de ce conflit. Si les Etats-Unis sortent vainqueurs rapidement de cette guerre alors un certain nombre d'incertitudes seront levées. La victoire aurait un effet psychologique fort sur les Américains qui pourrait se traduire par une certaine euphorie économique. De plus, à plus long terme, un éventuel renversement du gouvernement irakien conduirait à une hausse de l'offre de pétrole grâce à la levée probable de l'embargo et donc à une baisse des prix du pétrole, consolidant cette relance. En revanche, l'enlisement dans un conflit avec un engagement terrestre exposerait l'économie mondiale à des risques importants de récession si la guerre venait à durer plusieurs mois.Ce scénario d'un engagement terrestre des Etats-Unis en Irak vous semble-t-il crédible?D'un point de vue économique, un tel scénario n'est pas rationnel non seulement parce qu'il présente des risques économiques mais aussi en raison des problèmes de financement de cet engagement. Contrairement à la guerre du Golfe en 1991, il est peu probable que les Allemands, les Japonais ou les pays du Golfe soient disposés à payer*. Les Etats-Unis eux-mêmes sont dans une situation budgétaire difficile. Par ailleurs, ce conflit provoquera, au moins à court terme, une hausse des prix du pétrole. Les Américains sont-ils prêts à supporter une telle augmentation étant donnée la situation économique. Les décisions américaines de politique étrangère sont souvent motivées par des considérations économiques. Mais la question est de savoir si l'argument économique est celui qui l'emportera cette fois-ci. Je l'ignore et on en saura sans doute plus jeudi lorsque George W. Bush s'exprimera devant l'assemblée des Nations Unies.* Selon les différentes estimations, la première guerre du Golfe a coûté entre 40 et 65 milliards de dollars (note de la rédaction). L'Iris vient de publier "L'Année stratégique 2002", sous la direction de Pascal Boniface.

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