La BCE réduit d'un demi point le loyer de l'argent

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Souvent dénoncée pour son attentisme, la Banque centrale européenne a cette fois voulu adresser un message fort aux marchés. La BCE a, conformément aux espérances des économistes, appuyé sur la détente monétaire mais elle a de surcroît choisi de baisser son principal taux d'intérêt, le "refi", d'un demi point, le ramenant à 2,75%, son plus bas niveau depuis novembre 1999. L'assouplissement monétaire décidé par la BCE intervient alors que, le même jour, la Banque centrale de Suède a réduit son propre taux principal d'un quart de point à 3,75%, tandis que la Banque d'Angleterre laissait le sien inchangé. Les gardiens de l'euro ont ainsi voulu signifier qu'ils étaient préoccupés par l'évolution de la conjoncture sur le Vieux Continent. Car il apparaît de plus en plus évident que la croissance dans la zone euro est anémique. Justifiant la détente monétaire intervenue aujourd'hui, le président le BCE, Wim Duisenberg, souligne d'une part que "la croissance va rester modérée en zone euro dans les prochains mois" et d'autre part que "les risques de ralentissement de la croissance persistent". Dans ces conditions, le risque inflationniste apparaît aujourd'hui aux yeux des membres de la BCE moins préoccupant que les incertitudes pesant sur l'activité. Malgré un taux d'inflation qui dépasse toujours le seuil maximal de 2% toléré par la banque centrale (2,2% en novembre), les gardiens de l'euro font preuve de pragmatisme. Prévoyant que l'inflation dans la zone euro devrait repasser sous ce seuil en 2003 et y rester, la BCE prend le taureau par les cornes. Avec cet assouplissement monétaire, elle espère donner un coup de fouet salutaire à une économie particulièrement faible, notamment en Allemagne. Hier, la Commission européenne n'a pas exclu une contraction de l'activité économique en zone euro au premier trimestre de 2003, avec une prévision de croissance comprise entre -0,2% et +0,2% (lire ci-contre). Malgré ce climat morose, la BCE ne paraît pas engagée dans un cycle agressif de baisse des taux. Wim Duisenberg estime que le geste d'aujourd'hui "éclaircit l'horizon pour un certain temps". Nombre d'économistes pensent que la BCE aurait dû agir beaucoup plus tôt, sur le modèle de son homologue américaine. Depuis la fin 2000, la Réserve fédérale a réduit son taux principal à douze reprises, pour un total cumulé de 5,25 points, contre seulement cinq diminutions pour la BCE, pour un total de 2 points.Reste à savoir dans quelle mesure l'économie européenne va pouvoir profiter de la baisse de taux d'aujourd'hui. Traditionnellement, il faut en effet jusqu'à 9 mois ou un an pour que l'ouverture des vannes du crédit par une banque centrale ait un impact sur l'offre de crédit par les banques commerciales.La candidature de Trichet à la présidence de la BCE toujours d'actualité. De source proche du gouvernement français, on fait savoir qu'un éventuel report du procès sur les comptes du Crédit Lyonnais ne remettrait pas en cause la possibilité pour Jean-Claude Trichet de briguer le fauteuil de Wim Duisenberg lorsque celui-ci quittera son poste en juillet prochain. Candidat de Paris à la présidence de la BCE, le gouverneur de la Banque de France doit comparaître pour "complicité de diffusion de fausses informations et complicité de présentation de comptes inexacts" à compter du 6 janvier dans le procès du Crédit Lyonnais. Or, une incertitude plane sur la tenue du procès à cette date après le versement au dossier d'une nouvelle expertise sur l'ancienne banque publique. Si le procureur de Paris estime que cette nouvelle pièce rend nécessaire des investigations complémentaires, il pourrait demander un supplément d'information, synonyme de report de l'audience de plusieurs mois, voire plusieurs années.

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