Le Japon retrouve la croissance, mais ne se libère pas de la déflation

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La route du Japon vers le redressement économique semble encore longue. Une série de statistiques publiées aujourd'hui montre que s'il existe des signaux encourageants, la crise de déflation dans laquelle s'enfonce le pays depuis près de dix ans est encore loin d'être achevée. Certes, le pays peut être considéré officiellement comme tiré de la récession. La croissance au deuxième trimestre a été de 0,5% par rapport au trimestre précédent, soit 1,9% en taux annualisé. Un taux qui peut apparaître comme satisfaisant, notamment au regard des taux de croissance enregistrés aux Etats-Unis et en Allemagne. L'enthousiasme doit pourtant être modéré. D'abord, ce chiffre repose sur une nouvelle méthode de calcul qui a amené le gouvernement nippon à revoir à la baisse les taux de croissance des trimestres précédents. Ainsi, le PIB japonais n'a pas grimpé de 1,4% sur trois mois au premier trimestre, mais est resté stable. La récession de l'année fiscale 2001/2002 n'a donc pas été de -1,4%, mais de -1,9% et le trimestre passé est le premier à connaître une hausse du PIB depuis fin 1999. Il est donc impossible de parler pour le moment d'une vraie reprise dans l'archipel.D'autant que la croissance repose essentiellement sur le moteur externe qui risque bien de s'essouffler. Ainsi, les exportations progressent de 5,8% sur trois mois et elles sont le seul contributeur réel à la croissance nipponne. La demande intérieure, elle, reste atone : +0,3% seulement pour la consommation finale des ménages et -0,5% pour l'investissement. La deuxième économie japonaise a donc principalement bénéficié de la demande de biens et services provenant des Etats-Unis. On sait en effet que l'économie américaine a eu un recours massif aux importations durant le deuxième trimestre (lire ci-contre). Mais, avec le ralentissement américain, cette source de croissance pour le Japon pourrait bien se tarir. La consommation pourra-t-elle prendre le relais ? Les signes de reprise constatés au deuxième trimestre sont encourageants et confirmés par le chiffre de juillet qui montre une hausse annuelle de 1,3% des dépenses des ménages en juillet. Un chiffre supérieur au consensus des économistes, mais qui marque pourtant un ralentissement par rapport à juin, où la hausse annuelle atteignait 3,4%. La reprise de la consommation est donc là aussi loin d'être acquise. D'autant que les chiffres du chômage sont encore mauvais et risquent de continuer de freiner les envies de dépenses des consommateurs nippons. Toujours en juillet, le taux de chômage s'est en effet stabilisé à 5,4%, un taux extrêmement élevé dans ce pays où la règle fut longtemps le plein-emploi. Surtout, le nombre de chômeurs a continué de grimper de 220.000 personnes à 3,52 millions durant le même mois.En fait, le Japon reste, malgré le chiffre de la croissance, englué dans la crise de déflation qui le mine depuis près de dix ans. La faible demande provoque une baisse des prix qui mine les comptes des entreprises. Ces dernières réduisent alors leur production et débauchent pour améliorer leurs comptes, ce qui provoque une nouvelle baisse de la demande et la poursuite du cercle vicieux. Ce schéma reste bel et bien d'actualité. Ainsi, les prix à la consommation ont baissé de 0,8% en juillet sur un an. Ce chiffre indique une nouvelle aggravation de la déflation puisque le taux d'inflation annuel était de -0,7% en juin. C'est également la preuve que la hausse actuelle de la consommation des ménages n'est pas suffisante pour faire sortir le pays du cercle vicieux décrit plus haut. Et le chiffre de la vente de détail abonde dans ce sens : en juillet, la chute annuelle des ventes de détail atteint 5,7%. Une aggravation importante puisque le baisse annuelle n'était que de 0,5% en juin.En conséquence, la production industrielle reste apathique. En juillet, elle a reculé de 0,4%, après un recul de 0,2% en juin. Cette baisse plus forte s'inscrit dans le cadre du tarissement de la demande externe, notamment américaine, et montre bien que le Japon reste toujours dans une logique de récession. Le chiffre du PIB du deuxième trimestre pourrait donc bien n'être qu'un "incident de parcours" dans la longue histoire de la crise du modèle japonais. Pour le gouvernement Koizumi, faire repartir la demande, et notamment les investissements, est un défi qui, plus que jamais, nécessite la mise en place de vraies réformes, particulièrement au niveau bancaire.

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