Doutes sur l'avenir de la consommation américaine

La croissance américaine peut encore s'appuyer actuellement sur la vigueur de la consommation intérieure. Tel est la principale leçon que l'on peut tirer de la légère hausse de 1,3 point en mai à 109,8 de l'indice de confiance des consommateurs publié mardi par le Conference Board. Cette hausse, si elle est mesurée, reste supérieure à ce qu'attendait le consensus des économistes de Reuters qui tablait sur un indice à 109. Ce redressement ramène la confiance des consommateurs au niveau de mars denier, effaçant le recul du mois d'avril. Mais la progression de mai est essentiellement due à l'amélioration du sous-indice mesurant la confiance sur les conditions actuelles de l'économie, qui passe de 106,8 en avril à 110,3 en mars. 21% des 5.000 consommateurs interrogés considèrent désormais que leur situation actuelle est bonne, contre seulement 19,7% en avril. Selon le Conference Board, "la reprise actuelle de l'économie et les conditions actuelles du marché du travail" ont favorisé cette poussée de bonne humeur. Reste que ce retour à la confiance est entaché de sérieux doutes sur l'avenir. Le sous-indice mesurant les anticipations des consommateurs pour les six mois à venir recule en mai de 0,2 point à 109,6. En mai, 24,9% des consommateurs interrogés considèrent que la situation va s'améliorer dans les six mois contre 26% en avril. 6,7% pensent que la situation va se détériorer, soit une hausse de 0,3 point sur un mois. Malgré tout, moins de consommateurs sont inquiets pour leur emploi (13,7% contre 14,8% en avril), ce qui est un bon point. Cette méfiance nouvelle des consommateurs ne doit pas être exagérée, mais elle peut indiquer que la consommation pourrait se stabiliser, sinon baisser, dans les mois qui viennent. Les consommateurs pourraient en effet préférer épargner en prévision d'un futur moins souriant.Nous ne sommes cependant pas encore dans une telle situation et, dans l'immédiat, la consommation se porte bien, comme l'a confirmé la hausse de 0,5% des dépenses des ménages américains en avril. Une hausse remarquable après le "trou d'air" du mois de mars. Un "trou d'air" qu'il faut d'ailleurs relativiser puisque le département du Commerce a révisé à la hausse les dépenses des ménages de mars, qui auraient progressé de 0,3% (alors qu'un recul de 0,1% avait été annoncé précédemment). La hausse d'avril est néanmoins moins importante que ce que prévoyaient les économistes puisque le consensus établi par Reuters tablait sur une hausse de 0,7%. Il n'en reste pas moins que les ménages continuent à consommer de plus en plus, délaissant parallèlement l'épargne. Leur taux d'épargne baisse ainsi de 3% en mars à 2,8% en avril.La bonne nouvelle réside dans le fait que les ménages américains ont surtout consommé des biens durables (+1,2% après une baisse de 0,2% an mars), ce qui pourrait redonner un coup de fouet salutaire à l'industrie américaine, actuellement en difficulté. En revanche, les ménages ont délaissé les services puisque les dépenses dans ce secteur n'ont progressé que modérément (+0,2%).La question demeure cependant toujours de savoir jusqu'à quand ce niveau de consommation pourra être maintenu. Car les revenus des ménages commencent à progresser moins rapidement. En avril, la hausse de ces revenus n'a été que de 0,3% contre 0,4% en mars et 0,6% en février. Le rythme de croissance des revenus se tasse donc. Ce chiffre est à double tranchant. D'une part, il s'agit d'une bonne nouvelle puisque les entreprises, notamment industrielles, réduisent leurs coûts salariaux afin d'améliorer leurs profits, ce qui permet d'être optimiste concernant une éventuelle reprise des investissements. Mais, d'autre part, ce recul de la croissance des revenus des ménages laisse présager d'un futur tassement de la consommation et d'une dégradation de la situation financière des ménages américains, déjà peu rassurante. En bref, on peut dire que l'économie américaine sera, d'ici quelques mois, à la croisée des chemins. L'investissement devra alors prendre le relais de la consommation pour assurer une croissance durable et saine outre-Atlantique.Ces doutes sur l'avenir de la consommation ont fait plonger les marchés. En fin d'après-midi, le Dow Jones reculait de 1,20% tandis que le Nasdaq perdait près de 1,50%. En revanche, l'euro a profité de ces hypothèques sur l'avenir de l'économie américaine et a passé à 17h, pour la première fois depuis septembre 2001, le cap des 93 cents, à 0,9301 dollar. En fin d'après-midi, la monnaie européenne revenait à 0,9287 dollar.

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