La reprise japonaise reste incertaine

A l'heure de la coupe du monde de football, le Japon ne parvient pas à s'extirper du marasme économique dans lequel il est plongé depuis près de dix ans. Au cours des deux derniers mois, les responsables économiques du gouvernement et de la Banque du Japon (BoJ) avaient multiplié les annonces positives en déclarant que "le pire était passé". Pourtant, les signes de faiblesse ne cessent de se multiplier.Ainsi, la production industrielle d'avril publiée mercredi était attendue, selon le consensus des économistes de Reuters, en progression de 1%. La hausse mensuelle n'a été que de 0,2%, ce qui constitue un net ralentissement par rapport aux 0,8% de mars. Les espoirs des économistes reposaient sur une progression de la demande extérieure, notamment américaine, d'équipements électroniques. En fait, pour le moment, les chefs d'entreprise japonais préfèrent déstocker que produire. Les stocks fondent donc très rapidement (-1,6% en avril sur un mois). Ces chiffres décevants n'ont cependant pas entamé l'optimisme des observateurs qui insistent surtout sur le fait que, désormais, les stocks sont vides. La production va donc devoir repartir très rapidement. Le ministère japonais de l'Economie a ainsi relevé sa prévision pour la production industrielle de mai à +5,1% sur un mois contre +3,1% précédemment. Yasushi Okada, économiste chez Credit Suisse First Boston (CSFB), a déclaré à l'AFP que si "la hausse de la production est encore faible, les stocks disparaissent très vite". Mais l'expert nuance immédiatement : "l'avenir de la production industrielle du Japon dépend fortement de l'économie américaine". Reste à savoir si cette dépendance est suffisante pour réellement relancer la croissance japonaise. En l'absence d'une réelle reprise de la consommation et avec un système bancaire qui demeure sinistré, les dirigeants japonais vont-ils réellement pouvoir réinvestir et réembaucher ?Rien n'est moins sûr, d'autant que mercredi, un responsable de la BoJ, Miyako Suda, a estimé la croissance potentielle de l'Empire du soleil levant à seulement 1%, soit bien en deçà de celle des autres économies développées. A titre de comparaison, on rappellera que la croissance potentielle de la zone euro est de 2,5%-3%. Pourtant, les estimations de croissance sur le premier trimestre 2002/2003 au Japon tournent autour de 7,9% en rythme annualisé. S'il se confirme, ce rebond de la croissance devrait donc être de courte durée, toujours en raison de la faiblesse de la demande finale intérieure. Il sera donc très intéressant de surveiller la part des exportations et du restockage lorsque les chiffres de la croissance seront connus. Miyako Suda ne s'y est d'ailleurs pas trompé en réclamant des réformes structurelles pour relancer réellement l'économie nippone.Dans l'immédiat, le Japon peut-il compter sur un "effet coupe du monde" pour donner un coup de fouet à sa consommation ? Cela est très peu probable, de l'avis de la plupart des économistes. Les Japonais montrent peu d'enthousiasme pour le Mondial. Selon le président de l'Institut des sciences sociales de Dentsu, Jiro Yoshino, interrogé par l'AFP, le seul apport supplémentaire de consommation devrait provenir des 400.000 visiteurs étrangers attendus. Mais l'Institut Dai-Ichi Life Research estime que l'apport à la croissance annuelle de la coupe du monde ne dépassera pas 0,1 point. Selon lui, les dépenses liées au Mondial se feront au détriment d'autres dépenses. L'intérêt pour l'économie risque donc d'être nul. Reste la possibilité d'un bon parcours de l'équipe nationale qui provoquerait une euphorie semblable à celle qui a secoué la France en 1998. Selon Jiro Yoshino, si le Japon atteint les huitièmes de finale, les dépenses atteindront 29 milliards de yens. Mais rappelons que les chances du Japon sont limitées. 32ème actuellement au classement FIFA des équipes nationales, sa cote chez les bookmakers anglais est actuellement de 81 contre 1. Il y a donc peu de chances de voir la croissance japonaise bénéficier à son tour de "l'effet coupe du monde".

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