Vers une nouvelle baisse des taux de la Fed ?

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Si le diagnostic sur l'état de santé de la première économie mondiale divise les économistes, la cacophonie n'est pas moindre au sein même de la Réserve fédérale américaine. Lors de sa dernière réunion de politique monétaire, la Fed a certes opté le 24 septembre pour le statu quo monétaire mais cette décision, assortie d'un biais baissier, n'a pas fait l'unanimité. Depuis lors, les spéculations vont bon train, alimentées par les déclarations successives de différents membres de la banque centrale. Si tous font référence aux risques qui pèsent sur l'économie américaine, certains semblent d'ores et déjà plaider en faveur d'une baisse des taux lors de sa prochaine réunion du 6 novembre. La dégradation du marché du travail en septembre - destruction de 43.000 emplois nets-, l'entrée dans une phase de contraction de l'industrie et la perspective d'un ralentissement de la consommation apportent du grain à moudre aux partisans d'un assouplissement de la politique monétaire. Certains économistes envisagent même le scénario d'une réduction anticipée du loyer de l'argent, aujourd'hui fixé à 1,75%.Ainsi Mark Hendricks, chef économiste à la Société Générale, plaide en faveur d'une baisse importante et brutale des taux. Dans une note datée du 3 octobre, il écrit: "si la Fed est contrainte de réduire les taux d'intérêt pour lutter contre le pessimisme, alors il vaudrait mieux agir fortement plutôt que de se limiter à la traditionnelle baisse de 25 points de base. Une réduction de 50 points de base, hors réunion du comité de politique monétaire et en concertation avec une action de la Banque centrale européenne, serait susceptible d'avoir le plus d'impact sur la confiance". Hervé Goulletquer a une analyse totalement opposée. Il estime que "le scénario le plus probable est que la Fed ne bouge pas". Le chef économiste du Crédit Lyonnais reconnait néanmoins que la Réserve fédérale navigue à vue. Selon lui, la Fed est moins embarrassée par la situation actuelle de l'économie américaine que par les risques potentiels. La chute des marchés boursiers, les incertitudes géopolitiques, les conséquences des difficultés brésiliennes et japonaises sur la croissance mondiale sont autant de menaces qui planent sur l'activité aux Etats-Unis. Dans ce contexte, Hervé Goulletquer estime que pour comprendre ce que va faire la Fed, il faut observer d'une part l'évolution des marchés boursiers, et d'autre part la confiance des ménages. Une brutale détérioration de l'une ou l'autre de ces variables, et les autorités monétaires seront alors amenées à agir. "On ne peut rien exclure. Si à la fin de la semaine, le Dow Jones s'effondre de 15%, alors la probabilité de voir la Fed réduire les taux, y compris hors réunion du comité de politique monétaire, augmente". Mais Hervé Goulletquer procède également à une mise en garde. La Réserve fédérale a un nombre limité de cartouches, "elle devra les utiliser avec parcimonie". La prudence s'impose en effet dans la mesure où nul n'est capable aujourd'hui de pronostiquer le moment où l'économie américaine renouera avec une croissance autoalimentée (avec reprise de l'investissement et de l'emploi) et non dépendante comme actuellement de la dépense publique et de taux d'intérêt bas.Toujours est-il que, comme le souligne Evariste Lefeuvre, spécialiste des Etats-Unis chez CDC-Ixis, les anticipations d'assouplissement de la politique monétaire dans les mois à venir s'accentuent. L'économiste voit à cela une raison essentielle, le ralentissement prévisible de la croissance qui va s'accompagner d'une nouvelle hausse du chômage. Or parmi les objectifs officiels affichés par la Fed figure le "maximum employment". La Réserve fédérale se trouve donc fondée à agir pour atteindre ce but. C'est pourquoi en conclusion de son analyse, Evariste Lefeuvre adopte une position moyenne. "La Fed pourrait baisser ses taux d'ici à la fin de l'année, sans que pour autant l'impact sur l'économie puisse se faire ressentir à court terme. Les pertes patrimoniales et leur potentiel dépressif pourraient également l'inciter à assouplir sa politique monétaire (...). Reste le climat d'incertitude, les facteurs exogènes qui depuis deux FOMC sont avancés comme facteurs qui retardent la reprise. Ils sont encore nombreux : résultats des élections du 5 novembre (la veille du FOMC du 6), conflit avec l'Irak.... Jusqu'à présent, et paradoxalement, ils ont plutôt pesé en faveur d'un statu quo..." La baisse surprise du taux de chômage à 5,7% en septembre sera un argument sur lequel la Fed pourra s'appuyer pour justifier un éventuel immobilisme.On le voit, faute de visibilité, la tâche des autorités monétaires américaines se complique. Entre anticipation et extrême réactivité aux conditions politico-économiques (risques de guerre en Irak, volatilité des marchés financiers,... ), le chemin de la Fed est étroit.

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