Bagdad accepte le retour de l'ONU, Washington reste méfiant

Saddam Hussein n'a pas perdu le goût de l'effet de surprise. Après les déclarations fermes des derniers jours, l'Irak a annoncé cette nuit qu'il accepte le retour sans condition des inspecteurs en désarmement des Nations Unies. Une offre saluée en Europe mais beaucoup moins aux Etats-Unis, puisque Washington juge la "tactique" adoptée par Bagdad "vouée à l'échec". Conséquence logique de l'initiative irakienne, les cours de l'or noir se détendent quelque peu. A Londres, vers 18 heures, le baril de Brent valait 27,80 dollars, soit soixante douze cents de moins qu'hier soir en clôture. Dans une lettre adressée au secrétaire général de l'ONU Kofi Annan, le ministre irakien des Affaires étrangères, Naji Sabri, informe les Nations Unies de "la décision du gouvernement de la République d'Irak de permettre le retour des inspecteurs en désarmement de l'ONU en Irak sans condition". Bagdad souligne même son "désir" d'appliquer les résolutions du Conseil de sécurité et d"ôter tout doute que l'Irak possède des armes de destruction massive". Selon l'agence de presse officielle INA, le président irakien, devrait adresser dans "les tout prochains jours" un message à l'Assemblée générale de l'ONU.Kofi Annan doit maintenant soumettre cette lettre au Conseil de sécurité, qui doit décider des suites à y donner. Les négociations entre l'ONU et Bagdad sur les modalités d'un retour des inspecteurs pourraient débuter rapidement ; la semaine dernière, Hans Blix, le chef des inspecteurs, avait estimé que les premières inspections pourraient débuter deux semaines seulement après un accord de Bagdad, alors encore hypothétique. Sans attendre, la Maison Blanche, dans un communiqué, a qualifié cette offre de "tactique vouée à l'échec". Estimant que la lettre à l'ONU est "encore une autre déclaration sur un morceau de papier", un haut responsable du département d'Etat a jugé que l'engagement de Badgad n'était "pas une promesse de dévoiler tous les programmes irakiens interdits". Pour le porte-parole de la présidence américaine Scott McClellan, "il est temps que le Conseil de sécurité agisse". Le ton est plus mesuré en Grande-Bretagne, même si le gouvernement britannique ne masque pas son scepticisme. Allié inconditionnel jusqu'à présent de Washington, la Grande-Bretagne, par la voix de son ministre des Affaires étrangères a souligné qu'une nouvelle résolution de l'ONU sur l'Irak demeurait néanmoins nécessaire. Selon Jack Straw, la lettre et l'offre irakiennes doivent être accueillies " avec beaucoup de scepticisme par la communauté internationale puisqu'elles arrivent quatre jours après que le vice-Premier ministre irakien Tarek Aziz eut dit qu'ils n'accepteraient pas un retour des inspecteurs sans conditions". A Downing Street, on souligne que Saddam Hussein a "une longue histoire de ne pas jouer franc jeu". A Paris, c'est le soulagement qui domine : pour le ministre des Affaires étrangères Dominique de Villepin, "il faut maintenant prendre Saddam Hussein au mot". "Nous souhaitons pouvoir agir sans délai et les inspecteurs doivent pouvoir commencer leur travail rapidement. (...) Tous les éléments pour agir sont là", a-t-il souligné.

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