Le pétrole en baisse, malgré l'embargo irakien

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En annonçant hier la suspension des exportations irakiennes de pétrole pour un mois, Saddam Hussein tentait un coup de poker. Il se privait d'une ressource vitale, mais espérait rallier à lui des pays qui, comme l'Iran et la Libye, avaient évoqué l'idée d'un embargo. Surtout, il espérait, en fermant les vannes, faire peur aux marchés et renchérir le pétrole pour les Etats-Unis, portant un coup fatal à sa croissance naissante. Pour le moment, il a échoué.En début d'après-midi, l'Iran, dont le guide de la Révolution avait vendredi lancé l'idée de l'embargo pour un mois, n'a pas souhaité suivre l'Irak qui l'y a pourtant invité ce matin. Certes, le ministère iranien du pétrole a déclaré "qu'il était prêt à suivre la position du Guide", mais a-t-il ajouté, "en temps opportun". Une déclaration qui signifie que l'Iran se désolidarise de la décision irakienne. Un peu plus tôt, le président du parlement iranien, le modéré Mehdi Karroubi, a indiqué que la suspension des exportations iraniennes ne pourra entrer en vigueur que "lorsque d'autres pays se solidariseront avec l'Iran". Autant dire qu'aux yeux des responsables de la République islamique, l'Irak n'a aucun poids. L'Iran n'agira donc pas sans le soutien des autres pays de l'Opep.Or, l'Opep a annoncé hier sa décision de ne pas suivre l'Irak. Mieux, le ministre saoudien du pétrole, Ali Al-Naimi a assuré que "rien en pouvait remettre en cause la fiabilité de l'offre au niveau mondial, en particulier celle de l'Arabie Saoudite". En clair, le régime wahhabite est prêt à compenser les effets de l'embargo en ouvrant les vannes. L'Iran ne prendra donc sans doute pas le risque de voir ses parts de marché s'enfuir de l'autre côté du Golfe persique. La seconde ambition de Saddam Hussein, celle d'une pression sur les prix, a donc également échoué.En Occident, le défi lancé par Saddam Hussein n'a pas impressionné. Ce matin, la Commission européenne s'est voulu rassurante. "L'impact sur le marché européen sera limité", a commenté la commissaire à l'Energie, Loyola de Palacio. Le porte-parole de la Commission a ajouté "qu'il n'y aura pas d'impact de l'embargo irakien sur les prix et le marché". Une réunion d'expert est néanmoins convoquée pour jeudi afin d'examiner la situation.Aux Etats-Unis, le président Bush a assuré examiner "toutes les options" pour répondre à cet embargo. Les importations de pétrole irakien représentent environ 13% du total des importations d'or noir américaines. Le marché américain pourrait donc être plus affecté que le marché européen. Néanmoins, le secrétaire d'Etat au Trésor, Paul O'Neil, a déclaré, lors d'un déplacement à Berlin dans l'après-midi, qu'il ne "percevait pas de signes suggérant une nouvelle hausse du prix du pétrole pour le moment".Le gouvernement américain a d'ailleurs commencé sa riposte. Ainsi, 8 milliards de dollars de biens destinés à l'Irak dans le cadre du programme "pétrole contre nourriture" sont actuellement bloqués. Il s'agit principalement de nourriture et de médicaments. Parallèlement, la pression sur Israël se fait plus précise. Ce matin, deux villes de Cisjordanie, Tulkarem et Kalkilia, ont été évacuées. Mais, les Américains exigent plus. Le président Bush a annoncé à 15h (heure de Paris) qu'il attendait toujours les signes d'une réponse à sa demande d'évacuation de la Cisjordanie. Toute la journée, les combats se sont en effet poursuivis dans les territoires occupés, notamment à Jénine. Cette déclaration de George Bush et celle de Colin Powell qui, depuis le Caire, a déclaré que le "pouvoir de persuasion américain n'avait pas encore disparu" semblent montrer que la pression va encore s'accentuer sur Israël, avant l'arrivée de Powell à Jérusalem, vendredi.Les marchés ont donc été rassurés par l'évolution de la situation. Le baril de Brent de la mer du Nord pour la livraison rapprochée de mai a ouvert ce matin à 26,4 dollars, en baisse de 2,34% par rapport à la clôture de la veille (27,02 dollars). A 18h, il se situait à 26,30 dollars. Ce niveau de prix devrait, s'il se maintient, rassurer les observateurs qui redoutaient les conséquences du renchérissement du prix de l'or noir pour la fragile croissance américaine.latribune.f

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